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« L?élection partielle dépasse les frontières du n° 7 »

18 octobre 2003, 20:00

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> Qu?est-ce qui motive un jeune professionnel comme vous à faire de la politique ?

Dans ma famille, il y a une longue et forte tradition de servir sur le plan social, politique et surtout dans le domaine éducatif. Cette vocation m?a été donnée par mon entourage et l?environnement dans lequel j?ai grandi. Ainsi, quand le leader du Parti travailliste m?a offert l?investiture pour l?élection partielle, la décision n?a pas été difficile. Pour moi, c?est une opportunité de servir.

> Ceux qui connaissent l?engagement de votre père au sein de l?Independent Forward Block (IFB) et ses relations avec Sir Anerood Jugnauth, ont été surpris de vous voir sur la plateforme travailliste?

C?est vrai, c?est effectivement une surprise. Mais vous savez, même si mon père était membre de l?IFB, il a souvent pour les grandes causes combattu aux côtés des travaillistes. Cela a été le cas quand il a milité pour l?indépendance aux côtés de Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il l?avait fait parce qu?il avait la conviction qu?avec l?indépendance, le pays progresserait sur le plan politique et social.

> Il s?agit là d?une partielle. Qu?est-ce qui vous a poussé à vous porter candidat ?

Cela s?est passé très rapidement. Il y a quelques semaines, mon père, qui entretient de bonnes relations avec Paul Bérenger, l?avait invité à participer à une cérémonie de remise de diplômes au collège Basdeo Bissoondoyal. Mais ce dernier a décliné l?invitation. Nous nous sommes donc tournés vers le leader de l?opposition, le Dr Navin Ramgoolam, qui représente l?alternance, pour honorer cette fonction. Puis il y a eu des commentaires. C?est là que tout a commencé, en ce qui concerne ma candidature.

> C?est un incident pareil qui vous a poussé à vous porter candidat ?

Cette remise de diplômes ne concerne pas seulement mon père. Elle intéresse plus de deux mille étudiants. D?ailleurs, c?était un événement, car c?est la première fois qu?un collège ? qui est la seule institution secondaire à détenir le certificat ISO 9002 ? a pu mener à bien une collaboration avec l?université de Manchester. Toutefois, je dois vous dire que je voulais faire de la politique pour servir le pays. Mais ce n?était pas prévu que je me jette dans l?arène maintenant. S?il n?y avait pas eu cet incident, peut-être qu?aujourd?hui, j?aurais été avec mes étudiants à l?université de Maurice ou avec les plantes endémiques que je prends plaisir à cultiver dans mon jardin.

> Que pensez-vous de la transition politique qui vient de s?effectuer ?

Vous savez, mon souci majeur c?est l?état de notre pays. Diriger Maurice n?est pas qu?une affaire de fonctions occupées par des dirigeants politiques. On sollicite un mandat et quand on l?obtient, il faut être prêt à servir.

> Soyons précis. Que pensez-vous de la passation de pouvoirs qui permet à Sir Anerood Jugnauth d?assumer les fonctions de président de la République et à Paul Bérenger, celles de Premier ministre ?

Il y a eu beaucoup d?appréhension. Il reste à voir ce que cela donnera avec le temps. Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger sont des personnes comme les autres. N?importe qui peut avoir l?ambition d?accéder aux plus hautes fonctions. Moi, je n?en fais pas une question de personne. Je voudrais réitérer ce que je disais : on se fait élire pour servir.

> Que pensez-vous du rôle de la presse à Maurice ?

La presse est une institution vitale dans une démocratie. En 1997, j?avais organisé des conférences à la faculté de technologie et la première de la série traitait de l?importance et du rôle de la presse. Personnellement, je suis pour la liberté de la presse. Cependant, toute liberté implique la responsabilité. Parfois, il y a des dérapages. Mais cela dit, je n?ai aucune leçon à donner à la presse. Les journalistes savent mieux que moi comment exercer leur métier.

> Vous êtes conférencier à l?université de Maurice. Quel regard portez-vous sur le secteur éducatif ?

Si l?on voit les choses d?un point de vue quantitatif, il y a eu progrès. On a construit de nouvelles écoles. Mais il faut aussi analyser la question d?un point de vue qualitatif, car de jolis bâtiments seuls ne font pas de bonnes écoles. La qualité de l?éducation est importante. On ne peut pas continuer à accepter que 40 % de nos 30 000 écoliers connaissent l?échec chaque année.

> Mais la réforme de l?éducation a l?ambition de mettre fin à cette situation?

Quelle réforme ? Vous pensez qu?on peut continuer à demander à des instituteurs d?enseigner huit matières ? Vous pensez que la formation que reçoivent les enseignants est adéquate ? Et puis, la réforme ne met pas fin à la mauvaise gouvernance dans les écoles. Il faut trouver un total package qui permette de mieux gérer les écoles.

> Vous faites des recherches afin de permettre l?utilisation de la bagasse dans le textile. Que pensez-vous de l?état de la recherche à Maurice ?

Le Mauritius Research Council et le Mauritius Sugar Industry Research Institute qui sont spécialisés dans la recherche appliquée font du bon travail, mais Maurice n?est pas un centre d?excellence en la matière. Il est important que l?on accorde une plus grande attention à la recherche. Le pays en a besoin pour maintenir sa compétitivité.

> Comment s?y prendre ?

Il faut créer une synergie entre l?État et le secteur privé, car c?est ce dernier qui peut diffuser et utiliser les résultats de la recherche pour créer des emplois.

> Vous êtes conférencier en technologie textile. Comment voyez-vous ce secteur ?

Deux cent mille Mauriciens dépendent directement et indirectement du secteur textile pour vivre. Il y a de grands défis à l?horizon avec le démantèlement des accords préférentiels et l?émergence du géant industriel qu?est la Chine. Il faut savoir que ce secteur n?a jamais été facile. La stratégie définie aujourd?hui peut ne plus être valable le lendemain à cause des circonstances qui changent.

> Vous êtes pessimiste pour le textile ?

Non. Nous avons une bonne industrie textile. Elle ne va pas disparaître. Les success stories des entreprises de François Woo et d?Ali Parkar montrent que si les entrepreneurs se remettent en question, modernisent leur outil de production, accordent de l?importance à la formation des ressources humaines et appliquent la technologie moderne, l?industrie continuera à exister. Il faut arriver à ce juste mélange entre technologie et innovation sans pour autant négliger le social. On doit encadrer les employés afin de s?assurer que leurs aspirations de base sont satisfaites.

> Quelles sont vos propositions pour la circonscription n° 7 ?

L?élection partielle dépasse les frontières du n° 7. Les électeurs de la circonscription seront appelés à se prononcer sur l?état de l?économie, sur la politique sociale et sur le Law and Order. Les choses vont tellement mal dans ces secteurs que le pays n?inspire plus confiance aux investisseurs. Le résultat est qu?on ne crée plus d?emplois et que le chômage progresse.

Propos recueillis par Jérôme Boulle


« Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger sont des personnes comme les autres. N?importe qui peut avoir l?ambition d?accéder aux plus hautes fonctions. Moi, je n?en fais pas une question de personne. »

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