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L?essentiel et l?accessoire
Dans un contexte économiquement morose, on pouvait penser qu?à l?heure des bilans et des résolutions pour la nouvelle année, les questions liées au chômage et au pouvoir d?achat seraient aux premiers rangs des préoccupations des décideurs publics. Tel ne fut pas le cas, hier, lors de la conférence de presse du Premier ministre.
C?est dans un registre autre que l?économique et le social que Paul Bérenger a placé sa dernière rencontre avec la presse pour cette année. Il a d?emblée annoncé que les deux dossiers qui retiendront prioritairement son attention au début de la nouvelle année concernent l?enseignement catholique et la crise dans le judiciaire. Cette hiérarchie est surprenante.
Le gouvernement s?enorgueillit d?avoir honoré 70 % de ses engagements électoraux. Mais il ne peut se complaire à poursuivre la réalisation des 30 % restants en demeurant insensible à l?humeur de la nation. Le revers électoral de la semaine dernière aurait dû lui servir d?aiguilleur et l?inciter à réorienter son discours. Pour convaincre un électeur que le ?redressement? est en cours, les statistiques ne suffisent pas. Il faut que le discours qui les accompagne démontre que les décideurs ont entendu les clameurs populaires.
En dépit de son audace réformatrice et des mesures prises depuis septembre 2000 pour relancer l?économie, le gouvernement est en difficulté. Cela résulte en partie de l?impatience ambiante. La politique du régime a beau être conforme à ses engagements, il n?en reste pas moins qu?elle n?a pas encore rapporté des fruits concrets et tangibles. En attendant que la reprise se fasse sentir de manière visible dans les foyers mauriciens, le gouvernement aura tort de se détourner des vraies préoccupations des citoyens.
La conjoncture n?est pas brillante. Les fermetures d?usine et les licenciements intempestifs ont marqué l?opinion cette année. Ils insécurisent l?ouvrier. Le taux de remplissage dans les grands hôtels n?est pas rassurant, non plus, en cette période de fin d?année. Pendant ce temps, le gouvernement affirme que la reprise est en marche et se contente de dire que la feuille de route qu?il a établie il y a trois ans sera respectée.
L?alliance au pouvoir n?a pas tort de s?en tenir aux grandes orientations définies à son arrivée aux affaires. Il a entrepris quelques bons projets, notamment dans le domaine de la cyberindustrie et de l?allégement de la pauvreté. Le problème, c?est qu?en attendant la concrétisation de ces projets, son discours, empreint de technicisme, reste distant des soucis quotidiens de la population.
Paul Bérenger se dit confiant que les investissements faits durant ces dernières années rapporteront leurs fruits. Le citoyen ordinaire l?est-il ? Au-delà des quelques indicateurs positifs au niveau macroéconomique, il faut trouver des raisons convaincantes pour distiller l?optimisme. La Tour d?Ebène, par exemple, restera une énigme pour beaucoup tant qu?elle n?est pas opérationnelle.
Afin d?expliciter leur vision des choses, les dirigeants ont un devoir de communication. Ils l?exercent mal quand ils favorisent des questions politiciennes aux dépens de l?essentiel. Or, l?essentiel, c?est l?économie.
Un homme d?Etat privilégie les enjeux nationaux. Un politicien pense d?abord à régler les problèmes de sa clientèle.
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