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Jeux de pouvoir

29 novembre 2003, 20:00

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Il ne faut plus jouer sur l?ambivalence ou les mots. Depuis le déclenchement des hostilités à Piton-Rivière-du-Rempart et l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre, il existe un discours qui tend à faire croire que le pouvoir a échappé à une communauté.

Il y a une école de pensée qui estime légitimement que le poste suprême doit revenir à un membre de la communauté majoritaire. La symbolique de l?identification et de la représentation étant ici très forte. Il y a une autre école, plus citoyenne, qui fait valoir le principe de la méritocratie dans le choix du Premier ministre. Enfin, il y a une troisième catégorie d?individus, comprenant également des politiques, qui font de cette question une problématique leur permettant de reprendre le pouvoir politique ou de conforter leurs assises personnelles en provoquant un sentiment d?injustice et d?insécurité chez les gens.

Ce débat est parfois déroutant et lassant. Que la force du symbole puisse être aussi prononcée est, dans une certaine mesure, compréhensible. Mais de là à en faire la principale problématique de la vie sociopolitique relève d?un certain aveuglement. Après plus de trois décennies d?indépendance et quatre différents Premiers ministres, il ressort clairement qu?une certaine île Maurice se fait toujours mal en se laissant prendre au piège du jeu de la représentation. Cela est inquiétant pour un pays qui aspire à la modernité. Même s?ils peuvent n?être qu?une minorité ceux qui succombent aux fanfaronnades des politiques sur cette question, ils n?en demeurent pas moins des citoyens mauriciens à part entière qui ne parviennent pas à se débarrasser de certaines peurs et fantasmes. C?est sur ces peurs et fantasmes que s?appuie le populisme pour faire son nid. Ce n?est pas sain pour une raison encore plus importante. Celle qui a trait au fait que l?île Maurice n?arrive pas à regarder dans une même directe en tant qu?une nation unie. Cela implique aussi qu?une partie de cette île se calfeutre. Même si on ne note pas un épuisement du mythe mauricianiste, bien au contraire, il importe d?éveiller tous les Mauriciens à la conscience d?une citoyenneté libérée des angoisses qui compromettent la possibilité d?une action unie. Le fait qu?on se plaigne d?une société à plusieurs vitesses est entièrement justifié. On a effectivement une large classe moyenne qui aspire aux valeurs des classes dominantes alors qu?existe, à l?autre extrême, une sous-société d?exclus. L?accroissement des inégalités est intolérable dans ce contexte. Reste que seulement une approche rationnelle pour le combattre peut produire des résultats souhaités et non pas une exacerbation des penchants sectaires. À ce titre, il ne sert à rien de faire le procès de ces politiques qui ont fait de cette question l?ultime ratio de leur engagement. Il importe seulement de savoir que le politicien, de quelque bord qu?il soit, cherche avant tout le pouvoir pour lui-même. Le partage de la richesse est une question autrement plus technique. C?est là que le concept communautariste est venu corrompre le débat car il a amené des citoyens à réagir selon leurs appartenances et à fonder leurs revendications sur le critère de la représentation.

Une certaine définition de la nation mauricienne, fondée sur le principe de l?unité dans la diversité, a, d?autre part, imposé un multiculturalisme qui fait davantage ressortir les différences que ce qui rassemble les Mauriciens et qui a fait valoir le droit à la différence. Aujourd?hui encore, la République n?est pas devenue cet étendard capable de rassembler tous les citoyens de ce pays. Après les derniers Jeux des îles, on s?est extasié de l?unité qui a régné chez les Mauriciens. Était-ce une manifestation ponctuelle du sentiment unitaire ? Il ne faut pas le croire mais en même temps il faut être conscient que le mouvement vers le repli sur soi s?accentuera proportionnellement au rythme auquel se manifestera la volonté d?ouverture.

Si le Mauricien est en devenir et qu?il faudra encore du temps avant qu?il ne se retrouve pleinement, cela n?empêche pas une démarche sociale et culturelle plus cohérente et plus vigoureuse le poussant en ce sens.

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