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Birger Fredriksen Senior Education Adviser à la BM «L?éducation, seule, vaincra la pauvreté»

5 décembre 2003, 20:00

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L?octroi des prêts de la BM aux pays africains pour financer l?éducation est soumis à des conditions rigoureuses. Certains parlent de «diktat». Mercredi, le président Touré du Mali affirmait que les financements sont parfois orientés. Vos commentaires ?

La BM est le principal bailleur de fonds pour l?Afrique. Bien sûr, nous avons nos conditions. L?argent que nous prêtons vient des pays riches. Les contribuables de ces Etats veulent s?assurer que leur argent est correctement utilisé. Certains Etats n?accordent pas suffisamment d?importance à l?éducation de base. Il y a quelques années, le Mali était de ceux qui avaient le plus faible taux d?admission scolaire. Certains Etats perpétraient le système en vigueur depuis les années 60, c?est-à-dire un système favorisant une petite élite. Nous ne pouvons soutenir une politique éducative où plus de la moitié des enfants sont exclus de l?éducation primaire.

Quels Etats bénéficient de votre aide ?

Nous travaillons avec les 40 pays de la région sub-saharienne. Nous proposons deux types de prêts. Notre section «International Development Association » (IDA) prête de l?argent sans intérêt aux pays les plus pauvres, ceux dont les revenus sont moins de US$ 860 par habitant. Ces sommes sont remboursables sur 40 ans. Sept des 40 pays ne sont pas éligibles aux prêts de l?IDA : l?Afrique du Sud, le Botswana, le Gabon, Maurice, la Namibie, les Seychelles et le Swaziland. La BM leur octroie des prêts comme dans n?importe quelle banque commerciale mais à des taux d?intérêt inférieurs. Maurice en a bénéficié l?an dernier pour démarrer sa réforme.

Etes vous plus exigeants envers les pays les plus pauvres ?

L?éducation doit être la prio-rité dans ces Etats. Ils ne pourront jamais vaincre la pauvreté, atteindre un certain degré de développement, disposer d?un bon service de santé, donner à la femme les outils nécessaires pour améliorer son sort, tant qu?ils n?auront pas résolu le problème de l?éducation de base pour tous. Nous considérons aussi les efforts du gouvernement dans ce secteur et la manière dont il dépense ses finances. Il est essentiel que chaque Etat mobilise d?abord ses ressources propres. Ainsi, entre 12 et 15 % des US$ 4,5 milliards que la BM met à la disposition de l?Afrique sont consacrés à l?éducation.

Préconisez-vous un système uniforme dans ces pays ?

Absolument pas. Nous essayons toujours de nous adapter au contexte local. Chaque Etat doit s?inspirer des pays de la région qui ont du succès par rapport à l?éducation pour tous : quel était leur système précédent et qu?ont-ils fait pour réussir ? Nous constatons que les pays qui ont réussi dans ce domaine sont ceux où existe une volonté politique ferme des gouvernants. Maurice est l?exemple d?un pays qui a donné priorité à l?éducation pour tous.

Maurice a fait appel à la BM pour sa réforme. Ce projet cadre-t-il avec vos attentes et quelle est votre contribution ?

Nous approuvons les grandes lignes du projet qui élargit l?accès à l?éducation. Quand nous approuvons un projet, nous déboursons les fonds. C?est ensuite au ministre des Finances de répartir l?argent. Dans tous les pays qui bénéficient de notre aide, nous entreprenons régulièrement une évaluation. Justement, nous discutions cette semaine avec le gouvernement mauricien sur une ébauche de rapport (draft report) sur le système éducatif. Nous estimons que le rapport final doit être rendu public. Le but du rapport : identifier les problèmes que doit résoudre le gouvernement. Il y a des points positifs. Le gouvernement veut organiser un séminaire national en avril 2004 sur l?éducation. Le rapport servira de document de base à cette discussion. La BM sera présente à cet atelier de travail. Le gouvernement a en effet sollicité son expertise internationale.

Peut-on avoir une idée de vos recommandations ?

Nous faisons plutôt quelques observations au niveau du primaire, du secondaire et du tertiaire. Ainsi, nous mettons le doigt sur la question des leçons particulières et le taux d?échec au primaire. Il y a aussi le problème de redoublement et de rejet (drop-out) au secondaire. Nous faisons aussi des recommandations sur l?enseignement supérieur. Conclusion : Maurice doit consoli-der son système éducatif à tous les niveaux pour aborder l?étape suivante du développement économique. (voir plus loin)

La BM est en principe opposée à l?éducation gratuite à tous les niveaux. Cela s?applique-t-il à Maurice ?

Généralement, nous disons que l?éducation de base ? obligatoire ? doit être gratuite, sinon cela n?a aucun sens. La durée de l?éducation obligatoire varie d?un pays à l?autre. Nous estimons que nombre d?Etats africains ne pourront se permet-tre d?offrir une éducation secondaire de second cycle (upper secondary) et une éducation supérieure gratuites à tous.

L?ADEA et d?autres organisations ont le soutien financier de la BM. N?y a-t-il pas un risque de gaspillage de fonds avec la tenue fréquente de séminaires à portée internationale ?

Rassurez-vous. Seul un très faible pourcentage des fonds octroyés chaque année pour l?éducation en Afrique est consacré à ce genre de rencontres.


Taux d?échec inquiétant au secondaire

La Banque mondiale (BM) reste préoccupée par le nombre d?enfants échouant au primaire comme au secondaire. Ces points négatifs, la BM les développe dans son «draft report», actuellement en préparation.

«Le taux de réussite dans le cycle secondaire est faible par rapport à celui que connaissent certains pays asiatiques. Il est normal que nous nous comparions aux Tigres de l?Asie puisque le gouvernement dit vouloir atteindre leur niveau économique. Notre système éducatif devrait être égal au leur», explique Jacob Bregman, spécialiste principal de la section Education-Développement humain pour l?Afrique et responsable du dossier éducatif mauricien.

Son collègue, Birger Fredriksen, attire, lui, l?attention sur le nombre de redoublants au secondaire.

La BM émettra d?autres observations sur l?enseignement supérieur et la formation professionnelle où le taux d?admission est faible. Selon elle, le système en vigueur doit être réformé si le pays veut obtenir sa place dans le «village global».

Jacob Bregman se dit ravi d?apprendre qu?un livre blanc sur le tertiaire est en préparation et sera publié l?an prochain.

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