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Un soldat américain meurt en moyenne chaque jour

9 octobre 2003, 20:00

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Six mois après la chute de Saddam Hussein, symboliquement jeté à terre le 9 avril, place Al-Ferdaous, à Bagdad, l?Irak est un pays soumis à des vents contraires, un navire qui tangue. Et, six mois après la fin de la guerre, nul n?ose encore pronostiquer ce que la météo militaire, politique, économique et sociale lui réserve. Le pays va-t-il couler ? Va-t-il trouver un rythme de croisière qui le mènera vers un avenir radieux ? La seule certitude, six mois après la fin du conflit entre les Etats-Unis et Saddam Hussein, est la perte des illusions. Ceux qui croyaient en un dictateur à la dérive sont abattus, et ceux qui croyaient aux promesses américaines de miracle moyen-oriental ne sont pas moins ébranlés. Ne reste que l?incertitude...

Le bilan de six mois de ?libération? de la dictature baasiste et d??occupation? américaine est évidemment très contrasté. D?un côté, il y a la fin de l?oppression de type stalinien, du règne de la terreur et de la torture, la liberté d?expression retrouvée, la liberté politique et économique ; il y a le fait de ne plus devoir mentir à ses propres enfants, l?ouverture sur le monde et le sentiment d?une renaissance au sortir d?un tunnel très, très obscur.

D?un autre côté, il y a la criminalité et la résistance armée, parfois mêlées et parfois pas, l?impression que la guerre continue d?une autre manière, plus insidieuse ; il y a le chômage et la misère, la perte de la souveraineté nationale et l?arrogance américaine, le sentiment de ne pas encore être sorti du tunnel.

Les partisans du ?c?est mieux qu?avant !? sont encore, sans aucun doute, une majorité. Ils mettent en avant que, après la chute de la dictature, des partis politiques peu ou prou représentatifs du peuple irakien ont créé, en juillet, un conseil intérimaire de gouvernement (CIG) de vingt-cinq membres, suivi en septembre de la nomination d?un gouvernement, que le secrétaire d?Etat américain a promis une Constitution pour ?dans six mois? et que des premières élections démocratiques devraient avoir lieu en 2004.

Rentrée scolaire normale

Ils parlent bien sûr de liberté d?expression, des cent journaux publiés, de liberté religieuse, notamment pour les chiites. Ils soulignent que, cette semaine, les enfants ont pu effectuer une rentrée scolaire presque normale, que bientôt, la nouvelle monnaie irakienne entrera en service, avec des coupures débarrassées des portraits du raïs et que, à la fin du mois, les principales villes d?Irak seront dotées de réseaux modernes de téléphonie mobile. Ils racontent aussi les routes, les ponts, les écoles et les stations de police rénovés ou reconstruits.

Les tenants du ?c?est pire qu?avant !? voient, pour leur part, leurs rangs se renforcer de jour en jour. Passés les mois sans électricité, le problème numéro un est aujourd?hui l?insécurité. Malgré une amélioration, ces dernières semaines, les Irakiens, et notamment les Bagdadis, parlent beaucoup d?assassinats, de viols, de kidnappings, de ces fusillades que l?on entend au crépuscule, de ces corps qui arrivent à la morgue à l?aube. S?ils reconnaissent que la police commence à faire preuve d?efficacité, ils croient que l?armée américaine voit d?un bon ?il le pillage qu?elle a autorisé dès son arrivée, afin de justifier sa présence prolongée.

Ils pensent aussi que le CIG est une aberration porteuse de division ethnique du pays, que le gouvernement est aux mains d?affairistes proaméricains, que le processus constitutionnel risque d?entériner une division ethnique et religieuse, voire de sacrer un Etat islamique. Ils voient d?un mauvais ?il la ?débaasisation?, qui a jeté des millions de fonctionnaires et de soldats dans la rue, alors que beaucoup n?étaient que des baasistes contraints d?avoir leur carte du parti pour travailler et nourrir leur famille, et comprennent les émeutes de chômeurs qui embrasent le pays ces derniers jours. Les manifestants portent des pancartes proclamant ?Bush = Ali Baba?, du nom du voleur légendaire, et brandissent de plus en plus souvent des portraits de Saddam Hussein.

190 soldats américains ont été tués depuis ?la fin des opérations majeures?, proclamée par le président Bush le 1er mai, c?est-à-dire davantage que durant la guerre. Et le commandement reconnaît désormais qu?outre les partisans de Saddam Hussein et les islamistes inspirés par Al-Qaida, l?armée doit aussi combattre des citoyens ordinaires que l?occupation du pays pousse à prendre les armes.

La ?résistance?, sous toutes ses formes, commence à être diablement menaçante. Un soldat américain meurt en moyenne chaque jour. Trois sont encore morts lundi. Et, en un mois, les auteurs d?attentats sont parvenus à tuer l?émissaire de l?ONU, Sergio Vieira De Mello, un dignitaire religieux, Mohammed Baqer Al-Hakim, et un membre du CIG, Akila Al-Hachimi. Il faut ajouter à ce constat d?échec le fait que, malgré une traque efficace des hauts dignitaires baasistes, la cible principale, Saddam Hussein, demeure insaisissable.

Hier, un kamikaze a défoncé au volant d?une voiture piégée le portail d?un commissariat de police de Bagdad, l?explosion faisant au moins huit morts. Un sergent de l?armée de l?air espagnole rattaché auprès de l?ambassade d?Espagne en Irak a été abattu alors qu?il quittait sa résidence à Bagdad. Un soldat américain a été tué dans une attaque à la grenade contre un convoi militaire au nord-est de Bagdad.

Rémy Ourdan

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