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Les trois scénarios d?une croissance mondiale retrouvée
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Les trois scénarios d?une croissance mondiale retrouvée
L?OPTIMISME est de retour. Après la morosité (en France) et même la récession (en Allemagne), du moins dans la première moitié de 2003, la nouvelle année s?ouvre sous le signe de la reprise. Les indices sont flatteurs : le rebond est réel et même fort. L?économie mondiale, tirée par les Etats-Unis et l?Asie, repart rapidement. Toutefois il subsiste partout un malaise et de nombreuses interrogations persistent sur le moyen terme. Nous ne sommes pas revenus, comme au milieu des années 1990, en phase d?euphorie. Voici les scénarios possibles pour 2004.
Le scénario rose : une croissance plus forte et mieux répartie
La croissance économique reviendrait un peu partout, même dans les zones qu?elle avait désertées depuis longtemps, et serait redistribuée de façon harmonieuse. Les Etats-Unis n?accapareraient plus l?essentiel de la croissance, comme au cours des dernières années, et en ?redonneraient? un peu à l?Europe et au Japon.
Ce rééquilibrage aurait pour premier avantage de favoriser le réajustement, en douceur, des comptes extérieurs américains. Européens et Japonais consommant davantage, le déficit de la balance commerciale de Washington se comblerait progressivement. Dans le même temps, les Américains consommeraient moins et épargneraient davantage. Ces mouvements permettraient au dollar de se stabiliser par rapport à l?euro et au yen. La paix revenue sur le marché des changes sti-mulerait l?essor du commerce mondial.
Avec le retour d?une croissance soutenue en Europe et au Japon (supérieure à 2 %), il serait plus facile pour les gouvernements de ces deux zones de procéder aux réformes de structure (Etat, marché du travail, fiscalité, protection sociale, retraites) jugées indispensables par la plupart des économistes. L?assainissement des comptes publics en serait facilité, le pouvoir d?achat stimulé, la lutte contre le chômage favorisée. Entouré de marchés financiers moins instables, le village économique global connaîtrait un développement plus juste et proportionné. Donc plus durable.
Le scénario gris : une croissance molle après une période de dopage
?Allegro ma non troppo.? C?est par cette indication rythmique nuancée que Pascal Blanqué, chef économiste du Crédit agricole, a titré ses prévisions. Elle reflète l?opinion de nombreux experts, pour qui on aurait tort de s?emballer. La croissance est là, mais d?immenses problèmes économiques et de grands déséquilibres financiers demeurent. Principale interrogation : l?économie mondiale a-t-elle, ou non, digéré le krach boursier des premières années 2000 ? En apparence oui, à en juger par le redressement des cours, en particulier sur les valeurs technologiques.
Prudence cependant : malgré le retour des profits, la situation financière des entreprises reste délicate, notamment en Europe, avec des niveaux d?endettement élevés. Pour elles, le choc risque d?être rude le jour où les banques centrales se décideront à relever leurs taux directeurs, qui se situent, aussi bien aux Etats-Unis, en Europe qu?au Japon, à des niveaux historiquement bas.
L?économie mondiale devra progressivement s?habituer, en 2004, à vivre dans un environnement monétaire et budgétaire beaucoup moins stimulant ? le consommateur américain est ?sous stéroïdes?, selon l?expression de Pascal Blanqué ? qu?il ne l?a été ces dernières années. Si l?on ajoute le déséquilibre des comptes extérieurs américains, les rigidités structurelles en Europe et au Japon, qui brident la demande intérieure, la remontée du prix des matières premières, les doutes sur la solidité du système bancaire chinois, l?économie mondiale aurait de bonnes chances de s?orienter vers un régime de croissance molle.
Le scénario noir : krach du dollar et récession
C?est le scénario catastrophe. Tous les économistes y songent, sans oser le détailler dans leurs prévisions. Il s?appuie sur l?hypothèse d?un effondrement du dollar, qui déclencherait un cataclysme. La perspective est-elle saugrenue ? Pas si sûr. Certes, le billet vert a déjà baissé de près de 40 % en deux ans, l?euro passant de 0,80 dollar à 1,23 dollar. Mais le pire pourrait venir.
Les Etats-Unis sont confrontés à une vague de désaffection des investisseurs internationaux, ce qui met en péril le financement du gigantesque déficit de leur ba-lance courante (plus de 500 milliards de dollars en 2003). Privé de soutien extérieur, ne recevant plus les flux de capitaux qui le maintenaient à flot, le dollar pourrait sombrer. Jusqu?où ? Certains experts évoquent 1,40 dollar pour 1 euro, d?autres mentionnent une parité d?équilibre de 1,55 dollar. Pour mémoire : au début des années 1970, le billet vert était tombé sous les 4 francs, ce qui correspondrait à 1,70 dollar pour 1 euro !
L?économie américaine serait alors d?abord victime de la violente remontée des taux d?intérêt à long terme qui, très probablement, accompagnerait la chute de sa devise. Dans ces conditions, le marché de l?immobilier aux Etats-Unis, dont beaucoup estiment qu?il est la proie d?une bulle spéculative, risquerait de s?écrouler. Avec des catastrophes en chaîne à prévoir, notamment pour le système bancaire.
Mais c?est hors des Etats-Unis qu?un krach du billet vert ferait le plus de ravages. A commencer par la zone euro, dont la reprise est à la fois tardive et fragile, et presque exclusivement tirée par les exportations. Les experts estiment qu?une hausse de 10 % de la monnaie unique coûte 1 point de croissance. En cas de plongeon du dollar, il ne resterait plus grand-chose de la modeste progression du PIB attendue en 2004 dans la zone euro (un peu moins de 2 %).
De même, il ne subsisterait que quelques miettes de la reprise attendue au Japon. Une fois encore, c?est peut-être la Chine qui s?en sortirait le mieux. Même affectée par le ralentissement du commerce mondial, elle se retrouverait en position de force, avec son yuan accroché au dollar, pour conquérir de nouveaux marchés.
Pierre-Antoine Delhommais
© Le Monde News Service
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