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Recadrage
A quelques jours de la visite du Premier ministre en Inde, il faut se demander si le temps n?est pas venu de recadrer nos relations avec ce pays. Elles sont encore trop empreintes d?émotion. Ce facteur ne permet pas d?établir un mode d?échanges basé sur le pragmatisme plutôt que l?affectif.
Déjà, le choix de l?Inde pour le premier déplacement de Paul Bérenger à l?étranger en tant que Premier ministre n?est pas innocent. Il est hautement symbolique et s?explique, avant tout, par le fait que l?Inde est ?un pays de peuplement?, vocable souvent utilisé par le Premier ministre. Ce ne sont pas des considérations économiques, mais bien politiques, qui ont motivé cette visite d?Etat en Inde.
Pourtant, en dépit de nos affinités culturelles ou religieuses avec l?Inde, nos dirigeants ont intérêt à ne pas réduire nos liens à cette seule dimension. Ils doivent oser bousculer les idées toutes faites sur ce pays. En dix ans, l?Inde s?est complètement transformée, mais son image à Maurice n?a pas beaucoup changé. Beaucoup continuent à croire qu?en dehors des films de Bollywood et des marchandises comme les fils de coton et les épices, la Grande Péninsule ne produit rien de significatif.
Depuis qu?elle a négocié un tournant libéral en 1990, et qu?elle a rompu avec le modèle ?socialisant? de développement des Gandhi et des Nehru, l?Inde a fait mieux que combler son retard. Pour y parvenir, elle a mis sa diplomatie au service de l?économie et a relégué au second plan les concepts abstraits tels que le non-alignement.
Depuis quelques années, l?Inde s?est dégagée du carcan dans lequel l?avaient placée ses dirigeants après l?indépendance. Sa stratégie lui vaut aujourd?hui un rayonnement et un prestige mondial. C?est dans le secteur des nouvelles technologies de l'information (IT) que l?Inde a connu une transformation rapide et spectaculaire.
D'ici trois ans, l?Inde concurrencera les États-Unis et l?Europe dans le domaine de l?IT grâce à la quantité croissante d?activités qui y sont délocalisées. L'industrie indienne des logiciels a enregistré un taux de croissance de plus de 50 % par an au cours des 10 dernières années. Les exportations indiennes des logiciels ont augmenté de plus de 60 % par an pendant la même période. Du coup, les anciennes dynasties industrielles indiennes, telles que Tata ou Birla, sont éclipsées.
La puissance commerciale de l?Inde est une condition suffisante pour que l?on déplace l?enjeu de nos relations avec elle sur le plan économique. La future mission premier-ministérielle est un excellent moyen de relever le niveau de notre partenariat. L?effort mauricien pour attirer Infosys, le n° 1 indien du logiciel, a rapporté des fruits en dépit de l?intense lobbying des Singapouriens. Il faut poursuivre dans cette voie. Elle est largement inexploitée
On peut certes garder le souvenir de nos liens historiques avec l?Inde et trouver des occasions de les célébrer, mais les relations internationales sont fondées sur des bases plus matérielles. Une rencontre au sommet comme celle qui aura lieu entre Atal Bihari Vajpayee et Paul Bérenger doit être centrée essentiellement autour des questions économiques.
Le positionnement de l?Inde dans la nouvelle économie est une chance à saisir. Mais les opportunités ne se concrétiseront que si nos dirigeants acceptent de rompre totalement avec la diplomatie traditionnelle.
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