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Le Prix Nobel de littérature à John Maxwell Coetzee

5 octobre 2003, 20:00

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Qualifié de ?successeur de Kafka? ayant permis de ?comprendre l?apartheid de l?intérieur?, l?écrivain sud-africain John Maxwell Coetzee s?est vu attribuer le prix Nobel de littérature 2003 pour une ?uvre ?qui dans de multiples travestissements décrit l?implication surprenante de l?aliénation?, a annoncé l?Académie suédoise jeudi dernier.

En Afrique, en Europe ou en Australie ? où l?écrivain est établi ? des voix unanimes se sont félicitées jeudi du choix du Sud-Africain comme prix Nobel de littérature. Coetzee est ?un auteur exceptionnel?, a ainsi déclaré l?un de ses principaux éditeurs allemands, S. Fischer Verlag. Il existe très peu d?écrivains dans le monde qui allient la perfection esthétique et la rigueur dans l?engagement de manière aussi remarquable.?

Né près du Cap le 9 février 1940, J. M. Coetzee commence sa carrière de romancier en 1974 et acquiert une renommée internationale en 1980 grâce au roman Waiting for the Barbarians (En attendant les barbares). Il reçoit le Booker Prize anglais pour Life and Times of Michael K (Michael K, sa vie, son temps) en 1983 ? en 1999, son roman Disgrace, sera récompensé par le même prix. Il y décrit une Afrique du Sud rongée par les crimes, viols, défaillances policières et divisions raciales qui subsistent, dix ans après la fin de l?apartheid. Auteur d?une dizaine d?ouvrages écrits en anglais, Coetzee s?est cependant gardé de tout manichéisme : ?la société d?apartheid est une société de maîtres et d?esclaves, où les maîtres eux-mêmes ne sont pas libres.?

John Maxwell Coetzee étudie la littérature anglo-saxonne aux Etats-Unis, avant de l?enseigner à l?université du Cap. Son premier livre Dusklands est publié en 1974. Ses romans se caractérisent par une composition astucieuse, des dialogues condensés et une brillance analytique. Mais l?auteur est aussi un sceptique scrupuleux, impitoyable dans sa critique du rationalisme cruel et de la morale cosmétique de la civilisation occidentale.

Son roman initial Dusklands révélait déjà le pouvoir d?identification dont Coetzee a fait ensuite preuve à plusieurs reprises, lorsqu?il cerne de si près

l?étranger et l?abject. L??uvre suivante, Au c?ur de ce pays, s?apparente au récit d?une psychose. En attendant les barbares est un thriller politique dans la lignée de Joseph Conrad, où la candeur de l?idéaliste ouvre la porte à l?horreur. Avec Michael K, sa vie, son temps, qui s?inspire aussi bien de Defoe que de Kafka et de Beckett, Coetzee s?impose plus clairement comme écrivain de la solitude. Le roman met en scène un citoyen insignifiant qui fuit un désordre croissant et une guerre imminente pour un état d?autarcie et de mutisme qui anéantit la logique du pouvoir.

Le Maître de Pétersbourg paraphrase la vie et l?univers romanesque de Dostoïevski. La tentation qui guette les personnages romanesques de Coetzee de s?affranchir intrinsèquement du monde, se révèle être le principe de la liberté cynique du terrorisme. Dans Disgrâce, dont l?action se déroule en Afrique du Sud, juste après la chute du pouvoir blanc, Coetzee nous implique dans la lutte que mène un universitaire humilié pour défendre son honneur et celui de sa fille. Ce roman soulève une question centrale dans l??uvre de l?écrivain : Peut-on échapper à l?histoire ? Dans l??uvre autobiographique Scènes de la vie d?un jeune garçon, l?écrivain traite avant tout l?humiliation du père et la perplexité qu?elle entraîne chez le fils, mais le récit communique aussi une présence magique dans la vie rurale sud-africaine traditionnelle avec ses conflits interminables entre Boers et Anglais, Blancs et Noirs. Dans la suite intitulée Vers l?âge d?homme, Coetzee dissèque le jeune homme qu?il était avec une cruauté étrangement réconfortante pour tout lecteur qui se reconnaît.

?Coetzee n?applique jamais la même recette à deux ouvrages, ce qui contribue à la grande variété de son ?uvre?, explique l?Académie suédoise.?Une lecture persévérante laisse apparaître, telle une formule répétée, les tribulations de ses personnages dans un vortex, expérience que l?auteur juge nécessaire à leur rédemption. Ses héros sont pénétrés du désir de s?abîmer mais, de façon assez paradoxale, ils reprennent des forces en se dénudant de toute dignité externe?, poursuit l?Académie. Depuis la création du Nobel en 1901, il s?agit du second prix Nobel de littérature sud-africain après celui décerné en 1991 à Nadine Gordimer. Comme pour les autres Nobel de l?année, J. M. Coetzee recevra 10 millions de couronnes suédoises (1,11 million d?euros). La remise officielle du prix a traditionnellement lieu, le 10 décembre, jour anniversaire du décès, en 1896 à San Remo (Italie), du savant suédois Alfred Nobel.

© Le Monde

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