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Kennedy, un mythe à l?épreuve du temps
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Kennedy, un mythe à l?épreuve du temps
Le 22 novembre 1963. Le ciel était bleu, Jackie était en rose, et le journaliste Walter Cronkite, en direct sur CBS, avait les larmes aux yeux. Aux Etats-Unis et ailleurs, les baby-boomers se souviennent tous de ce qu?ils faisaient ce jour-là.
Quarante ans après la mort de John Fitzgerald Kennedy sur un boulevard de Dallas, cette date qui a marqué la biographie collective d?une génération commence pourtant, inéluctablement, à perdre de son pouvoir fédérateur. Les témoins vieillissent, les images aussi. C?est à propos du 11 septembre que les jeunes Américains aujourd?hui se demandent : « Où étais-tu ce matin-là ? » Malgré tout, si l?on en croit le déferlement médiatique que suscite cette commémoration aux Etats-Unis, la magie Kennedy fait encore vendre.
Mais qu?en reste-t-il exactement ? Depuis 1963, un bon millier de livres et des tonnes de pellicule ont été consacrés à la courte vie de John F. Kennedy, dit « Jack », explorant inlassablement ses facettes lumineuses et ses zones d?ombre. Fascinés par ce représentant d?un clan qu?ils considèrent comme leur famille royale, les médias américains ont tour à tour encensé puis brûlé leur idole.
D?un côté, le mythe. Joe, le patriarche, façonne le personnage de JFK à la manière des grands studios de cinéma, allant jusqu?à lui prescrire une épouse. « Nous allons vendre Jackie comme des savonnettes », prophétise-t-il avant la campagne présidentielle de 1960. Fasciné par Hollywood, Jack se prend au jeu. Il évite de manger en public, de peur d?être pris en photo la bouche pleine. Il joue au golf en secret - un sport de vieux - mais convie la presse sur le pont de son voilier. Jamais un président ne s?est autant exhibé. Athlétique, bronzé, désirable, il se laisse photographier dans son intimité au côté de Jackie, beauté fragile de 31 ans à peine, dont la distinction flatte l?ego de l?Amérique. Les jeux chorégraphiés de John-John et Caroline dans le Bureau ovale parachèvent ce tableau féerique.
Gardienne sourcilleuse de la légende, la famille de JFK s?efforce, depuis quarante ans, de sauver les apparences : les archives personnelles du président sont montrées au compte-gouttes à quelques historiens loyalistes et biographes « autorisés ». Pourtant, elle n?a pas pu empêcher le grand déballage des années 90. Les réquisitoires ont succédé aux hagiographies. L?historien Thomas Reeves a tiré le premier, avec « A Question of Character » (1991), un livre best-seller qui décrit JFK comme un imposteur. En 1998, le journaliste d?investigation Seymour Hersh a poursuivi la déconstruction du mythe dans « The Dark Side of Camelot » (« La face cachée du clan Kennedy »), récit palpitant de ses bacchanales et de ses liaisons dangereuses avec la Mafia. La statue n?en finit pas d?être déboulonnée.
Un grand malade
Aujourd?hui, même les admirateurs s?autorisent quelque révisionnisme. Premier chercheur invité à consulter le dossier médical de JFK, Robert Dallek vient de publier une biographie qui a fait couler beaucoup d?encre aux Etats-Unis. Selon cet historien, la « vigueur » de Kennedy - l?un des mots favoris du président - était une illusion savamment mise en scène. L?homme qu?il décrit est un grand malade, tourmenté depuis l?adolescence par des colites spasmodiques que son père fait soigner à grand renfort de corticostéroïdes achetés à prix d?or. A 30 ans, il apprend qu?il souffre de la maladie d?Addison, une insuffisance surrénale potentiellement mortelle pour laquelle on lui donne davantage de corticostéroïdes. Kennedy n?a pas 40 ans quand trois de ses vertèbres s?effondrent, ravagées par une ostéoporose que Dallek attribue, tout comme son hâle perpétuel, à ce traitement hormonal aux multiples effets secondaires.
Dopé à la testostérone
Ce n?est pas tout. Outre ses douleurs lombaires, JFK souffre d?infections urinaires et prostatiques, séquelles sans doute d?une maladie vénérienne, ainsi que d?ulcères et d?allergies chroniques. Pour soulager ces maux divers, ses médecins lui prescrivent un cocktail quotidien d?opiacés, antispasmodiques, antibiotiques, antihistaminiques, calmants et somnifères. Entre 1955 et 1957, alors sénateur du Massachusetts, il est hospitalisé neuf fois en secret.
