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Pêche : les Seychelles ont une longueur d?avance

3 novembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?En termes de pêche hauturière, le potentiel est très élevé dans la zone économique exclusive de Maurice. Mais dans ce domaine, vous êtes à la traîne, devancée par les Seychelles qui possèdent déjà une flottille de dix chalutiers.? Juan Carlos Rey, ambassadeur et chef de la délégation de la Commission européenne à Maurice, maîtrise parfaitement le dossier pêche, et lorsqu?il affirme qu?il est possible d?en faire l?un des piliers de l?économie de l?île, il sait de quoi il parle.

Cependant, un senneur ultramoderne ? armé pour la pêche au thon avec les équipements électroniques dernier cri qui accroissent la performance des campagnes? coûte Rs 360 millions. Et l?île ne dispose pas de la main-d??uvre nécessaire pour ces chalutiers utilisés par les Européens pour pêcher.

Maurice possède une zone économique exclusive (ZEE) de 1,9 million de kilomètres carrés dans laquelle ces navires capturent le thon obèse, l?albacore, le listao (skipjack), l?empereur (blue marlin) et l?espadon. ?Il y a quelques années, le Sénégal aussi n?avait pas de main-d??uvre. Aujourd?hui, ses marins-pêcheurs sont réputés les meilleurs au monde. Dans les années 80, les Seychelles n?avaient aucun senneur. De nos jours, la pêche représente 60 % du produit intérieur brut de l?archipel?, explique Juan Carlos Rey.

Devant l?investissement lourd que requiert le développement de cette activité et le manque de personnel qualifié, il suggère : ?Il faut conclure des joint-ventures entre Européens et Mauriciens.? C?est une telle formule qui a assuré le succès au Sénégal et aux Seychelles.

D?autant plus que les données scientifiques indiquent que le niveau des stocks de poisson dans l?océan Indien, notamment pour le thon, ne donne aucun signe de surexploitation, contrairement aux stocks des pays industrialisés qui s?amenuisent.

?Le secteur privé mauricien est dynamique. Vous avez réussi dans le tourisme et le textile. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas avec l?industrie de la pêche?, ajoute le chef de la délégation de la CE.

Exporter du frais

Ce n?est pas seulement le thon surgelé pour être mis en boîte pour le marché européen qui rapporte des devises. Il y a aussi l?exportation du poisson frais. Et la pêche à l?espadon offre le plus de perspectives. Ce poisson des profondeurs se pêche pas très loin des côtes avec des bateaux peu chers. Cette pêche qui se pratique la nuit, moteur arrêté, exige une technique particulière qu?une firme mauricienne a apprise grâce à l?expertise sud-africaine.

L?espadon exporté frais vers l?Europe rapporte dix fois plus que le thon surgelé. Une fois capturé, il est réfrigéré, maintenu à -4°C avec du glaçon, avant d?être expédié par avion. Les normes européennes exigent que cette chaîne du froid ne soit pas rompue. Entre la capture du poisson et sa commercialisation, il ne doit pas s?écouler plus de 14 jours.

Si la Réunion a devancé Maurice dans cette activité, c?est que les pêcheurs artisanaux de l?île ne maîtrisent toujours pas la technique du poisson réfrigéré.

Les capitaines, dit ?poisson la perle? et autres, pêchés à Saint-Brandon et sur les bancs de Saya de Malha sont surgelés, entre ? 18 et ?20 °C, car les campagnes durent plus de 14 jours. Seules quelques embarcations ? acquises en seconde main au Sri Lanka pour Rs 1 million et qui pêchent sur le banc Soudan, au nord de Grand-Baie ? pratiquent la technique du réfrigéré.

La requête du secteur privé pour faire de la pêche l?un des piliers de l?économie arrive au moment où le tonnage de poisson transbordé au port franc chute. Les Taïwanais, à qui l?on a interdit l?accès du port lors de la crise due à l?épidémie de pneumonie atypique, transfèrent désormais leurs prises en haute mer. Désormais, la plupart de ces chalutiers ne touchent plus Port-Louis que pour le ravitaillement, indique-t-on dans les milieux du port franc où la capacité de stockage en chambre froide est conséquente.

