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« Bérenger Premier ministre : un aboutissement et une étape »
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« Bérenger Premier ministre : un aboutissement et une étape »
> Quelle signification donnez-vous à la transition qui vient de s?effectuer au sommet de l?État ?
Cet événement a une très grande signification qui va au-delà de la politique. Il faut d?abord dire que cette passation des pouvoirs rend avant tout hommage à Sir Anerood Jugnauth, car c?est grâce à lui que ça a été possible. C?est un homme d?État qui a non seulement su se retirer en beauté, mais qui a posé les jalons fondamentaux des réformes que peu de politiciens auraient osé entreprendre. Celles-ci marquent réellement une belle entrée de Maurice dans le nouveau siècle.
> Comment cela ?
Le pays doit se féliciter de l?accession de Paul Bérenger aux fonctions de Premier ministre. Ce n?est pas la célébration d?un homme. C?est un acte symbole qui pose des défis et change la donne dans la sphère politique et au-delà. L?événement est en même temps un aboutissement et une étape. Il est évident que si Maurice a su assurer la stabilité de sa démocratie durant toute la période post-indépendance, c?est parce que les élites et surtout les élites politiques ont accepté une situation que les politologues appellent consociationalism.
> Que veut dire ce concept ?
Cela veut dire l?acceptation tacite par les différentes composantes de l?élite de partager les pertes et les gains dans une société pluriculturelle. Concrètement, cela se traduit par le fait qu?on reconnaît tous que Maurice a toujours été dirigé par des gouvernements de coalition ou des alliances. L?accession de Paul Bérenger à la magistrature suprême vient non seulement confirmer cette démarche, elle l?approfondit. Ce faisant, elle impose à d?autres l?ouverture nécessaire pour que tous puissent sentir que cette étape nouvelle n?est pas dans un sens seulement. Dans ce contexte, le premier interpellé, mais pas le seul, est le secteur privé.
> Y a-t-il des risques que cette transition entraîne un recul ?
Dans n?importe quelle société, aucune transition ne se fait sans secousses. Il a toujours le risque qu?il y ait des tentations rétrogrades. Ce qui est un événement éminemment positif pourrait pousser certains à tenir des discours primaires pour essayer de susciter l?adhésion de ceux qui sont psychologiquement dans une mouvance de repli, plutôt que de progrès.
> Mais les attentes sont grandes?
Il serait injuste d?avoir de trop grandes attentes de ce premier mandat premierministériel de Paul Bérenger. C?est un mandat de deux ans, il est vrai, durant lequel il y aura au moins trois échéances électorales, à savoir la partielle à Rivière-du-Rempart, les municipales de 2004 qui, cette fois, auront autant d?importance pour les villes que pour les régions rurales et les élections générales de 2005. L?homme de pouvoir qu?est maintenant Bérenger va évidemment tout faire pour assurer sa réélection. Ce sera la principale considération de son mandat.
> Vous pensez qu?il changera sa façon de procéder ?
Pendant ces trois dernières années, même s?il n?était que vice-Premier ministre et ministre des Finances, Paul Bérenger a été celui qui a déterminé les grandes orientations du gouvernement. Il a supervisé la définition et l?exécution des grands chantiers. Pourquoi sortirait-il de son chapeau une politique nouvelle qu?il aurait gardé jusqu?ici ? N?oublions pas que dès la présentation de son premier budget de cette législature, il avait affirmé que l?exercice s?inscrivait dans une perspective de cinq ans. Donc les grandes orientations sont déjà tracées. Il y aura certes des ajustements et des Fine tuning.
> Pensez-vous qu?il y aura plus d?efforts pour amener davantage de justice sociale ?