Arrivé à la Maison-Blanche, le plus jeune président de l?histoire américaine est contraint à des efforts surhumains pour donner l?apparence d?un homme en pleine santé. Il se fait injecter de la procaïne, un anesthésique local, avant toutes ses conférences de presse. Loin des journalistes, JFK monte une à une les marches de son hélicoptère et se fait aider pour enfiler ses chaussettes. Il prend jusqu?à cinq douches chaudes par jour pour soulager son dos. Sa souffrance est si vive qu?à l?insu de son médecin officiel il fait appel à Max Jacobson, un praticien connu et apprécié du Tout-Manhattan pour son recours immodéré aux amphétamines (ce qui finira par lui coûter le droit d?exercer la médecine).
Les révélations sur ce combat contre la maladie renforcent paradoxalement l?image d?un JFK au « stoïcisme silencieux ». Selon Robert Dallek, cet état de santé explique aussi sa boulimie sexuelle, véritable pulsion de vie d?un quasi-mourant dopé à la testostérone. « Si je ne couche pas avec une fille tous les trois jours, j?ai une migraine épouvantable », aurait-il confié au Premier ministre britannique Harold McMillan lors de leur rencontre dans les Bermudes, en 1961. A la Maison-Blanche, il séduit plusieurs secrétaires, l?attachée de presse de Jackie et une stagiaire de 19 ans qui « ne savait pas taper à la machine, mais qui l?accompagnait dans tous ses voyages », écrit Robert Dallek. Dave Powers, son assistant, lui procure des call-girls. Son beau-frère, l?acteur Peter Lawford, lui sert de rabatteur auprès des starlettes hollywoodiennes. Le chanteur Bing Crosby l?invite à s?ébattre dans sa piscine avec des mannequins et des hôtesses de l?air.
Souvent témoins de ce libertinage frénétique, les journalistes n?en soufflent mot. Quant à Jackie, elle accepte à condition de ne pas être ridiculisée. Elle se console avec les antidépresseurs et les tailleurs Chanel.
Les frasques sexuelles de JFK l?ont-elles détourné de ses responsabilités ? La question suscite le débat. Notant que la fréquence de ses escapades allait en s?accélérant, la plupart des exégètes se demandent, au minimum, s?il aurait continué à bénéficier d?une telle impunité lors d?un second mandat. Pour Seymour Hersh, « il était à deux doigts d?un scandale cataclysmique ». Hersh pense aussi ? mais il figure parmi les plus critiques ? que Kennedy, tout à ses conquêtes féminines, a négligé ses devoirs présidentiels, notamment dans l?affaire vietnamienne. En revanche, ses problèmes de santé ne semblent pas avoir diminué ses capacités. Selon Robert Dallek, la transcription de ses conversations pendant la crise des missiles de Cuba de 1962, une semaine où le monde frôla la guerre nucléaire, montre que le président était bien aux commandes.
Un leader timoré
Logiquement, le réexamen de l?homme a entraîné celui de son bilan. Que retiendra l?Histoire de cette présidence des mille jours, parenthèse si longtemps idéalisée ? Les admirateurs mettent en avant la gestion impeccable de la crise des missiles et la signature du traité sur la limitation des essais nucléaires, préludes à la « détente » avec l?URSS. Les critiques notent que le recours au mensonge, dans le clan Kennedy, ne se bornait pas aux affaires de femmes et de santé : il y eut aussi les tentatives de coup d?Etat ratées (Fidel Castro) ou réussies (Ngo Dinh Diem), les liens avec la Mafia, la probable fraude électorale dont il avait bénéficié pour être élu contre Nixon.
Au chapitre du combat pour les droits civiques, JFK apparaît aujourd?hui comme un leader timoré, plus soucieux de ménager les démocrates sudistes du Congrès que de faire reculer la ségrégation. Tout ne brillait pas dans sa politique étrangère : il autorisa le fiasco de la baie des Cochons et mit le doigt dans l?engrenage vietnamien en y envoyant 18 000 « conseillers militaires ». Rien ne permet d?affirmer, comme l?ont souvent fait ses admirateurs, qu?il aurait désengagé l?armée américaine s?il avait pu accomplir un second mandat.
Après l?avoir adoré puis démoli, les historiens ont peut-être enfin réhabilité Kennedy dans sa vérité relative. Un classement des présidents américains établi en octobre 2000 par 78 professeurs de droit, d?histoire et de sciences politiques le place en 18e position, dans la catégorie « au-dessus de la moyenne ». Du côté du public, c?est une autre histoire... Quarante ans après sa mort, le charme du jeune martyr opère encore. Malgré les révisions déchirantes de ces dernières années, les Américains continuent de classer John Fitzgerald Kennedy parmi les trois plus grands présidents de tous les temps.
