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Geeta Mohit-Pusun et l?imitation de la nature
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Geeta Mohit-Pusun et l?imitation de la nature
Les coups de pinceau quelquefois trop aventuriers et instables de Geeta confèrent à la forme une délimitation purement abstraite de l?espace, où se mêlent divers éléments de la Nature tantôt morts tantôt revivifiés. Au traitement des couleurs, vives pour la plupart, ils ne connaissent pas des limites. Celles-ci coulent à flot, voilant leurs significations propres derrière leurs danses capricieuses. Le mouvement, ou plutôt le rythme, thématique principale de l?exposition même, se donne à c?ur joie et dans tous les sens, défiant toutes règles ou justement à cause de l?absence de règles. Avant de se faire tableaux, les papiers blancs étaient champs libres.
L?art chez Geeta, dont le premier tableau date de 1996, est de l?ordre de l?abstrait par excellence. Il faut alors chercher les sens, dont les pistes sont brouillées, dans le symbole. Heureusement pour nous, le sujet majeur de l?artiste, comme il lui plaît de nous le rappeler, est la Nature. Ses éléments représentés sont le lieu de l?ambiguïté voile-dévoilement, sauf, bien évidemment, pour le créateur lui-même, qui se reconnaît dans sa création. ?Il faut apprendre à observer la nature, nous dit Geeta. Même dans son aspect le plus banal, il y a toujours quelque chose de positif à tirer.?
Les tableaux de Geeta n?affichent pas de présence humaine, hormis le seul portrait représentant un visage traversé de grands traits rouges et noirs, aux énormes yeux ronds, comme figés par une quelconque frayeur. Pour avoir osé s?introduire dans cette nature limitée que privilégie l?artiste, ce visage humain a payé le prix fort : la déchirure ? d?où le titre Déchirure. Dans l?univers de Geeta, la Nature est reine. Elle est immortalisée dans son mouvement, dans son dynamisme, dans son rythme. C?est là une volonté de maîtriser l?espace-temps. Chaque trait, chaque ligne devient glissement dans le temps; chaque heurt entre les lignes renferme une quantité infinie de l?éternité ? d?où la diversité dans les courbes et le mouvement linéaire. D?abord circulaire, parce que l?artiste s?inspire du savant pictural Paul Cézanne qui conseillait de ?traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône.?
Un langage inventé
Le mouvement, avançant vers son apothéose, progresse en tourbillons (Communiquons) avant de déclencher une sorte d?explosion où jaillissent des étincelles en couleurs contrastées (Vitalité, Cellulaire). Le mouvement est essentiellement vers le haut (Ascension) et explique l?attraction des fleurs qui s?ouvrent vers l?extérieur, vers le haut, (Fleurs lataniers, Fleurs soleil). Encore et toujours du mouvement. Dans l?ensemble, ce sont des traits ascendants qui dominent et qui culminent en maître dans Action, dévoilant un fol désir d?ascension, un désir d?envol, fixé par la présence obsédante de l?arbre dans les toiles de l?artiste. Car l?arbre est le symbole de la verticalité, de l?ascension ? le nombre de tableaux qui portent sur l?arbre n?est pas un hasard : Tronc d?arbre, Banian, Racines colorées, Envol d?arbre, Reflet d?un tronc.
Si l?art chez Geeta cherche ses inspirations dans la Nature, la ressemblance n?est point chez elle la condition de l?imitation. Elle n?affiche aucune prétention à vouloir dévoiler le réel naturel par l?apparence. Toute sa reproduction du réel par imitation fond dans l?illusion. L?objectif est de suggérer au delà de l?apparence du vrai, une série infinie de significations. Mais, dans quelle mesure l?a-t-elle réussi ? Seul, le public sera juge.
Cependant, il faut bien avouer que sans l?aide des titres, certains tableaux auront du mal à dévoiler leur intention picturale primaire. Si l?Envol d?arbre, par exemple, est la représentation d?un tronc qui cherche à prendre, comme l?indique le titre, son envol tout en pourrissant, ce n?est pas parce que la représentation le rend tel quel, mais c?est plutôt parce que l?artiste lui-même en donne les explications.
Sans doute, Geeta a voulu peindre non seulement ce qu?elle voit dans la Nature, mais aussi ce qu?elle voit en elle-même. La seule source véritable de son art a été son c?ur dont elle a cherché le langage dans la Nature. Son ?uvre est née de l?union de son âme avec celle de la Nature. Mais seulement, elle n?a pas su à quel moment le coup de son pinceau a obéi au langage de son c?ur et à quel moment à celui de la Nature. Gaspar Friedrich, un peintre romantique issu de l?Académie de Copenhague, disait bien que si les peintres s?exercent à composer, cela ne veut nullement dire qu?un tableau doive être inventé. Il doit plutôt être éprouvé.
Mais les tableaux de Geeta font plutôt penser quelquefois à des compositions allégoriques où l?imagination du peintre a donné naissance aux êtres irréels qui portent les noms de nature, vertu, saison, passion, liberté, entre autres, et le tout renfermé dans les limites mêmes de la peinture. On reconnaît l?effort que l?artiste s?est donné. Mais son imagination capricieuse a quelquefois forgé des chimères.
Enfin, reconnaissons là que si l?art est artifice dans le sens où l?illusion est tromperie, tout effet ne peut pas être sans intérêt. Il relève même de l?esthétique à condition toutefois que cet effet de l?illusion ne soit pas un manque.
Autrement dit, si l?imitation de la Nature cherche à nous tromper au nom de l?art, elle ne doit pas nous enlever ce plaisir esthétique qu?on retrouve lorsqu?on se place devant les tableaux. Dans le cas contraire, Geeta Mohit-Pussun nous aura parlé dans un langage qu?elle a inventé.
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