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De la Glaise au diya l?offrande a la lumiere 1

17 octobre 2003, 20:00

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Avant que la lumière ne fut. Avant la magie d?une nuit où toute obscurité est bannie. Avant l?illumination traditionnelle contenue dans l?ovale des diyas; lampes-symboles rangées par des mains qui invoquent par ce geste, la bénédiction des dieux. C?est sous le soleil d?Arsenal que se façonnent les prémices du beau. Chez les Raghoobar, on vit depuis plus de quarante ans du commerce de poteries, dont les traditionnelles lampes de Divali.

A deux semaines de la fête, les commandes pleuvent. Manilall et Radha, ralentis par l?âge ont embauché trois paires de mains supplémentaires. « Mo finn commencé en 1955. Sa l?époque là, ti éna ène dimoun sorti Madras qui ti vinn reste cotte moi. Li finn montré moi sa métier-là. » C?est en façonnant la terre que Manilall a fait vivre sa femme et ses deux fils. D?accord, c?est salissant. Mais, dans la famille, on n?a pas peur de suer. «Quand mo ti fini fer l?ouvrage, mo ale déboute avec Manilall, » se souvient Radha. « Mo observé couma li fer la lampe. Quand li arrêté pou ale manzé ler la mo seyé. » Avec simplicité,

Radha peuple d?émotions c0es longues heures passées à maîtriser le tour. Nous laisse deviner, par force voyelles, comment ses doigts ont effleuré avec timidité d?abord puis avec assurance, la terre qui l?a vue naître.

Pendant ce temps, sous sa casquette qui a connu des jours meilleurs, Dayanand gratte avec ardeur le ventre de la terre. Couche par couche, elle lui livre une argile rouge, grasse et molle. Patiemment, Dayanand la délivre des cailloux, des racines, des vers. Tamisée par les mains de l?homme, la matière malléable éclabousse de son sang deux bassins, où elle attendra d?être pétrie par les pieds de Dayanand.

A deux pas de là, un hangar aux tôles rougeâtres, envahi par les herbes. A l?intérieur règne une odeur de vieux chiffons et de terre mouillée. En attendant le jaillissement de la lumière pendant la nuit sacrée, c?est dans une semi-pénombre que le travail se fait. Après quelques secondes d?adaptation, les pupilles rétrécies distinguent des étagères sommaires garnies de centaines de diya sagement rangées sur des planches. Elles sont prêtes à cuire.

L?auteur de cette ?uvre, lui, poursuit son ouvrage. Perché sur un assemblage de planches précaire, Ravin actionne de son orteil nu le tour. Le ronronnement régulier du moteur embarque la glaise gorgée d?eau dans un vertigineux voyage. Stoppé après quelques rotations, par le pouce exercé de Ravin. A la fin des tours de manège sur la machine, la terre malaxée se transforme, grâce à la dextérité du jeune homme en lampes si convoitées les jours de fête.

Presque sans efforts, le dos légèrement arqué sur son banc improvisé et inconfortable, Ravin fait de la matière molle un objet de consommation. Quand son pouce travaille, sa bouche ne parle pas. Ravin n?est pas un bavard. C?est Radha Raghoobar qui répond aux questions. « Dépi lontan li travaille ici. So frère aussi travaille ici même. Depi li fine quite l?école, li fine apran sa travail là. » Ravin acquiesce vaguement, imprime à peine un mouvement à sa petite moustache. Mais ses yeux noirs ont tout compris. Et quelque part, disent merci. Avant que ses doigts ne reprennent leur mouvement mécanique.

Après avoir contourné le hangar, nous allons à la rencontre d?un frêle vieillard penché sur sa besogne. Avec ce qui ressemble de loin à un pinceau, il « soude » les lampes fêlées avant qu?elles ne subissent l?épreuve du feu. Sooroojparsad et Sita, la jeune femme qui l?aide, n?ont pas l?air intimidés devant les monticules de lampes qui se désagrègent à intervalles réguliers. Avec patience et en silence, ils réparent les pièces façonnées par Ravin. Une fois saisies par la chaleur du foyer, une partie des lampes, bougeoirs et porte-sandale seront peints avec des couleurs festives. Ainsi rehaussées, les lampes qui au naturel valent 75 sous pièces, coûteront Rs 15 pièce. De quoi sucrer le Divali des Raghoobar, pour qui une fête de la lumière n?est pas complète si la diya ne vient pas faire pâlir l?éclat des ampoules électriques.


A deux pas de là, un hangar aux tôles rougeâtres, envahi par les herbes. A l?intérieur règne une odeur de vieux chiffons et de terre mouillée. En attendant le jaillissement de la lumière, c?est dans une semi-pénombre que le travail se fait.
Avec simplicité, Radha peuple d?émotions ces longues heures passées à maîtriser le tour. Nous laisse deviner, par force voyelles, comment ses doigts ont effleuré avec timidité d?abord puis avec assurance, la terre qui l?a vue naître.

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