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Prison devenue folle
L?opacité dans laquelle fonctionne le monde carcéral mauricien a toujours suscité de nombreuses interrogations. On ne connaît ni les difficultés auxquelles sont confrontés les policiers qui y travaillent ni les brutalités dont sont victimes des prisonniers. Dans de nombreux pays, on peut à la télévision se rendre compte, à travers des reportages, des réalités de l?univers pénitentiaire. Cela témoigne d?une transparence qui est quelque part rassurante.
Dans ce débat sur la brutalité policière, le manichéisme ne sert à rien. Il n?y a pas les bons d?un côté et les méchants de l?autre. Tout est une question de transparence. Cette culture n?existe pas encore à Maurice. Par contre, la culture du secret triomphe avec ostentation. Elle s?est solidement implantée avec le temps. Malgré les innombrables dénonciations, la violence dans les prisons est banalisée. On pousse des cris d?orfraie à chaque cas révélé pour ensuite reprendre sa petite routine. Or, il y a un travail continu à réaliser.
D?abord à l?intention des policiers. Leur entraînement et la formation dont ils sont bénéficiaires sont calqués sur le principe de l?agressivité. Dès qu?il enfile son uniforme de policier, l?individu est complètement transformé. Combien de fois ne faisons-nous pas l?expérience de cette agressivité quand, au volant des voitures, on doit subir des engueulements des policiers ? La psychologie est loin de faire partie de leurs méthodes de travail. On peut, par conséquent, s?imaginer ce qui peut se passer entre les quatre murs d?une cellule. D?ailleurs, les témoignages recueillis sur des cas allégués de répression policière sont effrayants. Il y a toute une conception du détenu à changer également. Celui-ci est perçu comme un «homme pourri», la lie de la société.
Tout le système étant vicié, il ne faut pas s?étonner que ce soit la police qui enquête sur elle-même dans les cas allégués de brutalité policière. Une police des polices est une nécessité non seulement pour enquêter sur la violence policière mais aussi pour prévenir d?autres types de délit que sont susceptibles de commettre certains policiers.
Il ne s?agit pas de diaboliser le policier. On ne peut, en toute logique, prendre le risque de rendre le citoyen systématiquement méfiant et hostile à son égard. Mais il importe désormais de responsabiliser toutes les parties concernées. Il ne faut pas non plus faire preuve d?angélisme à l?égard d?une certaine catégorie de détenus dont la propension à la violence est manifeste.
Critiqués quand ils font peu, critiqués quand ils créent l?impression d?en avoir trop fait, les policiers sont une catégorie de professionnels qui pratiquent un métier particulier. C?est en tenant compte de ces réalités également qu?il faut traiter de la question de brutalité policière. Car le sentiment d?être incompris et le fait d?être continuellement critiqué poussent le policier au repli sur soi. Et quand il n?y a pas de dialogue, il ne peut y avoir de solution durable. C?est toute cette démystification du policier «tyran» qu?il s?agira d?entreprendre. Mais, pour cela, il faut aussi que la police démontre sa bonne volonté.
Cependant, dans tous les cas de figure, la brutalité policière est condamnable. C?est un abus des droits humains et une violation des droits constitutionnels du citoyen. Depuis quelque temps toutefois, au niveau de l?Etat et de certaines organisations protestataires, il y a des efforts pour intégrer la problématique carcérale dans des programmes sociaux et de créer des liens de solidarité autour des victimes. L?introduction du travail communautaire et le fait que la police elle-même tente de communiquer sur ses modes de fonctionnement vont dans un sens positif. Mais c?est largement insuffisant. Le mal étant profond, le remède doit également être radical. Aussi longtemps que règneront l?impunité et l?opacité, il n?y aura pas espoir d?un changement fondamental dans le comportement des policiers et des détenus violents.
L?heure des grandes déclarations d?intention est dépassée. La brutalité n?est pas un problème mineur. Il révèle la nature du rapport entre ceux qui sont des agents de la paix et ceux que la société n?a pu efficacement intégrer dans son système. Eliminer la brutalité policière n?est pas un défi ou un projet, c?est une urgence.
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