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L?axe Inde-Maurice-Afrique : en attendant le déclic
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L?axe Inde-Maurice-Afrique : en attendant le déclic
L?accord-cadre envisagé sur les relations économiques entre l?Inde et Maurice sera sans nul doute l?arrangement bilatéral le plus ambitieux que le pays ait jamais connu. Les discussions au sommet entre les dirigeants mauriciens et indiens sur le futur de nos échanges économiques témoignent de cette forte volonté des deux parties de faire émerger la formule idéale.
D?un point de vue économique, la visite du Premier ministre en Inde intervient à un moment opportun. Les fondamentaux de l?économie indienne sont au vert. Le coût des crédits demeure compétitif et incite aux activités. Le marché boursier indien, très bullish en ce moment, reflète la bonne santé de Corporate India. Les autorités indiennes sont, d?autre part, encore plus intéressées à accueillir les investissements mais aussi à laisser partir les capitaux indiens vers d?autres cieux. Les liens d?amitiés qui se sont tissés entre les responsables politiques des deux pays donneront certainement le coup de pouce nécessaire pour la conclusion et la mise en ?uvre des projets identifiés.
Les conditions sont donc réunies pour passer à un autre seuil de la coopération économique indo-mauricienne. Les modalités de l?accord-cadre restent à définir, mais il est clair que la création d?une zone de libre-échange (ZLE) entre les deux pays y occupera une place de choix. Il faudra procéder avec beaucoup de précaution, comme le concède Paul Bérenger lui-même. Toute conclusion hâtive d?une ZLE risque de mettre encore plus de pression sur nos industries domestiques qui résisteront mal à un déferlement de produits indiens à bon marché sur notre territoire.
Mais au-delà des appréhensions, somme toute légitimes, des manufacturiers locaux, il y a effectivement une nécessité d?exploiter de manière plus profonde les opportunités qu?offre le géant industriel qu?est la Grande péninsule. Le fait que l?Inde soit un de nos principaux fournisseurs peut cacher bien des réalités. Quelque
70 % de ces exportations sont composés de cotton yarn destiné à l?industrie de textile-habillement. La composition-panier des importations est appelée à connaître des mutations en faveur des produits à plus haute valeur ajoutée. Maurice gagnera à y importer des équipements et des items de haute technologie. En même temps, une intensification de nos échanges avec l?Inde aidera à la concurrence entre nos principaux fournisseurs dont la France, l?Afrique du Sud et la Chine.
En tout cas, les industriels indiens sont prêts à saisir l?occasion. Lors de leurs interactions avec la délégation du Premier ministre à New Delhi et à Mumbai, ils se sont montrés très enthousiastes à s?attaquer au marché mauricien.
<B>Dérouler le tapis rouge</B>
Paul Bérenger a vendu avec beaucoup de conviction sa vision d?un partenariat économique entre l?Inde, Maurice et l?Afrique australe à ses interlocuteurs indiens. Les détails de cette stratégie devraient figurer dans le nouvel accord-cadre sur la coopération économique. Vaste projet, mais les possibilités sont bien réelles. Il y a d?ailleurs des entreprises indiennes qui se sont déjà engagées dans cette direction. La compagnie d?assurances LICI de même que l?opérateur de télécommunications Mahanagar Telephone Nigam Ltd (MTNL), ont déjà choisi Maurice comme une plate-forme pour des activités projetées en Afrique.
L?ouverture du marché indien aux multilatérales limite la progression des firmes indiennes sur le marché local. L?expansion outremer demeure une des principales options pour poursuivre leur développement. Maurice et les pays de la région offrent un potentiel énorme aux industriels indiens en quête des sources alternatives de croissance.
Les accords de non double taxation avec l?Inde et avec certains pays de l?Afrique australe seront fort utiles à cet effet. L?appartenance de Maurice aux entités sous-régionales de la Southern Africa Development Community (SADC) et du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) fait de notre pays une passerelle idéale vers le continent africain. D?autre part, le port franc mauricien offre des opportunités de transbordement, de transformation mineure et de réexportation aux producteurs indiens.
Cela implique une redéfinition de notre politique de promotion de l?investissement en Inde. Le Board of Investment (BOI) devra revoir sa stratégie dans la Grande péninsule. Mais en même temps, le haut- commissariat indien à Delhi, de même que les consulats mauriciens basés dans les autres métropoles devront être beaucoup plus agressifs sur ce plan. Il serait vraiment dommage que de telles agences ne s?occupent que des questions de visas ou d?échanges de correspondances entre gouvernements. Tenant compte des enjeux, les autorités mauriciennes ont intérêt à se montrer très perspicaces dans le choix des personnes et des équipes dans des représentations. Aussi, il est vital que la logistique nécessaire soit mise à leur disposition afin qu?elles puissent opérer efficacement.
Les ministres mauriciens auront compris que leur rôle n?est pas uniquement de mettre en place des politiques et des institutions. Dans certains cas, il faudra qu?ils aient une approche beaucoup plus hands on. En visitant les locaux d?Infosys à Bangalore, il était clair que faire venir de pareilles enseignes à Maurice nécessiterait de gros efforts de lobbying. Si Infosys a déjà une présence chez nous à travers des opérations de disaster recovery, c?est parce que le ministre de l?Information et des télécommunications, Pradeep Jeeha, s?est engagé personnellement dans ce dossier.
Mais pour que l?alliance stratégique entre l?Inde et Maurice dans le domaine des technologies de l?information et des communications (Tic) devienne une réussite, il faudra que le pays arrive à séduire d?autres firmes de même envergure, telles que Tata Consultancy Services, Pentasoft, Wipro et Satyam Compter Services. Pour cela, il faut impérativement dérouler le tapis rouge. Le fast track promis à Infosys pour l?octroi de permis de travail à ses ingénieurs en cas d?opérations de sauvetage est un exemple vivant de l?efficacité des incitations taillées sur mesure. Un cadre général des mesures incitatives ne sera pas suffisant dans ces situations même s?il peut donner un signal positif aux entrepreneurs.
<B>Facilités de port franc</B>
La partie mauricienne veut ratisser large dans la nouvelle aventure avec l?Inde. Le Premier ministre en appelle à l?assistance indienne pour donner une impulsion à deux activités nouvellement identifiées comme pôle de croissance, à savoir la création d?un regional fishing hub et d?un regional knowlegde hub. Dans le premier cas, il s?agit d?attirer les entreprises indiennes intéressées à se prévaloir des facilités du port franc. Dans le cas de la mise en place du knowledge hub, l?apport indien pourrait se situer principalement à la formation dans les Tic.
Paul Bérenger s?est plutôt bien défendu contre les accusations d?Indian firms bashing. Mais il lui reste le plus gros à faire. Très souvent, les attaques contre les intérêts indiens proviennent des segments les plus conservateurs de notre secteur privé. Il suffit qu?une grosse entreprise indienne annonce son intention de venir s?implanter à Maurice pour que certains lobbies commencent à s?agiter. Le plus difficile n?est pas de dire aux entrepreneurs indiens qu?ils sont les bienvenus chez nous, mais de briser des barrières appartenant à un autre temps.
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