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Maman, maman bobo
À 74 ans, Antoinette Florens n?a pas pris une ride. Elle dit que l?amour des autres la protège et la maintient toujours en pleine forme. Et c?est surtout pour poursuivre son ?uvre sociale.
Dans le village de Circons-tance, Saint-Pierre, les habitants, les personnes âgées surtout, l?appellent affectueusement maman. ?C?est parce que certains d?entre eux se souviennent que je leur distribuais du lait au centre social alors qu?ils étaient encore enfants. J?ai côtoyé ensuite leurs enfants qui sont venus au centre social pour apprendre la couture?.
Antoinette Florens occupe une modeste maison EDC qu?elle a agrandie au fil des années. Sa cour est un véritable jardin parsemé d?innombrables fleurs, de fougères et d?autres plantes. Aux visiteurs qui les aiment, elle offre des petites plantes. Elle s?inquiète et conseille: ?Êtes-vous sûr que vous allez les planter et ne pas les laisser mourir ? Il faut les mettre dans l?eau et les planter tôt le lendemain matin, mais il ne faut pas attendre l?après-midi?.
Le langage des plantes
Malgré son emploi du temps chargé comme présidente de l?association du troisième âge de Saint-Pierre et membre de différentes associations sociales, elle ne néglige jamais ses plantes. Elle leur parle même lorsqu?elle nous les montre à différents endroits.
?J?aime les fleurs et les plantes. Je ne pourrais jamais m?en passer. Vous voyez cette fougère géante, elle a déjà été exposée au centre social de Saint-Pierre?.
À l?intérieur de sa demeure, c?est nickel. Tout est bien rangé parce qu?elle a horreur ?des choses qui traînent?. Il y a ça et là, des objets divers, installés de façon à pouvoir raconter une histoire au visiteur. Ici, un couple de nouveaux mariés et un kangourou qui lui porte des fleurs, là-bas, elle a peint des branches sèches en vert et y a installé des petits oiseaux. Un peu plus loin, il y a un poisson en plastique et la statuette d?un Sikh qui chantent tous deux lorsqu?on appuie sur un petit bouton. ?Ce sont des cadeaux de ma fille qui vit en Australie. Comme ces immenses fleurs artificielles qui ont coûté 38 dollars l?unité?.
Soudain, une larme brille dans ses yeux. Elle se souvient de tous les grands malheurs qui ont frappé sa vie : la perte de son époux et de quatre de ses huit enfants, dont un fils et une fille en Australie, tués dans des accidents de la route, un fils qui est porté manquant depuis 1998 et un autre, qui travaillait au CEB, mort électrocuté en 2001. ?Les gens de mon entourage n?arrivent pas à expliquer ces morts en série et m?ont dit qu?il y avait quelque chose qui n?allait pas. Mais moi, j?ai fait confiance à Dieu. C?est ma foi qui m?a maintenue en vie et qui m?a aidée à surmonter ces malheurs?.
Débrouillardise
L?engagement social d?Antoinette Florens remonte à 1960, après le passage du cyclone Carol. ?C?est Jeanne Wiehe, alors présidente du centre social, qui a fait appel à moi, connaissant ma débrouillardise, pour la distribution du lait. Depuis, j?ai toujours ?uvré pour les gens dans le besoin?.
Aujourd?hui, elle fait aussi partie de la Légion de Marie, de l?Association des brancardiers et s?occupe en même temps des personnes malades du village.
Antoinette Florens dira qu?elle est plus présente au chevet des vieux parce qu?ils ont le plus besoin d?affection. ?Si vous voyez dans quelles conditions ils sont, vous auriez du chagrin. Il faut qu?ils aient au moins des visites de leurs proches et de leurs amis?.
Lorsqu?il y a des sorties à organiser, Antoinette Florens est toujours aux petits soins pour eux. Elle trouve aussi du temps à consacrer à ses quatorze petits-enfants. ?Après tout, je suis aussi leur maman?.
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