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Soleil noir ou le désamour

17 octobre 2003, 20:00

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Des années après avoir dompté sa douleur, puisant l?inspiration de son journal intime et des émotions d?autrefois, la comédienne et réalisatrice Dominique Attali, reconstitue son passé pour en faire un long métrage, Soleil Noir. Ce drame psychologique a pour théâtre la Réunion, où se dérouleront d?ailleurs les deux tiers du tournage.

«A chaque fois que je racontais cette tranche de ma vie, les gens étaient profondément touchés. Et peu à peu, je me suis dit qu?il y avait peut-être là, matière à faire un film,» confie Dominique Attali.

Depuis un an, elle s?est attelée à l?écriture du scénario. Elle ajoute que «même si le temps permet de prendre du recul par rapport aux choses fortes vécues, l?écriture de certains passages me faisait souvent pleurer.»

Soleil Noir raconte une passion qui éclôt dans les années 70, à Marseille. C?est la rencontre fulgurante de deux jeunes étudiants : Anne, d?origine juive pied-noir et Olivier Réunionnais d?origine africaine. Ils sont fous l?un de l?autre. Mais la famille de la jeune fille refuse catégoriquement d?accepter cet amour à cause des origines d?Olivier.

Lorsque Anne se retrouve enceinte, sa famille la renie totalement. Même la naissance de l?enfant ne suffit pas à les rapprocher. Cassée par ce rejet, elle décide de suivre Olivier à la Réunion. L?amour de sa vie lui promet que son île sera pour eux, un petit paradis sur terre.

Elle le croit. Mais très vite, le choc des cultures, pourtant inexistant dans leurs rapports en France, va, ici, se manifester. La famille d?Olivier n?accepte pas une «zoreille» dans la famille.

Anne est rejetée une seconde fois. Olivier, influencé par ses aînés, devient vite agressif.

S?ensuit pour les amants, une descente aux enfers. Ils s?éloignent l?un de l?autre. Olivier prend même une maîtresse qu?il appelle «mon soleil noir» à cause de la couleur de sa peau et auprès de qui il retrouve la flamme de l?amour qui après maints vacillements, s?est éteinte. Anne, la mort dans l?âme, quitte la Réunion avec sa fille sous les bras.

un défi à l?intolérance

«Ce n?est pas un règlement de compte. Je me suis vidée. J?ai parfois exprimé des choses qui à l?époque sont restées bloquées. Ce film propose une étude des m?urs de l?époque. Dans certains pays, l?esprit communautaire et identitaire est très fort. Dès que l?on sort des codes qu?il impose, on est jugé, pointé du doigt, rejeté, explique Dominique Attali. Anne a voulu avancer malgré toutes ces barrières, mais elle s?est cassé le nez. Mais un enfant est né, fruit du métissage, comme un défi à l?intolérance. Je pense que c?est ce message qu?il faut retenir.»

Le long métrage fera revivre tout ce mouvement culturel qui émerge à la Réunion dans les années 70. En toile de fond musical, on retrouvera le maloya de Danyel Waro et de Ziskakan pour les scènes tournées à la Réunion et les tubes de Pink Floyd, Bob Marley et Cat Stevens pour la partie marseillaise.

Dominique Attali vient de passer quelques jours dans l?île en compagnie de Michel Minaud et Monique Ninio de la société Anaa Productions. Il s?agissait d?une part de repérer des lieux susceptibles de projeter cette Réunion des années 70 et d?autre part, de trouver celui qui donnera la réplique à Salomé Lelouch, pressentie pour le rôle d?Anne. La réalisatrice ne rentre pas bredouille puisqu?elle a trouvé la perle rare. Le rôle d?Olivier sera incarné par un jeune Réunionnais inscrit à une école de théâtre parisienne.

Le tournage de Soleil Noir devrait démarrer d?ici une année, une fois un diffuseur, un distributeur et les fonds nécessaires trouvés. «Ce film, je veux vraiment le faire, laisse entendre Dominique Attali. C?est une oeuvre d?art, l?oeuvre de ma vie.»

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