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?Tous les travailleurs doivent acquérir des compétences informatiques?
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?Tous les travailleurs doivent acquérir des compétences informatiques?
Quels sont les facteurs-clés qui agissent sur la stratégie de l?emploi dans le secteur des technologies de l?information et des communications (Tic) ?
La diffusion des Tic entraîne une énorme transformation dans le monde du travail. Les normes et les lois du travail sont appelées à évoluer en conséquence. Le marché de l?emploi dans le secteur des services est différent de celui qu?a connu l?économie mauricienne ces vingt-cinq dernières années. Nous avions entrepris une étude auprès de 15 pays pour voir comment les services pourraient devenir un pôle de croissance. Trois questions fondamentales ont émergé : Le pays dispose-t-il d?une stratégie nationale sur le plan des Tic ? Y a-t-il les infrastructures éducatives nécessaires à une bonne diffusion et utilisation de l?outil informatique ? Y a-t-il une politique de télécommunications appropriée ?
Sur le plan de l?infrastructure éducative, je dois dire que Maurice dispose d?importants atouts, car un pourcentage très élevé de sa population a droit à une éducation secondaire. C?est un des facteurs qui stimulent l?utilisation des Tic.
Nous avons noté dans l?étude en question qu?il existe une forte corrélation entre le coût des télécommunications et le produit intérieur brut par tête d?habitant. Plus le pays est pauvre, plus les coûts de la télécommunication sont élevés.
Les Tic, est-ce uniquement la fabrication du matériel informatique et le développement des logiciels et autres systèmes ?
Les Tic ont un champ beaucoup plus élargi que cela. Je ne crois pas que la production de matériel informatique (hardware) intéresse Maurice. Ce n?est pas une industrie qui est compétitive pour vous. Le développement des logiciels (software), par contre, représente un créneau auquel vous devez vous intéresser. Mais le plus important, c?est d?avoir des gens qui savent se servir des logiciels.
Il n?est nullement nécessaire d?avoir une industrie de programmation. Mais il vous faut impérativement avoir des gens qui sont capables d?utiliser les applications des logiciels.
L?éducation, comme je l?ai déjà souligné auparavant, est une condition essentielle à la réalisation de cet objectif. Il faut une main-d??uvre qualifiée pour pouvoir utiliser ces technologies. Il faut pouvoir générer les compétences qui puissent faire usage des Tic non seulement dans les industries de technologie mais aussi dans les autres secteurs. L?utilisation de la technologie de l?information dans les services est très importante. Ce sont ces créneaux qui vont générer un plus grand nombre d?emplois.
Les Tic représentent aussi un des principaux facteurs qui exacerbent le chômage structurel?
Il existe deux importants clivages à cet effet. Il y a d?abord le facteur d?âge. Qu?allez-vous faire d?une main-d??uvre âgée ? Deuxièmement, il y a une question de genre. Les femmes sont moins portées sur la technologie informatique que les hommes. Il y a un besoin de s?attaquer à ces problèmes à travers une politique d?éducation qui permet de vulgariser l?IT tant auprès des filles qu?auprès des garçons dès leur jeune âge.
Il est également très important de donner l?occasion à tous les travailleurs de faire partie de la société de l?information. Il faut dans cette optique une politique d?éducation appropriée pour adultes afin de les re-équiper en termes de compétences. La crainte et le manque de confiance en soi sont les principales barrières à l?assimilation des connaissances informatiques parmi les travailleurs un peu âgés. Une fois qu?ils arrivent à maîtriser ces limites, ils peuvent faire d?énormes progrès.
Nous avions tenté une expérience il y a quelque temps auprès des femmes illettrées qui travaillent à leur propre compte dans l?Etat de Gujerat en Inde. Elles furent soumises à un programme de formation en informatique, et le taux de réussite fut élevé. Cela prouve que les craintes et le manque de confiance peuvent être vaincus.
Peut-on mettre en opposition la nouvelle économie à l?ancienne économie ?
Il n?y a pas de compétition entre les deux. La ?nouvelle économie? est en train de se retrouver au sein de la ?vieille économie?. Par exemple, les Tic peut être très utiles dans l?industrie de la pêche car il s?agit essentiellement de produits périssables. La technologie vous permet d?accéder à des informations sur le marché et de prendre des décisions par rapport aux opérations.
