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En quête d?investissement privé
Voilà les vrais débats revenus au c?ur des préoccupations. La rencontre de lundi entre le secteur privé et le nouveau ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a permis un dur retour aux réalités après l?euphorie de la transition à la tête du pays.
La chute de l?investissement privé et son incidence sur la création d?emploi dans un contexte où le pays compte déjà plus de 50 000 chômeurs sont certainement une source d?inquiétude qui mérite une réflexion sérieuse entre les décideurs politique et économique.
Lors de son dernier point de presse en tant que ministre des Finances, Paul Bérenger, avait choisi de relativiser l?importance de l?investissement privé. Cela ne se mesure pas uniquement en termes de pourcentage du Produit intérieur brut (PIB) avait-il répondu à une question de ?l?express?. Paul Bérenger devait même laisser entendre qu?il voyait, lui, plein de projets de filatures et d?hôtels.
Il est clair qu?il ne voulait pas évoquer les questions difficiles et assombrir le tableau à l?occasion de cette conférence de presse-bilan. Comme pour le démontrer, quelques jours plus tard, lorsqu?il a présenté le nouveau ministre des Finances, Pravind Jugnauth, aux cadres de ce ministère, Bérenger devait faire de la relance de l?investissement privé une des priorités de son successeur.
L?enjeu est effectivement crucial. Le niveau d?investissement détermine la capacité de l?économie à créer des emplois. Le pays a vécu ces dernières années, tant bien que mal, une période de ?jobless growth?. Et ceci risque de continuer, à en croire le dernier rapport de l?Economic Commission for Africa (ECA).
Selon une étude économétrique de la Mauritius Commercial Bank (MCB) un niveau d?investissement représentant au moins 30 % du PIB est nécessaire pour assurer un taux de croissance de 6 %. Il n?est donc peut-être pas étonnant que l?économie ne croît plus qu?à un taux inférieur à 5 % au cours de ces dernières années. Le Central Statistical Office vient de ramener ses prévisions de croissance de 4,8 à 4,4 % pour cette année.
Le taux d?investissement a en effet chuté considérablement pour atteindre 22 % seulement du PIB. Le plus inquiétant est que la part du privé qui était autour de 70 à 80 % a été ramenée à 58 % seulement. Le bon ?mix?, selon les institutions internationales reconnues aurait dû être de 80 % d?investissement privé et 20 % d?investissement étatique.
Ceci ne remet nullement en cause les investissements massifs de l?Etat dans l?éducation, la cybercité et les infrastructures. La restructuration de l?économie en dépend.
Ce qui soulève véritablement des questions est la baisse des investissements du secteur privé. On peut trouver plusieurs causes à ce phénomène. Il y a d?abord l?aspect financier. Les banques regorgent de liquidités. Les dépôts augmentent plus rapidement que les crédits. Ce qui est anormal quand on tient compte, en plus, de la baisse considérable du loyer de l?argent. Il n?y a pas de ?ressource gap? mais bel et bien un ?resource surplus?.
Il ne suffit pas qu?il y ait du crédit disponible. Il faut encore des emprunteurs. Et c?est peut-être là que le bât blesse. Les piliers traditionnels de l?économie n?ont pas la capacité de prendre de nouveaux crédits pour se lancer dans de nouvelles aventures.
Le sucre est lourdement endetté pour financer le plan de retraite volontaire et sa modernisation. Plus de Rs 7 milliards de dettes selon la Banque de Maurice.
Le textile, n?en parlons pas. La contraction enregistrée l?année dernière indique bien que c?est un secteur qui lutte pour sa survie et non pour son expansion. Il y a certes encore quelques débouchés dans le textile mais ce créneau requiert beaucoup de capitaux et un savoir-faire qu?il faut aller chercher. L?avenir de la confection paraît, lui, incertain avec le démantèlement de l?accord multi-fibre.
L?industrie touristique et hôtelière donne de son côté des signes d?être arrivée à maturité. Son expansion est comprimée par les limites territoriales de l?île et par la politique même du développement de ce secteur et par la politique d?accès aérien qui sont étroitement liés. Les milliards de roupies investies ces deux dernières années dans ce secteur ont surtout financé des projets de rénovation et d?expansion d?hôtels existants. Les nombreux projets de construction de nouveaux hôtels sont toujours en butte aux procédures administratives.
Si le secteur privé a les moyens et la volonté d?investir, il reste à savoir dans quoi. La nouvelle économie basée sur la technologie informatique, le savoir et les services n?est que ce qu?il est : un projet de développement. La transition vers cette économie de services sera pénible. La masse critique en termes de compétences n?existe pas.
De plus, les hommes d?affaires locaux comme les banquiers ont tout à apprendre de ces activités nouvelles.
Par ailleurs, la phase de transition que vit l?économie actuellement implique une nécessaire introspection de la part des groupes et entreprises existants. Elles sont pour la plupart concentrées sur leur propre restructuration. Ce processus mobilise leurs énergies et laisse peu de temps et de ressources pour l?expansion et les nouveaux projets.
Dans un tel contexte, la recherche de l?investissement privé pourrait se révéler être une véritable quête.
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