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Du calcaire au radium?
?Cette bouilloire est incrustée de calcaire?, se plaint Mrs Smith. L?eau dans son pays est chargée de cette substance, et tant va la bouilloire à l?eau qu?à la fin elle se casse? à cause d?un dépôt recouvrant l?élément chauffant. Il faut donc là-bas adoucir le liquide. Ce qui veut dire changer son caractère en lui enlevant l?indésirable calcaire.
Cette molécule joue au bon comme au méchant. A l?étranger elle construit des cavernes aux colonnes splendides qui font les délices de spéléologues. Chez nous le sol volcanique, l?ignore mais la mer en est riche. Elle abonde dans le liquide lui-même comme dans les coquilles de mollusques ou les récifs. Ces barrages contribuent, en se brisant, au sable de la plage.
D?autre part le calcaire de certaines huîtres suscite l?admiration quand il s?étale en nacre. Et l?enthousiasme se mue en passion si la nacre s?arrondit en perles. Dans le passé, les habitants d?îles tropicales où naissent les perles étaient victimes d?exploiteurs comme le souligne une vieille chanson :
?J?ai donné toutes mes perles
Contre un joli chapeau
A gentil monsieur blanc
Qui venait par bateau?.
Le charme des perles a perdu un peu de leur prestige car jadis elles étaient des larmes de princesses tombées dans des coeurs d?huîtres. Aujourd?hui les princesses sont un peu olé olé et les roturiers se lancent dans la culture de perles.
Le calcaire des coraux a plus de prix en chirurgie car il répare des os. Sa greffe est assez bien acceptée. La nacre toutefois est à l?essai et promet beaucoup plus.
Le corail trouve aussi emploi moins high tech. Pour des constructions, par exemple comme à Rodrigues, ou pour alimenter des fours à chaux. Le chaufournier appelle le résultat corail cuit. Le chimiste le dit chaux vive. Les deux sont d?accord qu?il ne faut pas y mettre le doigt car il serait brûlé.
Pour éteindre le feu de la chaux, on lui ajoute de l?eau. Le résultat contribue à mortiers et peintures depuis la haute antiquité. Au collège l?eau de chaux permet à l?élève de reconnaître le gaz carbonique qui trouble ce liquide sans émoi.
Ce calcaire dont on pourrait encore chanter les louanges est sel d?un métal, le calcium. Son nom est issu du latin pour chaux. Il est familier puisque à la télé l?acteur des réclames dentaires en a plein la bouche. Il ne précise toutefois pas que le sel de calcium faisant la dent est un phosphate.
Un gramme de radium en cadeau
Le métal lui-même rougit une flamme et ses ions jouent avec un rouge, celui du sang qu?il aide à coaguler. Il ne néglige pas non plus un autre rouge, le muscle, dont il contrôle la contraction.
Une flamme encore plus rouge vient du métal suivant, le strontium. Le nom vient de Strontian en Ecosse. Si son rouge est attirant dans des feux d?artifice, il est aussi associé au danger car une forme du métal, dite strontium 90, est radioactive. Elle fait partie des retombées dangereuses lors d?explosions nucléaires.
Les ours se suivent dit un farceur, mais ne se ressemblent pas. De même les flammes. Celle colorée par le métal qui suit le strontium est verte, couleur d?espoir. Le nom de ce métal rappelle le baryton, chanteur à la voix plus grave que celle du ténor. Bary veut dire grave ou lourd et le métal est le baryum. L?espoir exprimé par sa flamme est qu?un examen aux rayons X ne révèle rien de grave. Les sels du métal sont opaques à ces rayons scrutateurs et on les ingurgite avant un examen du tube digestif.
Ces rayons nous guident vers le dernier métal de la liste : le radium. Car le mot est issu de rayon. L?emploi de ses dérivés était connu depuis le début du XXe et ils coloraient aiguilles et chiffres de pendules pour les rendre visibles dans l?obscurité. Des ouvrières occupées à ce travail humectaient même les pinceaux de leurs lèvres ! Ses dangers étaient alors inconnus. Ils provenaient de la radioactivité, mot créé par Marie Curie.
Cette grande dame accomplit un labeur prodigieux pour couronner son oeuvre scientifique. L?élément qu?elle recherchait, le radium, est présent dans un minerai au taux d?un gramme par sept tonnes ! Madame Curie, la première femme en Europe à recevoir un doctorat en sciences et la première personne à obtenir deux prix Nobel, repose au Panthéon. En plus, sa fille obtint elle aussi un prix Nobel. En hommage à son oeuvre le curie est une mesure du degré de radioactivité.
Les sites Internet américains insistent sur son origine polonaise et la disent Maria Sklodovska-Curie. L?Oncle Sam lui a rendu un autre hommage dans le passé. En 1921 le président Warren G. Harding lui remit un gramme entier du précieux métal, coûtant à cette époque environ 150 mille dollars. C?était un exemple de solidarité féminine car les fonds avaient été récoltés par une association d?Américaines.
Claude Michel
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