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Questions de profil
Devant les capitaines d?industrie réunis au Domaine Les Pailles, lundi, le Premier ministre a fait comprendre que l?absence de méritocratie dans le secteur privé est un sujet d?irritation pour lui. Paul Bérenger a sans doute pris la mesure de la distance à parcourir pour que notre pays tende vers une réelle égalisation des chances. Le tournant du 30 septembre a ouvert de nouveaux horizons aux Mauriciens engagés dans la politique mais il reste à promouvoir l?égalité des chances dans une perspective plus vaste.
Les préférences raciales, ethniques et sexuelles demeurent une réalité dans les entreprises. Le plus souvent, ni le recrutement, ni l?accès aux postes de responsabilité ne se font sur la base du mérite. Les pratiques de discrimination existent à des degrés divers, certes, mais globalement on peut dire que la culture égalitaire n?a pas encore imprégné les chefs d?entreprise.
Si la transition politique ne s?accompagne pas d?une évolution dans le monde du travail, beaucoup de citoyens finiront par réaliser qu?ils ont fondé des espoirs excessifs sur le changement. Pour égaliser les chances au sens plein du terme, il faudrait que les pratiques arbitraires sur nos lieux de travail cessent.
Un récent rapport a établi que la fonction publique a montré le chemin en ouvrant la voie à une féminisation des échelons supérieurs. Bien entendu, il n?y a pas encore une égalité de fait entre hommes et femmes au niveau des cadres, les administrations publiques ont accompli une avancée considérable. En revanche, les pratiques du passé perdurent dans le privé.
Une des sources du problème réside dans la structure des compagnies privées les plus importantes du pays. Celles-ci sont essentiellement des entreprises familiales qui ont du mal à perdre le réflexe de repli sur soi. Leur politique de recrutement et de promotion viole allègrement les principes de la méritocratie. Les injustices persistent même quand cela porte atteinte à l?efficacité ou à la survie de l?entreprise.
Il faut toutefois tordre le cou à une idée reçue selon laquelle seul le ?grand capital historique? s?appuie sur des critères de convenance sociale pour recruter à des postes de responsabilité. Dans tous les groupes sociaux, il y a des entrepreneurs qui ont eu recours à ces pratiques de ségrégation dans l?emploi.
De même, plusieurs entreprises d?Etat accusent en la matière un retard par rapport à la situation dans la fonction publique. Les recrutements et nominations aux différents niveaux hiérarchiques dans les organismes parapublics ne se font pas suivant des critères forcément plus justes que ceux utilisés dans le secteur privé. Pourtant, certaines de ces entreprises d?Etat occupent une place importante dans la vie économique du pays. Sur les cinq compagnies qui sont classifiées comme les plus rentables, trois appartiennent majoritairement ou entièrement à l?Etat. Il s?agit de Mauritius Telecom, Air Mauritius et State Investment Corporation.
Si l?Etat souhaite donner une impulsion nationale à l?égalité des chances, il doit exiger un engagement fort des institutions tombant sous sa tutelle et renforcer l?application des statuts condamnant la discrimination. Mieux encore, il faut une loi spécifique pour garantir des ?equal opportunities? à chaque citoyen. Celui qui se mettra à parler de profil ethnique sera le premier sanctionné.
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