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Le détenu Wendy Lafleur donne le nom de dix gardiens

9 octobre 2003, 20:00

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Pendant quatre heures, hier, le détenu Wendy François Lafleur a fait le récit des brutalités dont il aurait été victime dans la nuit du 26 au 27 septembre à la prison centrale de Beau-Bassin. Une vingtaine d?éléments de la Prison Security Squad (PSS), selon lui, serait impliquée. Il a cité les noms d?au moins dix d?entre eux et déclaré qu?il pourrait en identifier dix autres. L?incident lors duquel plusieurs détenus ont été blessés se serait déroulé en présence de quatre hauts gradés de la prison.

Vers 13 h 15 hier, Wendy Lafleur a poursuivi sa déposition qui avait débuté la veille à la prison centrale. Elle a été enregistrée par le sergent Jacques Nookaloo de la Major Crime Investigation Team (MCIT) du Central Criminal Investigation Department (C CID), sous la supervision du surintendant Clifford Parsad, en présence de l?inspecteur Callee. Wendy Lafleur, en présence de Mes Jean-Claude Bibi et Siv Potayya, a raconté sa version des faits dans les moindres détails. Il aurait été brutalisé en plusieurs endroits de la prison. Après avoir été matraqué, il dit avoir été roué de coups avec des ?boggy? (chaussures). Les gardiens l?auraient aussi injurié et lui auraient mis la tête dans une poubelle.

Wendy Lafleur affirme qu?il est victime de représailles parce qu?il avait dénoncé des PSS devant les tribunaux.

Ce vendredi 26 septembre, plusieurs de ces gardiens anti-émeute s?en seraient pris violemment à des détenus. D?autres prisonniers auraient manifesté leur colère face à ces actes de brutalité. Ainsi, Wendy Lafleur aurait dit aux matons : ?Arrête faire dominère are zotte.? Des PSS lui auraient répondu : ?Attanne nou pou vine cherche toi oussi. ?

Contraint à prendre des comprimés

Le lendemain, samedi 27 septembre, Wendy Lafleur, blessé, a été conduit à l?hôpital Victoria puis transféré à l?hôpital Jawaharlall Nehru de Rose-Belle. Un psychiatre, allègue le détenu, l?aurait contraint à prendre des comprimés. Il est ensuite tombé dans le coma.

Dans sa déposition, mercredi, Wendy Lafleur a raconté les événements antérieurs au 26 septembre. Il a cité les noms de trois PSS avec qui il aurait eu des démêlés. Ses hommes de loi ont écrit au commissaire des prisons par intérim, hier. Ils évoquent des menaces qu?aurait proférées un membre de la PSS à l?encontre du détenu alors qu?il se trouvait à l?hôpital Nehru de Rose-Belle mardi. Les avocats demandent que Lafleur ne subisse aucun acte d?intimidation. Ce dernier a quitté l?hôpital le même jour.

Le détenu Mario Tribunal, blessé au cours des incidents à la prison de Beau-Bassin, est toujours au Detainees? Ward de l?hôpital Nehru. Il aurait interpellé quatre gardes-chiourme qui assuraient la surveillance de Lafleur, en ces termes mardi : ?Ale guetté li pé provoque li.? Selon Wendy Lafleur, le PSS en question lui aurait lancé : ?To encore vivant, dimoune couma toi ti bizin fini mort.?

Au niveau politique, le député de l?opposition, James Burty David, a sollicité l?intervention de la Commission des droits de l?homme pour initier une enquête sur cette affaire qu?il qualifie d?acte de ?barbarie?. Wendy Lafleur devait continuer sa déposition cette après-midi.

casier chargé

Condamné dix fois en cinq ans

Le détenu Wendy François Lafleur, 27 ans, a été condamné à dix reprises entre le 30 juin 1997 et le 7 novembre 2002. Il répond en ce moment, en cour de district de Rose-Hill, d?une accusation provisoire de meurtre.

La première sentence prononcée à l?encontre de Wendy Lafleur remonte à la mi-juin 1997 à Rivière-Noire. Il est alors condamné à six mois de prison pour un vol avec violence commis à Albion le 15 février 1996. Cette nuit-là, Wendy Lafleur et deux complices menacent le gardien de nuit du Château Beerjeeraz avec un sabre et le ligotent. Ils entrent ensuite par effraction et font main basse sur divers objets, abat-jour et tortue, entre autres.

En 1998, le tribunal de Port-Louis condamne Lafleur à une amende de Rs 1 000 pour possession d?une arme offensive. Le 6 octobre 1999, en cour de district de Rose-Hill, il est tenu de bien se comporter pour les deux prochaines années. Il répond alors d?une agression sur un piéton pour lui arracher ses chaînes en or et sa montre. Toujours en 1999, le 18 décembre, Wendy Lafleur est condamné par la cour de Port-Louis à une amende de Rs 1 500 pour possession de gandia.

En l?an 2000, il écope à trois reprises de peines d?emprisonnement variant entre trois et quatre mois en cour de Rose-Hill. La première condamnation est infligée pour ?larceny more than two in number?. La dernière sentence, pour 2000, concerne un vol avec violence commis le 29 décembre 1998. Il a dérobé le portefeuille (contenant Rs 7 000), la carte bancaire et le cellulaire de Jean-François Rahiman.

Le 23 janvier 2001, la cour intermédiaire le condamne à payer Rs 2 000 pour entente délictueuse. En fin d?année, à Rose-Hill, il écope de sept mois de servitude pénale pour agression sur un chauffeur de taxi, à proximité du Jumbo Club.

En cour intermédiaire, le 7 novembre 2002, Wendy Lafleur écope de six ans d?emprisonnement pour ?agression avec préméditation entraînant la mort?. Le 25 août 1996, Wendy Lafleur et trois autres malfrats agressent Eddy Diolle à Albion. Ce dernier rend l?âme quatre jours plus tard à l?hôpital Jeetoo.

Wendy Lafleur et trois autres détenus, Louis-Robin Lafleur, Yves Jean et Mohamedally Goolam Ally Cassim, doivent comparaître à la Bail & Remand Court le mercredi 22 octobre pour manslaughter.

gardiens de choc

Prison Security Squad

La PSS est une unité spéciale créée après l?évasion de cinq détenus à la prison de la Bastille, le 30 juillet 1999. Elle est composée de 135 gardiens qui ont reçu une formation intensive avec le Groupe d?Intervention de la police mauricienne (GIPM) dans le but de faire respecter l?ordre et la discipline dans les prisons.

Les cinq évadés de la Bastille, prison de haute sécurité, étaient Dharmarajen (Rajen) Sabapathee, Jeewaransing (Dan) Ramessur, Mohamad (Talat) Jugessur, Alex Antoine (Dalon) Lionel et Clifford Kersley Rioux. Sabapathee et Ramessur sont décédés.

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