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Rêve des îles, rêve de femmes

14 décembre 2003, 20:00

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Le salon de peinture Rêve des îles, qui se tient actuellement au Centre culturel d?expression française, à Curepipe, jusqu?à demain, aurait pu tout aussi bien s?intituler ?rêve des femmes des îles?. Sur les cinquante-sept tableaux exposés, sept ont un titre qui contient le mot ?femme? : Fierté de femmes de Françoise Hardy, Fem lor la ter et Fem de l?océan Indien de Caroline Mandron, La femme au sari, La femme créole et Femme distraite de Nathalie Périchon, et Femme des îles de Pierre Rey; douze autres renvoient à des personnages féminins en faisant usage des noms communs Les commères de Banzigou Eddy, Villageoises à la rivière de Rirette Faron, Le marché des Nanas Benz, La Nana Benz et La potière de Annie Hurot, La Mauricienne discrète et La Mauricienne au travail de Joséphine Lagesse, Ti Joseph get so Maman lave linge de Caroline Mandron, Les poissonnières de Nathalie Périchon, La pose des filles de Pierre Rey, et La lessiveuse de Yves David. Au total vingt-huit tableaux (que nous ne pouvons tous citer ici) montrent une présence dominante de la figure féminine. Enfin signalons tout de même que neuf artistes, sauf erreur de notre part, sur les seize exposants sont des artistes femmes.

Voilà qui explique pourquoi nous choisirons d?entreprendre ce voyage d?agrément artistique aux couleurs exotiques avec vue sur femmes ? sans vouloir toutefois afficher une quelconque pensée imprégnée de sexisme, ni dévoiler un certain voyeurisme indiscret de notre part. D?ailleurs, l?idée maîtresse qui accompagne et définit ces personnages féminins vus par nos artistes est loin d?être celle qui dévoile une vision qui accède à l?érotisme, même si les silhouettes émergeant des trois tableaux de Joséphine Lagesse, intitulés Inspiration n° 1 à n° 3, cherchent à atteindre la représentation idéale de la forme féminine dans sa splendeur absolue pour se concrétiser quelque peu dans sa Mauricienne discrète.

Si le deuxième sexe est à l?honneur, l?idée d?une thématique entourant la femme est plutôt celle centrée sur ce qui réveille et stimule le féminisme. Le titre La Mauricienne au travail de Joséphine Lagesse évoque à lui seul l?idée directrice qui, en influençant la conscience des artistes, anime ici l?exposition.

Et le choix de Rirette Faron résume bien l?orientation que se donne l?art contemporain mauricien à tendance féministe : la dénonciation de la condition féminine par les artistes. Ses deux aquarelles, Villageoises à la rivière et La Détente, suffisent pour souligner avec violence le contraste ? renforcé ici par un effet de luminosité éclatante qui rappelle aussi les techniques des peintres impressionnistes ? entre les tâches réservées aux femmes (ici la lessive) et la quiétude reposante des hommes voués à l?inaction (assis à l?ombre d?un arbre).

Lueurs mélancoliques

Le tableau Fem lor la ter de Caroline Mandron, dite Karo, insiste également sur la pénible vie des femmes aux champs, contrastant avec la détente évoquée dans Kas ene pauz où l?on voit quelqu?un (un homme?) se donner du bon temps dans un hamac au bord de la mer. On verra la femme marchande et potière chez Annie Hurot, poissonnière chez Nathalie Périchon, et lessiveuse chez Rirette Faron, Caroline Mandron et Yves David. Ce dernier, un ancien lauréat de la Société Internationale des Beaux Arts, du Salon 1989, à Paris, nous présente ici ses réalisations, huile sur toile marouflée sur bois, sur tableaux aux dimensions 20 x 16.

Les mains de nos artistes n?ont pu s?empêcher d?immortaliser les lueurs mélancoliques qui brillent dans le regard de ces femmes des îles. Ainsi, Pierre Rey, exploitant leur regard perçant dans ses trois tableaux Pose des filles, Femmes des îles et Regard de mer, ramène au premier plan ces visages dénudés pour mieux dévoiler l?angoisse qui en dit long sur leur âme souffrante. On note cette même angoisse dans le regard de ces femmes créoles que les coups de pinceau de Nathalie Périchon rendent visible.

Enfin, mélancoliques, angoissées, tristes, les femmes des îles rêvent. Elles rêvent d?un bonheur lointain perdu. Mais ?le bonheur ne s?explique pas, il sévit?, lit-on sur la toile d?Eddy Banzigou, Mon île, mon Rêve. Rêve des îles, rêves des femmes, ou tout simplement femmes des îles rêvant. Et à quoi peuvent-elles bien rêver ? La robe au vent et La robe fleur de Sylvio de Lapeyre, qui mettent en contraste le fond à dominance bleue (signifiant rêve) et les éclats des couleurs de la robe de la femme au buste dénudé sur chacune des deux toiles, traduisent la métamorphose du rêve, probablement parce qu?irréalisable quelque part, en soucis pour les apparences aux goûts exotiques bien prononcés chez les femmes des îles.

Horizons</B>

La transformation de la claustrophobie, due à la limite territoriale des îles, en bonheur, se lit sur le buste de la femme qui respire le plein air. On retrouve un peu cette même idée dans la Fem de l?océan Indien de Caroline Mandron, tableau qui montre sept femmes habillées en sari aux couleurs vives éclatantes, se tenant sur la plage face à la mer, regardant loin vers l?horizon, là où se confondent et la mer et le ciel ? confusion qu?a su si bien rendre aussi le tableau Plage et Ciel des Iles de Frantz Boribon.

Un regard vers l?horizon. Voilà enfin ce rêve des femmes des îles. Un rêve qui symbolise la volonté de partir. Partir pour fuir la claustrophobie des îles. Tout se résume alors dans le tableau d?Alix Le Juge de Segrais, peignant enfants et femmes devant la mer, devant l?océan, dans leur rêve de voyage. Comme par enchantement un de ses tableaux a pour titre Rêve des îles. Nul doute, les femmes sont à l?honneur, elles ont leur fierté, rendue symboliquement dans La fierté de femmes de Françoise Hardy.

Dans un tout autre registre on remarquera aussi l?Enfant songeur, ce portrait si bien réussi de Sylvie Adam-Leblanc, le 8 heures Mahébourg s?éveille de Bernard Chaviroux, Le port au couchant de Monique De La Vallée Poussin, et les vues de Jean-Michel Vinson, Pointe de Roches Noires et Poste Lafayette, admirablement rendues à l?aide de la technique de pastel.

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