Stéphanie Chayet
Le fil des événements
Le 22 novembre 1963, à 12 h 30, le président John Fitzgerald
Kennedy est atteint par deux balles lors du passage de son cortège automobile sur Dealey Plaza, à Dallas. La police retrouve des douilles au cinquième étage d?un immeuble voisin. 12 h 36. La limousine présidentielle arrive au Parkland Memorial Hospital. Kennedy, qui respire encore, reçoit des soins intensifs.13 h. La mort du président est constatée par un médecin. 13 h 55. Lee Harvey Oswald est arrêté dans un cinéma de Dallas, quarante minutes après avoir abattu le policier J. D. Tippit. 14 h 38. Lyndon B. Johnson prête serment à bord d?Air Force One aux côtés de Jacqueline Kennedy avant d?escorter le corps vers Washington.
- Le 24 novembre, Oswald est abattu par Jacob Rubenstein, alias Jack Ruby, dans le parking souterrain d?un commissariat de Dallas, alors qu?on s?apprête à le transférer vers la prison centrale.
-Le 25 novembre, JFK est enterré au cimetière national d?Arlington, en Virginie.
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Le 14 mars 1964, Jack Ruby est reconnu coupable du meurtre d?Oswald et condamné à mort.
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Le 27 septembre, la « commission Warren » remet son rapport au président Johnson. Conclusion : Lee Harvey Oswald et Jack Ruby ont agi seuls et de leur propre initiative.
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Le 3 janvier 1967, Jack Ruby meurt en prison d?un cancer du poumon.
La thèse officielle ?irréfutable?, selon ABC</B>
La chaîne américaine diffuse un documentaire qui prouverait de manière indéniable que Lee Harvey Oswald a tué seul John Fitzgerald Kennedy. Les autres thèses relèvent de la théorie ?du complot?. Alors qu?approche le 40e anniversaire de l?assassinat du président des Etats-Unis à Dallas, la chaîne de télévision américaine ABC a rouvert l?enquête à l?aide des dernières merveilles technologiques de reconstitution assistée par ordinateur. Le documentaire vient confirmer irréfutablement la thèse officielle selon laquelle l?assassin Lee Harvey
Oswald a agi seul. L?émission spéciale de deux heures présentée par la star maison Peter Jennings, diffusée aux Etats-Unis à deux jours de la date anniversaire de la mort de John Fitzgerald Kennedy, ?ne laisse aucune place au doute?, affirme Tom Yellin, le producteur exécutif.
A l?en croire, les résultats de cette enquête sont ?extraordinairement puissants. C?est irréfutable?. Comme la commission Warren, qui enquêta officiellement sur l?assassinat, ABC croit en la thèse du ?tireur isolé?:
Oswald, et lui seul, a abattu Kennedy pendant la parade à Dallas.
Aujourd?hui, selon les sondages, moins de la moitié des Américains mettent en doute les conclusions de la commission Warren, souligne Gary Mack, conservateur du ?Musée du sixième étage? de Dealey Plaza, à Dallas (Texas).
Reste une vaste place pour le doute, largement alimenté par les multiples secrets gouvernementaux sur l?affaire et la flamboyance de certains ?théoriciens du complot?, au premier rang desquels Oliver Stone, via son film ?JFK?, ajoute Gary Mack. ABC News a travaillé avec un expert qui a reconstitué par ordinateur la fusillade, grâce à des cartes, des documents, des prises de mesures physiques, plus de 500 photos, les films existants et les rapports d?autopsie. Une nouvelle technologie qui n?est disponible que depuis quelques années et qui est aujourd?hui fréquemment utilisée lors des enquêtes criminelles. Cette reconstitution permet de voir la scène sous différents angles, y compris du point de vue d?Oswald, depuis le sixième étage du Texas Book
Depository, explique Yellin. ?Quand vous faites cela, ce qui s?est passé est tellement évident que ça vous donne des frissons?, ajoute-t-il, rejetant totalement l?hypothèse du deuxième tireur.
A coups d?autres interviews et documents, ABC conclut également que Jack Ruby, l?assassin d?Oswald, n?a agi que par amour pour le président Kennedy. Le producteur du documentaire estime qu?une grande partie de la méfiance que ressent le peuple américain envers son gouvernement remonte à ce fatidique 22 novembre 1963.
D?où la publication de nouveaux documents secrets après le film d?Oliver Stone qui sont venus nourrir le doute. Et d?où l?importance de continuer à enquêter, 40 ans après. ?Je crois qu?il est très dur pour les gens d?accepter le fait que l?homme le plus puissant du monde puisse être assassiné par un pauvre type dont la vie a été une succession d?échecs?, ajoute-t-il.
Il reconnaît cependant que, quels que soient les nouveaux éléments irréfutables apportés par ce documentaire, les tenants de la théorie du complot déclinée dans ses multiples versions et ramifications, mafieuse, politique ou cubaine, ont encore de beaux jours devant eux.
?L?histoire de cette affaire est claire?, résume Gary Mack. ?Quelles que soient les informations, les gens croiront ce qu?ils veulent?.
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