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Pèlerins sans bâton

25 octobre 2003, 20:00

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Au lieu de disséquer le « profil » des candidats à la partielle de Piton-Rivière du Rempart ? honteuse besogne ? le ministre des Finances aurait mieux fait de s?inquiéter du profil de l?économie. Pravind Jugnauth a déjà livré son diagnostic et précisé ses ambitions. On attend maintenant son action. Il n?est guère besoin d?une longue pratique aux Finances pour identifier la priorité de l?heure. Le ministre doit savoir qu?un facteur principal déterminera le succès ou l?échec de son mandat : la relance de l?investissement privé.

Seule une vigoureuse relance de l?investissement privé productif, local et étranger, est susceptible de renforcer la croissance et de créer des emplois. Comment séduire à nouveau les investisseurs étrangers disparus et inciter des nationaux frileux, c?est là le défi pressant que le régime doit relever. On ne voit pas encore l?amorce de la stratégie capable de renverser la tendance qui s?est dessinée depuis quelques années déjà et qui est la cause première de la remontée du chômage. Le pays doit rendre lisibles ses objectifs sur ce plan, en commençant par recenser ses forces et corriger ses faiblesses.

La nature des forces économiques du pays fait l?objet d?une polémique politique qui ne sert en aucune façon l?intérêt national. Il doit être possible de porter un jugement clinique sur les performances de l?économie au risque de s?affronter sur des choix et des stratégies. Les exagérations grossières d?un camp comme de l?autre brouillent les enjeux et ternissent l?image du pays. La situation économique ne justifie pas le satisfecit dithyrambique que Paul Bérenger s?est octroyé en passant la main à son successeur, mais elle n?est pas non plus la catastrophe que dénonce l?opposition.

À bien des égards, la performance globale de l?économie mauricienne reste honorable. Même le taux de croissance révisé à la baisse à 4,4 % est, dans la conjoncture, un résultat plutôt satisfaisant. Rendant compte de la performance de l?économie mauricienne, le Fonds monétaire international qualifie même de « robust pace of 4 per cent » la croissance de 2001-2002. Compte tenu de la dégradation de l?environnement économique mondial et des conditions locales, une croissance de plus de 4 % cette année n?est pas l?illustration de l?incompétence gestionnaire de Bérenger comme veut le faire croire l?opposition.

En revanche, le gouvernement ne peut masquer le fait que certains de ses choix ont entraîné des conséquences lourdes à gérer. Il peut arguer de la nécessité des investissements faits dans l?éducation et l?infrastructure des nouvelles technologies de l?information ; il ne peut nier qu?il en résulte un pays passablement endetté. L?opposition estime que le pays est surendetté, le FMI, lui, qualifie le niveau de la dette publique domestique mauricienne de « moderately high », même s?il appelle le gouvernement à une meilleure maîtrise de cet endettement. La vraie faiblesse, c?est le déficit fiscal. S?il n?est pas maîtrisé, les risques sont grands d?une instabilité macroéconomique à moyen terme.

Sur ce plan, les travaillistes ont d?ailleurs une revanche à prendre. Ils ont été très vertement critiqués ? et à juste raison ? par le gouvernement actuel pour avoir laissé grossir les pertes des entreprises publiques telles que le Central Electricity Board et la State Trading Corporation. Le gouvernement de Navin Ramgoolam avait refusé d?ajuster les prix locaux de vente de l?électricité et des produits pétroliers aux réalités des prix mondiaux d?achat des matières premières. Après une première vertueuse remise en ordre, on peut reprocher au gouvernement du jour les mêmes travers. Cela finira par alourdir davantage le déficit fiscal.

Ces conditions économiques restent malgré tout bonnes et peuvent satisfaire les exigences d?investisseurs qui recherchent la stabilité politique et macroéconomique. C?est ce qu?ils ont trouvé à Maurice et qu?ils trouveront encore. Nous avons perdu, en revanche, ce qui a été longtemps le principal attrait pour les entreprises à forte intensité de main-d??uvre : des ouvriers pas chers et plutôt productifs. Aujourd?hui, le coût de la main-d??uvre détruit l?emploi. Non pas que les ouvriers mauriciens soient trop grassement payés, mais les augmentations de salaires accordées chaque année excèdent la croissance de la productivité, cassant ainsi la compétitivité. Le chômage est une conséquence directe de cette politique salariale. Au moins sur ce point, il n?y a pas de controverse politique. Manou Bheenick, l?ancien grand argentier du gouvernement travailliste, reconnaît dans une interview au « Mauritius Times », la nécessité de « chercher une meilleure adéquation entre les compensations salariales et la productivité ».

Les recettes du succès des campagnes de promotion de l?investissement d?hier, quand on vendait une main-d??uvre abondante et pas chère, ne sont donc plus toutes pertinentes. Il est maintenant nécessaire que le gouvernement revoit d?abord la panoplie des incitations offertes aux investisseurs. Il faut pouvoir déterminer les avantages comparés que nous offrons et dans quel secteur, définir lequel est capable d?offrir à la main-d??uvre non spécialisée ? la plus nombreuse ? les emplois que le textile-habillement a offerts jusqu?ici. Ces réflexions stratégiques menées, il y a ensuite une large campagne à déclencher à l?étranger pour repositionner Maurice comme un site d?investissement et de « relocalisation » d?entreprises. Le succès des années 80-90 ne s?est pas construit au hasard. Il a été le fruit d?une stratégie de marketing intensif, d?une présence positive permanente dans les médias grand public ou spécialisés, de missions de prospection souvent menées par des ministres et organisées avec l?expertise de consultants de haut vol. Il ne sert à rien de se répéter à Port-Louis qu?il importe de trouver des investisseurs. Les investisseurs, il faut aller les chercher, savoir ce qu?on leur propose et s?assurer que nos propositions soient plus attrayantes que celles de nos concurrents. Il faut ensuite être certain qu?un bureaucrate nonchalant ne les fera pas fuir.

Et comme notre propre secteur privé ne semble plus avoir beaucoup d?idées, peut-être Bérenger pourrait-il le faire voyager un peu ? Ces présidents et ces Premiers ministres qui ne se déplacent pas à l?étranger sans leur horde d?entrepreneurs, ne sont pas des imbéciles. Le Premier ministre s?en va en Inde. Sait-on à Maurice ce qu?est vraiment l?Inde industrielle d?aujourd?hui ? Dix-huit compagnies indiennes dans plusieurs secteurs d?activité viennent d?être citées par le magazine américain

« Forbes » dans sa liste des 200 entreprises non américaines qui font des ventes supérieures à un milliard de dollars ! Bérenger s?en va en France, un des pays européens qui investit le plus à l?étranger, et dont les entrepreneurs textiles délocalisent à tour de bras. Le Premier ministre pourrait profiter de ces déplacements pour donner le coup d?envoi d?une vaste campagne de promotion de Maurice à l?étranger.

C?est au moins aussi valable qu?un pèlerinage dans « les pays du peuplement? »

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