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« Ton René », brûlé vif lors d?une altercation

27 décembre 2003, 20:00

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«Dormi ène coté zoreil tention téléfone sonné? » Ces propos d?un infirmier du service des grands brûlés de l?hôpital Candos à l?intention de Jeannine Sans-Souci sonnent déjà le glas pour René Bert. Depuis samedi dernier, Jeannine et ses six frères et s?urs vivent dans l?attente angoissante de l?annonce du décès de leur vieux père. Vers les 11 heures, le 20 décembre, le pauvre a été grièvement brûlé par Bhye Talack Jeeawoody, un habitant de leur village, à 7e Mille, Triolet, à la suite d?une banale altercation. L?homme l?a aspergé de kérosène avant de l?immoler.

Comme il le fait depuis bientôt un an, Ton René, un ancien pêcheur de 63 ans, quitte son domicile à la cité Mère Teresa pour recueillir l?eau du bassin de Solitude. En une journée, il parcourt à pied le trajet entre 7e Mille et Solitude à cinq ou six reprises. « Il disait que l?eau de la digue était sacrée, qu?il ne pouvait boire que cette eau-là », confie Antoinette Mustapha, une de ses cinq filles.

Un vieillard respecté de tous

Un sac en plastique au bras, Ton René allait remplir ses bouteilles avant de revenir se reposer sur le palier d?un bâtiment à 7e Mille, à proximité de sa maison, avant de reprendre son pèlerinage l?instant après.

Samedi dernier, Ton René reprenait son souffle aux abords d?une boutique lorsque Bhye Talack Jeeawoody, 43 ans, l?interpelle. Visiblement sous influence de l?alcool, ce dernier cherche à s?approprier l?une des bouteilles du vieil homme. « Les passants croyaient qu?il ne faisait que taquiner mon père. Des maçons qui travaillaient sur un chantier à côté n?ont pas réagi, pensant qu?ils ne faisaient que plaisanter », sanglote Jeannine. « Sa missié la ine ramasse éne bouteille et line zour mo papa, bonom la ine amerdé lerla. Missié la lerla fine tape li deux calottes, line risse li dans ene la cour, line zette pétrole lor li et line rape zalimet. Deuxième fwa ki so zalimet ine pran difé? »

La nuit tombe sur Triolet lorsque la police informe la famille de Ton René du drame qui vient de se jouer. « Bane la ine dire nou dégazé alle guet nou papa lopital lé Nord, so cas grave, car bane la kapav pou transfert li Candos », lance Bianca Jacquet. Au service des grands brûlés de Candos, Jeannine a failli perdre connaissance à la vue de son père. « Je ne voyais pas ses yeux. Sa tête a pris des dimensions inhumaines. Il dégageait une odeur de pétrole lampant. C?est grâce à ses jambes qu?on reconnaît que c?est un homme. Il a des bandages sur toute la partie supérieure du corps. Un infirmier nous a dit que son foie et une partie du c?ur ont été touchés, qu?il ne va pas survivre? »

Obsédé par l?eau du bassin de Solitude

Les filles de Ton René ne peuvent expliquer le geste de Bhye Talack Jeeawoody. Le vieillard est une personne respectée de tous. Il y a près d?un an, il a perdu la raison et suivait depuis un traitement à l?hôpital psychiatrique de Beau-Bassin. Il était obsédé par l?eau du bassin de Solitude. Mais comme il ne représentait pas un danger pour lui-même, ni pour personne, sa famille a préféré qu?il soit près des siens malgré ses « escapades ».

À plusieurs reprises, Ton René a pris la route, à pied pendant plusieurs jours, pour Petite-Rivière et Rivière-du-Rempart en quête de sa « source sacrée ». Le malheur l?attendait cette fois tout près de chez lui.

Son agresseur est actuellement en détention sous une accusation de tentative d?assassinat. Ce chômeur a été arrêté quelques heures après le drame par les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) du Nord qui mènent l?enquête dans cette affaire sous la supervision du surintendant Bala Kamatchi et du sergent Manoj Juggoo. Ton René, lui, est maintenant suspendu entre la vie et la mort.

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