?Le transbordement en pleine mer dans la ZEE doit être interdit?, affirme Juan Carlos Rey. Edgar Julien, Marketing Manager dans le port franc, estime que le pays gagnerait à encourager les compagnies européennes à transborder et à transformer leurs prises. ?Lors de cette phase de transformation, le poisson est étêté, découpé en filets avant d?être exporté vers l?Europe. Une compagnie espagnole effectue à Mombasa cette activité qui nécessite beaucoup de main-d??uvre (labour intensive). Les tâches de finition et la mise en boîtes sont, elles, accomplies en Espagne?, signale Edgar Julien. L?opération de transformation du poisson, dit-il, ne nécessite aucune grande formation.

Qu?il soit pêché par des compagnies locales ou étrangères, le poisson qui transite par Maurice rapporte beaucoup de devises et crée de l?emploi. De plus, une étude néo-zélandaise sur la pêche hauturière démontre que, pour chaque emploi à bord d?un chalutier, il se crée cinq autres à terre.

Rs 15 millions un permis annuel

Les permis de pêche accordés aux navires étrangers dans notre ZEE viennent d?être renouvelés. Près de 151 ont été accordés aux chalutiers non-européens, principalement taïwanais. Cette licence coûte Rs 15 millions par an.

Quatre-vingts permis ont été accordés à 41 senneurs et 49 palangriers européens. Alors que le thon est pêché à la senne, les palangriers sont utilisés pour capturer l?espadon. Les Européens transbordent le gros de leurs prises à la Réunion.

Outre les frais dont ils doivent s?acquitter, l?accord conclu avec ces bateaux européens prévoit la formation de marins pêcheurs locaux et l?emploi de dix d?entre eux au minimum sur un chalutier. Il leur est interdit de pêcher à 15 miles nautiques des côtes, périmètre réservé aux pêches traditionnelle et sportive. Il leur est aussi interdit de pêcher à trois miles nautiques des radeaux, ces dispositifs de concentration de poissons à l?intention des pêcheurs locaux.

La flottille européenne est tenue de fournir des renseignements exacts sur leurs prises dans l?océan Indien, des données essentielles pour la gestion des stocks. Les chalutiers non-européens refusent souvent de coopérer et de donner les chiffres de leurs prises. Ces renseignements sont alors obtenus lors des transbordements à Maurice ou à la Réunion. Les scientifiques européens ont entamé une étude sur la migration des thons dans la région. Ces poissons seront ?tagués? et leurs courses à travers l?océan Indien suivies par satellites.


Surveillance

Satellite : sus aux pirates

La piraterie dans la ZEE de Maurice sera bientôt chose du passé. L?Union européenne (UE) aide en ce moment l?île à se pourvoir d?un système de surveillance par satellite. Tout chalutier disposant du permis de pêche nécessaire sera muni d?un émetteur. Les signaux seront captés par des satellites ainsi que les avions et les vedettes des gardes-côtes. Tout navire opérant dans la ZEE sans émetteur sera considéré comme navire pirate et sera arraisonné.

Dans cette lutte pour la préservation des ressources en thon et autres espèces pélagiques, Maurice bénéficie de la coopération de la Réunion. Toutefois, les chalutiers étrangers détectés par les autorités de l?île soeur dans la ZEE ne pourront être arraisonnés que par les gardes-côtes mauriciens.

La surveillance par satellite a donné des résultats concrets aux Seychelles et à Madagascar dont les centres de surveillance ont été financés par l?UE. Les Comores en seront aussi équipées, ce qui fera de l?océan Indien une zone risquée pour les pêcheurs pirates, surtout ceux venant d?Asie. A ce jour, la garde-côte nationale n?a arraisonné qu?un seul bateau de pêche, sri lankais, qui opérait illégalement dans la ZEE.

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