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Plaine-Verte la débrouillarde
A Plaine-Verte, la vie palpite. Dans la rue, au jardin public, dansles boutiques ou les maisons. Le folklore est omniprésent et la débrouillardise est de mise. Sous la caresse insistante du soleil, Feizal Abdoola, homme de terrain très connu à Plaine-Verte, se métamorphose en guide et nous embarque dans un périple vers des gens se débattent, bon an mal an, pour faire vivre ce quartier.
La première chose que l??il embrasse, ce sont les maisons, imbriquées les unes aux autres et comme agrippées à leurs voisines. La proximité est immédiate et tout le monde a l?air de connaître tout le monde. On n?échappe pas non plus à cette Plaine-Verte en constante effervescence. Il y a dans cet univers de va-et-vient incessant, cette farandole de marchands de fritures à chaque coin de rue, cet air qui vibre de coups de klaxon, quelque chose qui fascine, envoûte, et vous retient.
« Vous verrez que contrairement à ce que peuvent penser les gens, Plaine-Verte est un endroit accueillant. On est toujours content de voir de nouvelles têtes, de faire un brin de causette », explique Feizal. C?est vrai qu?on se sent en sécurité, que les gens sont hospitaliers, qu?ils sont toujours prêts à vous renseigner et que, quand vous sortez d?une boutique, on risque fort de vous souhaiter « bonne journée et que Dieu soit avec vous ». Ce qui intrigue le visiteur, ce sont ces relations humaines chaleureuses au quotidien. Les rues et places de ce quartier ont quelque chose de particulier qui permet cette alchimie.
Nous avons fait une étonnante découverte, au détour d?une rue, fondue dans le paysage des maisons entassées : un amateur de voiliers, maquettiste qui met ces navires d?antan? en bouteille. Il nous dévoile de vraies merveilles à vous couper le souffle ! Notre artiste a cependant tenu à garder l?anonymat.
Peut-être craint-il le fisc ou a-t-il peur que d?autres ne lui piquent son idée. En tout cas, l?art et la création sont au rendez-vous chez lui. Cet artisan, peintre et sculpteur, reconstitue à la perfection ces petites merveilles à partir de plans.
Des voiliers dans une bouteille
Le plus touchant dans ses ?uvres, ce sont ces miniatures qui, on ne sait par quelle magie, sont passées par le goulot étroit d?une bouteille. Et puis, il a le don de façonner des petits paysages qui plongent ses navires dans une atmosphère particulière. En une demi-heure, nous avons ainsi contemplé une flotte de voiliers tout en gardant les pieds à Plaine-Verte.
Après l?air marin, c?est le parfum du savoureux briani qui a galvanisé notre appétit et nous a emmenés là où Oomar Ellahee, le célèbre « Zorro », prépare cette fameuse recette. Il y a comme un air d?antan dans son atelier en tôle et en bois. Sous l?ombre d?un grand manguier, dans une atmosphère gorgée de sensations, le briani cuit en plein air sur un feu de bois. Sur une étagère, des pots contenant différentes épices vous chatouillent les narines. Dans une pièce en tôle, des seaux, des calchus (de grandes cuillères) se bousculent. Et puis il y a ces fameux deks, une vingtaine au total, qui trônent majestueusement dans la cour.
Le briani est comme un sacerdoce pour Oomar. Tout le monde en parle à Plaine-Verte et personne ne rate l?occasion de déguster son briani. Ils n?en perdent pas une miette. Quel est son secret pour faire craquer autant de gens ?
« C?est un don divin », murmure-t-il. « Les ingrédients sont importants, leur dosage, tout doit être chronométré », ajoute ce cordon bleu. Comme lui, beaucoup de gens du quartier sont passés maîtres dans l?art du briani. Ils sont désormais devenus des bandari. Le briani est aussi le plat incontournable pour les mariages et des mariages, il y en a au moins un toutes les semaines à Plaine-Verte.
« Une bonne partie de l?activité économique du quartier a trait au mariage », souligne Feizal. Quand les gens se marient ou vont assister à un mariage, c?est à Plaine-Verte qu?ils se rendent pour trouver leur robe.
Les magasins de tissus, d?accessoires, de souvenirs pour les mariés fleurissent dans toutes les rues. Parfois, il suffit de choisir son tissu dans un magasin, son modèle dans un catalogue et de repasser après pour avoir sa robe déjà prête. On trouve aussi des imprimeries, une boutique spécialisée en mehendi, des bijouteries, des pâtisseries spécialisées en gâteaux de mariage. Plusieurs habitants de Plaine-Verte louent des tentes, des jeux de lumière et des récipients. D?autres sont spécialisés dans la coiffure. « Les gens sont très débrouillards ici. Chacun trouve le moyen de gagner sa vie, c?est pour cela qu?il y a de nombreux marchands de gâteaux, d?allouda, de briani », explique Feizal.
La combativité : un atout
Si la débrouillardise est un art de vivre à Plaine-Verte, il faut parfois trimer dur et même changer d?activité pour survivre. C?est ce que Raffick Soobratty semble nous faire comprendre. La couture est une histoire de famille pour lui. Il a d?abord repris le métier de son père, mais ensuite le prêt-à-porter est venu transformer le paysage. Il a dû alors s?adapter et a ouvert une petite usine de vêtements pour garçons. Il a connu quelques années de prospérité, puis le vent a tourné. La compétition ne pardonne pas. Malgré toute la synergie qu?il a mise en place entre gestion, création et développement, Raffick pense qu?il aura à mettre bientôt la clé sous le paillasson. Mais il a d?autres rêves, ceux qu?on garde dans un coin de la tête et qu?on sort le moment venu. La combativité est un atout chez les gens de Plaine-Verte.
Il existe mille façons d?aborder Plaine-Verte. Au-delà de l?étiquette de la drogue, c?est un lieu où modernité et tradition se vivent au quotidien, où les gens ont le sens de l?hospitalité. Il suffit simplement de se laisser prendre par son rythme et ce lieu enchanteur vous le rendra au centuple.
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