Publicité

Le souffle de L?Histoire

4 octobre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une société se constitue et développe son identité au cours de décennies, de siècles. Sa population aspire à la liberté, à la justice et à l?égalité des droits. Tout au long de cette quête, il y a des dates où elle franchit un palier qui fait que demain ne sera plus comme hier. Le 30 septembre 2003 recèle un réel potentiel pour être une de ces dates qui ont jalonné notre histoire.

L?abolition de l?esclavage en 1834, l?introduction du principe électif en 1885, l?abolition de l?engagisme en 1922, la naissance du Parti travailliste le 23 février 1936, l?introduction du suffrage élargi en 1948 suivi du suffrage universel en 1958, l?accession de l?île à l?indépendance le 12 mars 1968, la naissance du MMM en septembre 1969, la réforme du Code Napoléon en 1982 quant aux droits des femmes, l?avènement de la République le 12 mars 1992, sont ces dates phares. Si les moteurs de l?histoire sont les forces sociales, il faut reconnaître le rôle des individus qui incarnent ces mouvements et forgent le destin contre toute conception de fatalité historique. L?architecte du 30 septembre 2003 est Sir Anerood Jugnauth. Après avoir été le père du « miracle économique » durant les « années décisives » de 1982 à 1992, il quitte la scène en ouvrant une grande porte de l?histoire. Il nous appartient à tous de veiller à ce que cette porte ne se referme pas, mais ouvre véritablement la voie vers une société nouvelle.

Que le peuple mauricien accepte dans le calme et la sérénité l?accession d?une personne que ses adversaires n?associent, malgré sa longue lutte politique à côté des opprimés, qu?avec sa communauté - une minorité associée historiquement à l?exploitation économique et la domination culturelle qu?ont été l?esclavage et l?engagisme - pour diriger le pays, est révélateur du rapport éminemment sain qu?elle entretient maintenant avec son histoire. C?est une claque magistrale à tous ceux qui veulent au contraire nourrir ce rapport sur le mode de la rancune, de la ranc?ur, voire de la vengeance historique. Une grande majorité de la population souhaite exorciser les démons de l?Histoire pour forger son avenir sur de nouvelles bases. Comme d?autres sociétés, la nôtre est travaillée par des dynamiques sociales contraires. À côté des dynamiques mortifères flattant les bas instincts, il existe des dynamiques sociales portées vers la vie, l?ouverture, le vivre-ensemble. Notre devoir à tous est de créer les conditions pour renforcer les dynamiques sociales porteuses des valeurs fortes que sont la justice, la méritocratie, la solidarité, l?effort et la quête de l?excellence. Soit les principes et valeurs fondateurs d?une société nouvelle.

La population mauricienne, de par son comportement exemplaire, a fait la démonstration de sa grande maturité. Elle a au moins 20 ans d?avance sur les élites. À ces dernières de rattraper leur retard car elles n?ont pas le droit de trahir l?aspiration du peuple à une société nouvelle. La population attend un débat portant sur les enjeux et les conditions à réunir pour relever les nouveaux défis, et non des discours et pratiques divisionnistes, des propos enflammés, qui relèvent d?un délire suicidaire, à l?instar de ceux tenus par Navin Ramgoolam à La Louise le 30 septembre.

Le 30 septembre est venu consacrer un principe fondamental d?une société démocratique : celui de l?égalité citoyenne dans le champ politique. L?enjeu social aujourd?hui est d?étendre cette avancée aux autres sphères de la société. À commencer par les entreprises. Il y a de nombreux verrous à faire sauter. Il faut mettre fin aux chasses gardées fondées sur la couleur de la peau et la naissance, et déclarer la guerre à toutes les pratiques archaïques au sein des entreprises publiques et privées qui sont non seulement inacceptables sur le plan éthique, mais relèvent aussi du non-sens économique. Aux élites d?assumer leur responsabilité pour que la transition ne soit pas vécue comme un marché de dupes.

Le défi de Paul Bérenger est de mobiliser toutes les énergies pour réaliser tout le potentiel du 30 septembre 2003. C?est une énorme responsabilité historique qui est à la hauteur de sa capacité, de son expérience, de son autorité et de ses ambitions pour le pays. À lui d?être un catalyseur de l?émergence d?une société nouvelle pour que le 30 septembre ne soit pas une parenthèse, lui qui parle de « souffle de l?histoire ».

Publicité