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Leyla Khaïat présidente de la FCEM
Qui est Leyla Khaïat ?
Je suis la présidente de l?association des Femmes chefs d?entreprises mondiale (FCEM) depuis 1998. Cet organisme vient de tenir son 51e congrès annuel à Maurice la semaine dernière. Je dirige une entreprise de maroquinerie qui fabrique du cuir artificiel pour l?industrie de l?habillement et de l?ameublement. Je suis aussi à la tête d?une agence d?import et d?export dans le textile et l?habillement. J?emploie une centaine de personnes. Je suis Tunisienne et de formation, professeur de lettres. J?ai embrassé le monde des affaires en 1985.
Comment ont été vos débuts ?
Assez difficiles. Je débutais dans un contexte national difficile, caractérisé par la montée de l?intégrisme en Tunisie. Heureusement, les choses ont changé et la Tunisie connaît une stabilité remarquable. Je suis à présent la vice-présidente de l?Institut arabe des chefs d?entreprises et membre de conseils d?administration de plusieurs entreprises implantées dans la région.
Etes vous féministe ?
Non. Un monde habité uniquement de femmes ou d?hommes serait laid. Je suis en faveur d?une osmose entre hommes et femmes. Nous sommes complémentaires.
Le monde des affaires est-il plus propice à cette osmose où est-il plus discriminatoire envers les femmes ?
Malheureusement, la discrimination existe bel et bien. Elle est avant tout culturelle. C?est une question de mentalité. L?accès au marché est plus facile aux hommes qu?aux femmes. Un homme peut conclure un deal autour d?un apéritif ou d?un dîner. Cela n?est guère aussi simple pour une femme.
Ce problème n?est-il pas spécifique à certains pays et régions du monde ?
Pas du tout. Les femmes des pays développés en souffrent aussi. Ce n?est pas par hasard que depuis Beijing, les conférences sur les conditions de la femme consacrent toutes, un volet à la notion des genres. Quel que soit le lieu géographique, le problème est le même. Seul le degré diffère.
La FCEM fait-elle du combat contre la discrimination son cheval de bataille ?
Nous y sommes sensibles. Se regrouper, s?entre-aider, c?est déjà une manière de se constituer en un contre-poids au diktat des hommes. Nous avons un statut consultatif auprès des Nations unies et nous serons bientôt promues au statut d?observateur. Nous avons voix au chapitre à l?Organisation pour la coopération et le développement économiques.
Les mentalités changent-elles ?
Définitivement. Les femmes sont partout : dans le transport, la métallurgie, la construction, l?électronique? aujourd?hui, il n?y a plus de secteur qui soit l?apanage des hommes. Cela dit, beaucoup reste encore à faire avant que les femmes d?affaires puissent évoluer à parité avec leurs confrères.
La FCEM est une organisation pionnière. Quelle est l?étendue de son influence auprès des femmes ?
La FCEM a été créée en 1945. Nous avons réuni l?Europe avant l?Union européenne. Nous avons globalisé bien avant la naissance de l?Organisation mondiale du commerce. Nos membres sont présentes dans 38 Etats. Les associations du Koweït, de Lithuanie et de l?Islande viennent juste d?être admises. Plusieurs autres attendent d?être homologuées. Des associations d?une trentaine d?Etats entretiennent des liens étroits avec nous sans être affiliées à la FCEM.
Quel est le poids des femmes dans le monde des affaires à travers la planète?
Difficile à dire vu l?étendue de notre présence. Nous avons recruté les services d?une firme américaine pour nous aider à trouver quelqu?un pour mener cette étude. Nous voulons connaître le nombre de businesswomen, leurs chiffres d?affaires et le nombre d?emplois qu?elles génèrent.
Quelle est votre définition de femme d?affaires ?
La FCEM reconnaît comme entrepreneur toute femme reconnue responsable devant la loi et les institutions financières et qui emploie au minimum trois personnes. Le plus petit membre de la FCEM est l?association maltaise avec 19 adhérentes. L?association américaine est parmi les plus grandes avec 10 000 membres sur les quelque 10 millions de femmes d?affaires que compte ce pays.
Quelle est la représentativité des Africaines ?
L?Afrique est spéciale. Il faut beaucoup sensibiliser pour arriver à regrouper les femmes. Mais nous y travaillons. Avant de venir à Maurice pour le congrès, j?étais à Adis Abeba (Ethiopie). J?ai été au Mali aussi et nous avons des contacts avec le Kenya et le Nigeria. L?Association mauricienne des femmes d?entrepreneurs travaille sur le concept d?un regroupement régional au niveau océan Indien. La femme africaine doit comprendre qu?il n?y a pas d?autres moyens que de s?unir pour se faire entendre, être visible et accéder au marché et à l?information.
Propos recueillis par Shyama Soondur
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