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Laisser-faire
L?état lamentable dans lequel se trouve aujourd?hui la commission anticorruption ne lui permet plus de mener à bien la mission qui lui a été confiée. Ce constat ne peut échapper aux deux principales personnalités du pays qui, pour leur premier tête-à-tête cette année, feront de l?Icac le sujet principal de leurs échanges.
Avec la révocation du ?chief investigator ? Dass Ghoorah, mardi, beaucoup ont fini par se demander si l?Icac peut encore se remettre des péripéties rocambolesques qui ont jalonné son parcours. A sa création, un chaos juridique vaut à l?institution de nombreux rappels à l?ordre de la part du judiciaire. Ensuite, un des commissaires, Moussa Taujoo, fait état d?un ?fundamental disagreement? entre lui et les autres membres de l?équipe dirigeante de l?Icac. Du coup, un chaos institutionnel est créé. Ce désordre s?installe de manière durable avec le limogeage du directeur des enquêtes, Roshi Bhadain, dans des circonstances pas encore tirées au clair.
La confrontation entre Moussa Taujoo et les deux autres commissaires, Navin Beekarry et Gérard Bisasur, a eu un impact sérieux. Elle a provoqué une réunion de l??Appointments Committee?, la seule qui ait été convoquée jusqu?ici pour examiner une situation de conflit à l?Icac.
Les détails des reproches faits à l?époque par le commissaire Moussa Taujoo commencent à filtrer. Ils sont fascinants. ?It would be useful to compare how many papers on car expenses and how many on allegations have been discussed at the commission?, commente-t-il. Il affirme aussi qu?il est tenu à l?écart de bien des décisions prises par la commission.
Au-delà des querelles de personnes qui ont miné l?Icac, il y a d?autres maux plus graves qui l?ont accablée. Ses dirigeants se sont attaqués avec zèle à des personnes ou à institutions auxquelles l?opinion accorde pourtant un immense crédit de moralité. Ce n?est pas nécessaire de savoir les raisons de cette hargne pour comprendre qu?elle fait un tort au pays et affaiblit ses fondations.
Au sommet de l?Etat, on sent que l?irritation est grande mais le Premier ministre préfère tout de même conserver l?espoir que l?Icac peut encore se ressaisir. ?Time is running out?, déclare Paul Bérenger à ?l?express?, hier soir. Ainsi, pour lui, le temps des sanctions n?est pas encore arrivé.
On aurait pu penser qu?avec le spectacle affligeant que donne aujourd?hui la commission, il était juste de remettre le compteur à zéro et d?insuffler une nouvelle énergie à l?institution. La difficulté du régime à trancher dans le vif ne fait que reporter la lutte contre le fléau de la corruption.
Il faut attendre le retour de Navin Ramgoolam au pays pour connaître l?analyse que fait l?opposition sur les moyens de sauver cette institution délabrée et déchirée par des querelles intestines. Si le leader du PTr se montre hostile à un renouvellement complet de la commission, il est certain que le statu quo va durer longtemps encore. Dans l?environnement de soupçon permanent qui existe à Maurice, le Premier ministre et le président ne prendront pas le risque de suspendre des commissaires, sachant qu?ils sont soutenus par l?opposition.
En vue de l?immobilisme calculé des autorités, il est improbable que la rencontre au sommet qui se tient au Réduit ce matin débouche sur une action concrète. Le laisser-faire tiendra lieu de politique.
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