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Jacques Chirac se fait l?avocat de l?Afrique la plus pauvre

26 octobre 2003, 20:00

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Jacques Chirac a achevé samedi une tournée de quatre jours au Sahel où il s?est présenté comme l?avocat d?une Afrique déshéritée mais accueillante, démocratique et dotée d?atouts capables de la faire décoller économiquement.

?Nous sommes pauvres, nous en commes conscients, nous voulons nous en sortir?, a déclaré à Reuters le ministre de l?Economie nigérien Ali Badjo Gamatié. ?Nous avons les moyens les plus faibles de la Terre, et nous avons accueilli le président d?un pays membre du G7?, s?est-il félicité au terme de la visite de 48 heures de Jacques Chirac dans son pays. De Niamey à Bamako en passant par Tahoua et Tombouctou, des centaines de milliers de gens ? la marée humaine fut particulièrement considérable dans la capitale malienne ? sont venues accueillir le président français, donnant lieu à des scènes de ferveur populaire, dans une région fière de la beauté de ses paysages où se croisent les visages et les couleurs de toutes les tribus du désert.

Pour le premier voyage en Afrique noire de son quinquennat, Jacques Chirac a marqué son intérêt pour les pays les moins avancés, abordant avec ses homologues nigérien Tandja Mamadou et malien Amadou Toumani Touré les moyens de surmonter les difficultés qui plongent dans la misère une grande partie de leur population.

Parmi les préoccupations communes aux deux pays sahéliens figure celle de l?approvisionnement en eau. L?aménagement du fleuve Niger, menacé par l?ensablement et la pollution, est apparue comme un préalable indispensable à tout projet de développement agricole.

Jacques Chirac annoncé au Niger le déblocage d?une aide française de dix millions d?euros destinée à aménager ce grand fleuve, pour lequel il a prôné la construction de petits barrages, comme cela s?est fait au Maroc. A Tahoua, il a inaugué un forage permettant d?aller puiser de l?eau à 700 mètres de profondeur. Le président français a par ailleurs dénoncé les lourdeurs du système d?attribution de l?aide au développement, en particulier au sein de l?Union européenne, réclamant une réforme d?urgence du système.

<B>Action pour le coton

Au Mali, la question du commerce du coton, deuxième produit d?exportation après l?or, a dominé les débats. Le président français a annoncé un plan d?action. Il prône notamment la mise en place d?un programme régional d?amélioration de la compétitivité des filières cotonnières et la définition par l?Union européenne d?une approche ne créant pas de ?distorsion de prix? préjudiciable aux producteurs.

Le coton fait vivre trois millions de personnes au Mali, soit le quart de la population. Jacques Chirac a confirmé la suspension de la dette bilatérale sur quatre ans.

Pour ce faire, Paris versera à Bamako une subvention ?d?ajustement structurel? équivalente à l?annuité de la dette, soit 11,6 millions d?euros pour la période 2004-2007.

Abordant à Bamako la délicate question de l?immigration, Jacques Chirac et Amadou Toumani Touré ont confirmé leur intention de lutter contre l?immigration clandestine.

Dénonçant les ?réseaux mafieux qui spéculent sur la pauvreté?, Jacques Chirac a défendu une approche consensuelle visant à régler ?petit à petit? ce problème. Environ 40 000 Maliens vivent en France de façon régulière, et deux à trois fois plus y séjourneraient dans l?illégalité. Le président Touré a rappelé pour sa part que les fonds envoyés par les Maliens de l?étranger, estimés à 60 millions d?euros par an, rapportent ?presque autant que l?or?. ?Nous continuerons de demander des visas, mais il faut que ça se passe selon les normes?, a-t-il ajouté, évoquant les projets en cours visant à renforcer, en accord avec les autorités françaises, l?équipement et la formation de la police des frontières et à améliorer les procédures d?état civil.

La visite de Jacques Chirac visait aussi à préserver le processus de démocratisation en cours dans les deux pays, en particulier au Niger, secoué par deux coups d?Etat en 1996 et 1999. Les conflits régionaux, et particulier celui en Côte d?Ivoire, ont été abordés avec inquiétude. Deux jours après l?assassinat à Abidjan du journaliste français Jean Hélène, Jacques Chirac a eu des mots sévères pour les dirigeants ivoiriens, dont il a dénoncé le comportement ?irresponsable?.

Le président français a achevé un voyage haut en couleur et écrasé de chaleur par une visite en pays dogon, ethnie malienne connue pour ses danses des masques et ses villages à flanc de falaise où les habitants ont préservé les coutumes ancestrales.

Jacques Chirac a terminé son voyage avec l?obtention d?une nouvelle distinction symbolique, celle de ?Grand sage dogon?.

Elizabeth Pineau

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