Publicité
Argent, méfiance et palabres
Un sentiment de ras-le-bol a gagné certains membres du personnel de Independent Commision against Corruption (Icac). La situation est telle que des employés de l?institution n?hésitent pas à enfreindre les règles de discrétion pour faire entendre leur ressentiment. Pour des raisons évidentes, ils ont requis l?anonymat. Leurs propos révèlent qu?il règne à l?Icac une ambiance peu propice à un travail d?équipe.
« Ena trop boucou palabres. Sacaine envie dans bon papier commissaire. Kuma contrat dire trois ans, zot envie zot contrat rénouvellé car salaire ki gagné dan Icac li deux à trois fois plisse ki gagné en dehors», confie un policier en poste à la commission. Ainsi, l?idée d?offrir de gros salaires aux employés afin de les inciter à donner le meilleur d?eux-mêmes a été dénaturée. L?argent est donc devenu source de méfiance.
« Ene garde sorti avec près Rs 20 000 par mois et la paye doublé et triplé si li monte bane échelons. Sa mem lerla, éna éne deux fer délation pou pran place so camarade? Ena éne officier kine gagne promotion kumsa et ki rakonte sak ti zafer passé ar missié-là», souffle après maintes hésitations une source proche de la Commission sous le couvert de l?anonymat.
Vérité ou mauvaise lecture
Chacun se jauge, des responsables se regardent en chiens de faïence et des ridicules conflits de personnalité minent les enquêtes. L?Icac ne vaudrait-elle, en fin de compte, pas mieux que certains ministères poussifs. Des transferts interviennent pour des raisons que la raison ne connaît pas , allègue des officiers mécontents. « Un limier a été renvoyé à la force policière pour n?avoir pas voulu inculper une personne qui a permis de découvrir la fraude à la MCB. Des enquêteurs de carrière ont été renvoyés parce qu?ils étaient soupçonnés de refiler des informations à un ministre MMM. Celui qui les a dénoncés a eu une promotion fulgurante. Son salaire est passé de Rs 20 000 pour dépasser les Rs 50 000», déclare laisse entendre un enquêteur. Vérité ou mauvaise lecture des faits ? En tout cas, ces propos en disent long sur l?état d?esprit qui prévaut au sein du personnel de l?Icac.
D?autres raisons sont avancées pour expliquer ces transferts. « Il y a une équipe qui a été la première à plancher sur le dossier MCB-NPF. C?est lorsqu?ils étaient sur le point d?inviter un des responsables à l?Icac à parler sur les ramifications dans cette affaire qu?ils ont soudain été accusés de renseigner le gouvernement sur le déroulement ce certaines enquêtes », réplique rageusement un autre salarié.
L?atmosphère est telle qu?elle génère des sentiments qui frisent la paranoïa. Aussi, les mesures de sécurité en vigueur à la commission prêtent à diverses interprétations.
« L?immeuble de l?Icac est tellement vaste que certains officiers n?ont pas tout visité. Mais si vous êtes dans une section particulière, vous ne pouvez pas aller dans une autre. C?est également déconseillé d?aller à un étage supérieur sans autorisation préalable », révèle un enquêteur. Comme pour confirmer les dires de son collègue, un autre rechérit « les locaux sont équipés des dernières innovations technologiques pour la surveillance, on pense à deux fois avant de parler. Le téléphone semble être sur table d?écoute. Il y aurait aussi un appareil qui peut écouter ce que vous dites à travers un mur. La commission s?est aussi dotée d?équipements pour écouter des appels à travers les téléphones portables.» C?est carrément le scénario d?un film d?espionnage. Soit l?Icac doit revoir sa communication interne, soit elle doit se pencher sur l?état psychologique de certains de ses officiers.
Ridicules conflits
La peur de se faire prendre pour délit d?indiscrétion rend terriblement prudent même ceux qui ne sont plus employés par l?Icac. « Ki ou pé démane mwa la ? Mo pas kapav dire ou narien ? Non, non mo pas pou kapav koze lor Icac, sorry, éna dix ans prison ladan missié », nous répond nerveusement un ancien enquêteur de la commission renvoyé dans la force régulière pour conduite jugée nuisible à la commission.
Pareille lambiance ne peut qu?accentuer les « palabres » . C?est ainsi que dans un grand déballage on parle d?attitude « dictatoriale » d?un haut responsable, de téléchargement des sites pornographiques sur ordinateur, de harcèlement sexuel.
On parle également d?un autre responsable qui serait parti en mission dans un pays au moment où sa fille y convolait en justes noces.
Difficile de faire la part de la fabulation et des vérités dans toutes ces affirmations car à l?Icac on refuse de communiquer. Toutefois, il est pour le moins inquiétant que ces propos décrivant une ambiance, paraît-il malsaine, proviennent des employés de l?institution elle-même.
Publicité