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?Self-control? Jack Nicholson se déchaîne
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?Self-control? Jack Nicholson se déchaîne
Il est dit que la différence entre un acteur de genre et une star est que le premier est censé changer et nous surprendre à chaque film alors qu?on attend que la star fasse toujours la même chose dans chacun de ses films. De ce point de vue on peut considérer Jack Nicholson comme la star des acteurs de genre, depuis que le monde l?a vu caracolant à moto, cheveux au vent, lunettes de soleil, et sourire triomphant dans Easy Rider. Sa génération, celle des vrais acteurs, remplaçait au début des années 70, celle des stars à l?ancienne.
Ce grand acteur de genre, donc, a pris de l?embonpoint depuis, et ses cheveux se font un peu plus rares sur le devant, mais le regard n?a pas changé. En fait, son regard est même devenu encore plus fou qu?avant, surtout ? c?est paradoxal, je sais ? quand il porte des lunettes de soleil. Côté sourire, ça peut être franchement inquiétant. Ce qui est toujours bon signe parce que cela veut généralement dire qu?on ne va pas s?ennuyer. Bref, revoilà Jack Nicholson toujours en aussi grande forme, l?alcool et les amphétamines aidant, dans la peau du docteur Buddy Rydell, un psychiatre, dans ce film de Peter Segal. Cela lui va à merveille et semble lui faire très plaisir ; on le comprend, après un Monsieur Schmidt qui a dû lui peser un peu.
Cela dit, même si c?est Jack Nicholson qui porte cette comédie presque à lui tout seul, Self Control est avant tout l?histoire du personnage joué par Adam Sandler : Dave Buznick, cadre dans une entreprise de confection et quelqu?un de très refoulé. C?est à cause de cela que son patron odieux l?exploite sans vergogne, qu?il se laisse toujours marcher les pieds, qu?il n?ose même pas embrasser sa copine en public (il préfère lui serrer la main) et ose encore moins lui demander de l?épouser. Tout ça parce qu?un affreux jojo l?a publiquement humilié un jour, quand il était petit. Lors d?un voyage en avion, Dave a le malheur d?insister gentiment auprès de l?hôtesse pour des écouteurs auxquels il a droit. Celle-ci l?accuse d?agression, il est arrêté et traduit devant le juge qui le condamne ? lui, le non violent jusqu?à l?excès ? à suivre une thérapie auprès d?un psychiatre, le Dr Buddy Rydell, afin d?apprendre à maîtriser ses ?pulsions violentes?.
On ne sait trop si tout ce qui mène au moment de la rencontre du jeune homme avec le psychiatre est censé nous faire rire, tant ce que l?on voit est une peinture qu?on peut trouver pas très réjouissante mais assez réaliste des m?urs américaines : nécessité de dominer l?autre à tout prix (l?enfance de Dave Buznik), recherche de la conformité à tout prix, comportements hystériques, paranoïa post-11/9 et tribunaux expéditifs. Heureusement que la comédie devient plus drôle lorsque commence le traitement. Évidemment, le psychiatre désigné par le tribunal, est, comme le dit Dave, ?complètement frappé?. On a comme une sorte de pressentiment en voyant Jack Nicholson affublé de sourcils très épais et d?une barbiche comme celle de Lénine, avec, en plus, le même regard que dans Shining. Le spectateur passe la majeure partie du film à se demander jusqu?où il poussera le bouchon, pour se dire à chaque fois : ??Non, il n?osera quand même pas?? Mais si, il ose.
Saynètes tordantes
On nous pardonnera de trouver Adam Sandler terriblement fade, à côté. Lui, semble bien parti pour devenir une star traditionnelle dans la définition la moins intéressante. Ceux qui l?avaient apprécié dans Punch-Drunk Love avaient pu le trouver bon acteur. Dans cette comédie sentimentale déjantée, il interprétait, devinez quoi, un brave garçon à la personnalité sans saveur piétiné par ses proches; c?était aussi le type de personnage qu?il incarnait dans un film précédent, un remake de M. Deeds. Autant l?acteur s?en était sorti avec les honneurs dans Punch Drunk Love (à cause d?un excellent scénario) et assez bien dans M. Deeds, autant il irrite ici parce que c?est avant tout sa fadeur que l?on retient. C?est surtout la faute à un scénario qui fonctionne avec un humour lorgnant du côté des sitcoms américains et de séries genre South Park, ce qui est excusable, mais il est aussi très mal écrit, ce qui l?est beaucoup moins.
Mal écrit parce que mince au point d?être presque inexistant, il se résume à une succession de saynètes dont certaines pourtant sont très savoureuses et d?autres carrément tordantes. Pour n?en citer que deux : Dave (Adam Sandler) passant une deuxième fois en jugement pour coups et blessures et expliquant au juge comment il a malencontreusement cassé le nez d?une serveuse dans un bar en cherchant à arracher sa canne blanche à un aveugle, et la bagarre dans le monastère bouddhiste quand il se venge sur le tourmenteur de son enfance. L?ennui, c?est que ces moments ne sont pas vraiment reliés entre eux. Mal écrit aussi au point de sous utiliser Marisa Tomei interprétant la copine (?sous utilisée de manière criminelle?, dit un critique), de même que John Turturro en psychopathe porté sur la violence et Luis Guzman en latino poilu mais néanmoins efféminé.
Et on s?explique d?autant moins cette sous utilisation de ces personnages qui auraient pu avoir donné du corps à l?histoire, que le film nous présente un véritable défilé de ?cameos? (personnalités réelles venant jouer leur propre personnage). Certaines de ces célébrités sont surtout connues aux USA, d?autres le sont dans le monde entier, mais aucune ne vient réellement contribuer au film. Ainsi, il est amusant de constater que le tennisman John McEnroe compte parmi les patients du Dr Rydell (on se dit que ce n?est pas surprenant, après tout) et qu?il est en traitement pour le genre de comportement qui lui a valu sa notoriété sur les courts de tennis.
Mais, à quoi cela sert-il de voir dans le finale, l?ancien maire de New York, Rudolf Giuliani, crier avec toute la foule d?une rencontre de base-ball, ses encouragements au héros pour qu?il aille embrasser la belle et lui hurler ?Roule lui une pelle de 15 secondes !? ? De plus, s?il avait été question de descendre le film, il aurait suffit de débuter cet article avec l?épilogue : possiblement le plus idiot de toutes les sorties d?Hollywood, cette année; on en pleurerait presque d?embarras tant pour ceux qui ont tourné la scène que pour ceux qui l?ont écrite et même pour ceux qui l?ont vue.
Le plus étonnant, c?est que l?on sort malgré tout de la salle en pouffant de rire; parce que même si les mauvais moments dans ce film sont effectivement très mauvais, les bons moments eux, sont mémorables. Jack Nicholson y est, non pas pour beaucoup, mais pour presque tout. La star des acteurs de genres cabotine de façon ?énorme? et sans embarras aucun, mais c?est justement ce qui le rend irrésistible? et qui par ailleurs sauve le film.
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