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Des héros légendaires unis pour une cause extraordinaire
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Des héros légendaires unis pour une cause extraordinaire
POURQUOI DONC ?gentlemen?, dans le titre de ce film, alors qu?il y a une dame au sein de cette illustre assemblée ? C?est l?esprit sexiste de l?Angleterre victorienne qui doit sans doute expliquer cet oubli volontaire? Le titre, en somme, veut évoquer (on croit le deviner) ces bandes dessinées ou ces romans populaires que lisaient nos parents ou grands-parents à une époque où certaines pièces de monnaie devaient encore porter l?effigie de la reine Victoria. Les histoires en ce temps-là, dans ce genre de publications, étaient intitulées The Amazing Adventures of? ou encore The Phantom Raspberry Blower of Old London Town, etc. Vous voyez le genre.
Film de Stephen Norrington, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, lui, est l?adaptation d?une bande dessinée créée par Alan Moore et Kevin O?Neill, sortie il y à peine trois ans avec le dessein de faire revivre l?esprit de la BD d?antan. Il y parvient. L?ambiance d?époque est fidèlement restituée. Nous sommes en 1899, deux ans avant la fin du règne de Victoria, reine d?Angleterre, et d?un ?empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais?. Nous voyons Londres, les bas-fonds d?un Paris imaginaire, un Venise qui l?est tout autant, et une photographie évoquant l?univers de ces bandes dessinées d?antan ou des romans populaires. Ensuite le sujet : une félonie, une perfidie inimaginable. La banque d?Angleterre attaquée avec un char d?assaut conçu une douzaine d?années plus tôt (My Goodness !) et une fabrique de zeppelins détruite à Berlin (Mein Gott !) ; tout ça alors que l?Europe est en proie à des tensions. Évidemment, il y a derrière ces terribles évènements, un bien sinistre individu : Le Fantôme, un criminel de notoriété internationale qui fomente des conflits entre les nations afin de vendre des armes aux belligérants.
Impossible de ne pas penser à une aventure de 007, d?autant plus que le chef des services secrets britanniques s?appelle M. Bien sûr, ceux qui connaissent un peu l?univers de la BD penseront à Blake et Mortimer, mais ce film de Stephen Norrington apporte la démesure en plus. La démesure au sens propre, comme pour ce curieux vaisseau du Capitaine Nemo, le Nautilus, capable de naviguer sur et sous les eaux. On saura quelques années plus tard que ce drôle d?engin s?appelle un ?sous-marin? et plus d?un siècle plus tard que ce sous-marin a la taille d?un porte-avions d?attaque, mais qu?il est néanmoins capable de naviguer dans les canaux de Venise ? licence poétique. La démesure surtout pour les héros, ces gentlemen et cette dame, tous hors de l?ordinaire : ils ne proviennent pas de l?imagination des scénaristes, ni même de celle des créateurs de la BD qui est à l?origine du film, mais on peut se réjouir de l?idée qu?ont eue les scénaristes de forcer leurs traits.
Honneur aux dames : Mina Harker (Peta Wilson), qui ne révèle pas tout de suite qu?elle est un vampire, semble revenue de tout. En plus de ses dons de vampire, elle possède à la fois la ruse et une férocité presque animale et aurait pu faire partie des X-Men. Dorian Gray (Stuart Townsend), en 1899, n?aurait que quelques années de plus qu?au moment de son éruption de l?imagination d?Oscar Wilde en 1891. Ce qui fait que, de toute façon, il aurait toujours été un jeune homme en 1899. On peut donc se demander pourquoi les scénaristes ont tenu à le représenter comme un jeune homme ayant vécu plus de cent ans, mais on peut aussi apprécier que ces derniers nous le présentent comme un aristocrate cynique et blasé qui réserve à ses compagnons une très mauvaise surprise. Le docteur Jekyll (Jason Flemyng) est un homme tourmenté, drogué à sa propre potion et à la présence de ce Mr Hyde qui le répugne ; il finira par trouver la rédemption. Le Capitaine Nemo (Naseerudin Shah) est Indien, tout comme l?équipage du Nautilus. Il est à la fois scientifique et humaniste, en plus d?être un expert en arts martiaux (après tout, ce sont les Indiens qui les ont inventés). Il est toujours bon de voir des héros autres qu?occidentaux dans ce genre de film. L?Homme Invisible (Tony Curran) n?est pas le savant du roman de H G Wells, mais un as du cambriolage ayant dérobé sa formule à ce même savant. Tom Sawyer (Shane West), qui a bien grandi depuis l?époque où il rêvait de devenir pirate avec son ami le jeune Huck Finn, est un agent du gouvernement américain. Il ?fait? tout simplement, l?Américain de service et une fois que cela est dit dans ce genre de film, tout est dit. Et Allan Quatermain, héros vieillissant et grand aventurier ? Lui, n?a pas de spécialité et n?en a d?ailleurs aucunement besoin. C?est le chef, tout simplement et comme dans le personnage il y a Sean Connery? cela est plus que suffisant.
La Ligue des Gentlemen Extraordinaires réunit tous ces personnages provenant d?univers différents dans une même aventure. Il est bien difficile d?affirmer que le sujet est original, vu qu?il s?agit du type de fantasme qui serait à même de saisir l?imagination de n?importe quel gamin un tant soit peu rêveur. Ou plutôt de n?importe quel gamin plus rêveur que les autres (comme Marcel Pagnol dans ses souvenirs d?enfance, à onze ans, fantasmant sur l?idée d?apporter des carabines comme celle de l?Oncle Jules aux Héros des Thermopyles) qui en parlerait à un autre gamin moins rêveur, lequel trouverait l?idée pas mauvaise. Mais il faut reconnaître que l?idée de porter ce fantasme à l?écran est aussi originale que séduisante bien que le véritable mérite revienne en fait aux créateurs de la BD originale.
S?adressant peut-être davantage aux grands garçons de tous âges, ce film comporte de bonnes scènes d?action bien réalisées : l?attaque dans le lieu clos de l?impressionnante bibliothèque de Dorian Gray (la meilleure) ou encore la course-poursuite dans le Venise imaginaire pour son aspect bande dessinée d?antan. Ses effets spéciaux contribuent également à son succès, mais le récit repose essentiellement sur cette rencontre d?univers différents avec tout ce que cela suppose comme interactions bien imaginées par les scénaristes. Le Capitaine Nemo cernant le personnage de Dorian Gray, par exemple. On prend du plaisir devant les performances de bons acteurs travaillant parfois dans des conditions difficiles (Jason Flemyng dans son costume de Mr Hyde, par exemple, ou Tony Curran, maquillé en Homme Invisible).
Encore une fois, tout cela est réjouissant. Au point de faire perdre de vue que l?histoire en elle-même ne vaut pas quatre sous, mais là, pour une fois, ce n?est pas bien grave.
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