L?actuel gouvernement est engagé dans un vaste programme visant à protéger les plus vulnérables et à combattre l?exclusion. C?est un chantier qui a le mérite d?être conforme à l?idéologie militante du nouveau Premier ministre. Cette initiative répond à la quête de la société civile. Elle pourra en plus rapporter des bénéfices politiques importants. Il n?y a aucun doute que la mise en ?uvre de ce programme se poursuivra et que Paul Bérenger veillera personnellement que ce qui a été engagé soit bien mené et donne des résultats concrets.
> Dans un texte publié dans la presse vous réclamez l?introduction d?un Equal Opportunities Act. Pourquoi ?
Il serait juste que l?Equal Opportunities Act soit introduit avant la fin de son mandat. D?ailleurs, c?est un des éléments du programme gouvernemental de l?équipe qui dirige le pays.
> Pourquoi insistez-vous sur cette question ?
C?est beaucoup plus une réponse aux attentes de la population et des jeunes qui se sont investis, avec souvent beaucoup de sacrifices, dans leur formation professionnelle et qui souhaitent avoir une chance égale pour accéder à n?importe quelle fonction en vertu de leurs compétences. Après tout, l?exemple a été donné au sommet de l?État avec l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre.
> Pensez-vous que le gouvernement Bérenger aura les moyens économiques pour mettre en ?uvre son programme ?
Notre pays se trouve dans une période de transition sur le plan économique. Les acquis des dernières décennies dans les secteurs traditionnels comme le sucre et le textile ont été remis en question. Ces secteurs ne sont pas appelés à disparaître, mais à se re-engineer. Il est évident que seuls, ils ne peuvent plus porter une croissance soutenue et assurer la production des biens pour les années à venir. Le tourisme tarde à se remettre en question. Il devra le faire, car les signes de difficultés structurelles sont déjà là. Le secteur informatique pourra-t-il être le seul nouveau pilier de l?économie mauricienne pour les dix, quinze prochaines années, ou en faudra t-il d?autres ? Et lesquels ?
> Mais la relance tarde toujours à venir?
Nous sommes aujourd?hui dans une situation où l?épargne est à 28 % du Produit intérieur brut (PIB), mais où l?investissement est à 22 % du PIB. Cela veut dire que le capital est disponible, mais on ne sait pas dans quoi investir. L?un des défis, c?est de pouvoir déterminer les nouveaux secteurs qui contribueront à la croissance et à la création d?emplois.
> Il y a la cybercité qui est en chantier?
La création du secteur informatique est une réponse partielle à ce défi. Il faut trouver d?autres créneaux. Mais la responsabilité de le faire ne devrait pas reposer uniquement sur les épaules du gouvernement, bien que malheureusement la réalité ait montré que le secteur privé a rarement joué le rôle de créateur et de promoteur de nouveaux secteurs.
> Quelle doit donc être la responsabilité du tandem Paul Bérenger-Pravind Jugnauth ?
Une des grandes contributions que Paul Bérenger et Pravind Jugnauth pourraient apporter, serait dans l?approche et le style. S?ils pouvaient pousser les Mauriciens à développer plus de rigueur dans leurs démarches quotidiennes surtout au travail, à faire preuve de plus de conscience professionnelle et davantage de confiance pour maximiser les atouts que nous avons déjà, ils auront beaucoup accompli. S?ils parviennent à amener nos compatriotes à se fixer sur les bonnes priorités, ils auront abattu un énorme travail.
> En un mot, de quoi dépend la réussite de Bérenger comme Premier ministre ?
Le succès du mandat de Bérenger dépend de sa capacité à maîtriser des facteurs qui ne sont pas déterminés par lui. Les intérêts sont multiples et ils ne s?expriment pas toujours dans un mouvement de progrès. Beaucoup vont même dans un mouvement de repli ou cherchent à tirer la couverture à leur avantage, quitte à bousculer un équilibre précaire.
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
« L?accession de Paul Bérenger à la magistrature suprême impose à d?autres, l?ouverture nécessaire pour que tous puissent sentir que cette étape nouvelle n?est pas dans un sens seulement. Dans ce contexte, le premier interpellé est le secteur privé. »
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