Les Tic sont importants non seulement pour la création de nouveaux emplois dans les nouvelles industries, mais elles ont aussi un impact très positif sur le niveau de l?efficience au sein des industries plus anciennes. Il y a un processus de désintermédiation qui amène une baisse des coûts transactionnels, d?où une amélioration de l?efficience.
Il y a eu beaucoup de débat autour de l?impact réel de la technologie informatique sur l?augmentation de la productivité dans certaines économies dont les Etats-Unis. Est-ce un mythe ?
Non. Il s?agit là d?un phénomène qui va devenir permanent. Le taux de croissance de la productivité attribuable aux technologies informatiques ira en augmentant durant les prochaines années. Certes, il y a eu un surinvestissement dans la technologie informatique durant la deuxième moitié des années 90. Depuis quelques années, nous faisons face à une récession technologique. Mais la partie essentielle des innovations est toujours là et servira à alimenter la croissance économique dans les années à venir.
Du point de vue des Etats-Unis, les gains en productivité occasionnés par l?informatique sont énormes. En Europe, les retombées des technologies informatiques sur la croissance sont désormais plus visibles. Certaines rigidités du marché en Europe ont quelque peu entravé la diffusion des bénéfices des Tic sur l?ensemble de l?économie. Il y a eu en Europe des contraintes qui empêchent une re-allocation des ressources en direction d?activités plus profitables. Avec l?élimination graduelle de ces barrières, c?est du côté de l?Europe qu?il faudra chercher des hausses importantes en productivité.
Les activités des Tic vont se dérouler dans un contexte d?intense activisme entrepreneurial. Cela n?est-il pas défavorable aux intérêts des employés des industries de technologie ?
C?est vrai que les Tic ont un taux beaucoup plus élevé de création et de perte d?emplois que dans les autres secteurs. Le marché du travail doit se préparer à cette nouvelle situation. Il n?y aura pas de pertes d?emploi importantes, mais la nature même du travail va changer. La main-d??uvre est appelée à devenir multifonctionnelle.
L?emploi, à l?avenir, sera axé davantage sur les compétences et sur les niches. Il faut promouvoir un environnement qui favorise l?innovation.
Je ne prévois pas de stabilité car la technologie change tout le temps. De nouvelles niches que l?on n?a jamais imaginées peuvent voir le jour d?ici trois mois.
Qu?en est-il des cadres informatiques syndiqués ?
Il y eu un certain intérêt pour l?affiliation à des syndicats dans le sillage de la récession technologique aux Etats-Unis. Des cadres ont vu leurs intérêts grandement remis en question. Il y a eu un certain dynamisme au sein de la Communication Workers of America. Il y a certes des difficultés d?adopter les même formes de syndicalisation que dans les autres secteurs en raison de la nature même des activités technologiques. Mais je prévois qu?à l?avenir les employés des Tic pourront être syndiqués au même titre que leurs homologues des autres secteurs.
Les Etats-Unis et l?Europe continuent de perdre des emplois ?IT-skilled? au profit de pays tels que la Chine et l?Inde. Dans quelle mesure cela représente-t-il un problème dans les pays industrialisés ?
Je ne pense pas que ce soit un problème grave, même s?il est vrai que les Etats-Unis n?ont pas encore utilisé tout le quota d?ingénieurs dont ils disposent. Le recours à la main-d??uvre qualifiée de l?Inde, de la Chine, de Taïwan et des Philippines démontre que ces pays ont atteint un niveau de compétence. C?est un phénomène positif, d?autant plus que les pertes d?emplois dans les pays avancés ne sont pas immenses. Cela a permis aux pays tels l?Inde, la Chine et Taïwan de devenir des acteurs internationaux dans le secteur de l?informatique.
L?outil informatique permet une externalisation de certaines opérations en direction des pays en voie de développement. N?est-ce pas là une autre façon de transférer des emplois vers les pays en développement ?
L?externalisation est une bonne chose si elle contribue à améliorer la productivité dans l?entreprise qui sous-traite les activités et à créer des emplois chez le prestataire du Business Process Outsourcing. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, les pays en développement peuvent se concurrencer pour quelque 12 millions d?emplois (des 400 millions d?emplois) qui vont être délocalisés à partir des pays de l?Organisation pour la coopération et le développement économiques.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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