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Bhanesha l?ambitieuse
Malgré son maquillage, Bhanesha Beekarry ne parvient pas à atténuer son air juvénile. Mais cette jolie jeune femme de 24 ans, d?apparence fragile est comme le roseau. Elle plie mais ne rompt pas et s?étonne même que rien ne lui fasse peur.
Bhanesha est Marketing and Commercial Development Executive chez Halo Info. Elle étudie aussi pour décrocher un Post Graduate Diploma en marketing du Chartered Institute of Marketing. Parmi ses priorités personnelles figure la diffusion du parler anglais par la English for the New Generation Society (ENG Society).
«J?ai quelques idées par rapport à la promotion du parler anglais car je considère que n?importe qui et quel que soit son niveau d?éducation peut le parler couramment. Il n?y a pas d?obstacles à cela, si ce n?est dans la tête des gens. Mais il est trop tôt pour en parler car l?exécutif de la ENG Society vient juste d?être remanié. En ce qui me concerne, je veux prendre des cours en e-business et étudier pour obtenir mon Master?s en marketing. Je me vois faire tout cela rapidement car dans deux ans, je veux être Marketing Manager.»
«Quand je veux quelque chose, je l?obtiens de toutes les façons. Cela dit, je ne suis pas prête à passer sur le corps de quelqu?un. Autrefois, je n?avais pas vraiment les notions de bien et de mal. Aujourd?hui c?est différent. Demain quand je serai on top, et je sais que je le serai, je pourrai me dire que j?ai réussi sans faire de tort à quiconque.» Le tempérament fougueux de la jeune femme l?a parfois desservie dans le passé. Au collège Bon et Perpétuel Secours (BPS) elle était perçue comme une rebelle. Ainsi, alors que les élèves sont autorisées à porter des boucles d?oreilles discrètes, Bhanesha s?affiche avec un modèle voyant. Et quand elle se fait épingler, elle ment avec aplomb et finit collée le samedi. Attirée par les langues mais pas par les mathématiques, elle va jusqu?à fausser ses notes pour éviter le courroux de ses parents. L?embêtant est qu?en restituant son bulletin à la direction, elle oublie d?enlever le papier auto-collant blanc qui a servi à la falsification?
BONNE ORATRICE
La sagesse arrive avec l?âge. Et puis la direction de son école est indulgente étant donné ses excellentes notes en français, en anglais et en biologie, les matières choisies en Form VI. Son amour pour l?anglais se forge lors de sa participation au débat de la Mauritius Society for the Prevention of Cruelty to Animals où elle s?inscrit par hasard. Elle y participe en tant qu?élève du BPS et ce collège remporte la finale. Bhanesha se voit attribuer le prix de Best Speaker et prend vraiment conscience de son potentiel.
Son Higher School Certificate obtenu, elle cherche du travail et commence par s?initier aux rudiments du marketing chez MC Vision où elle reste six mois. Puis elle passe un an chez Emtel. Lassée qu?on lui dicte une méthodologie de travail alors que dans sa tête, seul compte le résultat, Bhanesha claque la porte et entre au Mauritius Research Council où elle fait un peu d?administration et de réception pendant deux ans, le temps d?économiser pour pouvoir se payer des études de marketing.
Son engagement en faveur de l?anglais remonte à deux ans. Au départ, elle tombe sur un communiqué de presse de la ENG Society qui propose des cours d?anglais courant gratuits. Comme elle a perdu contact avec cette langue depuis l?école, c?est pour elle un moyen de renouer, quitte à sacrifier ses dimanches pendant trois mois. Son niveau d?anglais étant encore bon, Mahen Soopaul, fondateur de la ENG Society, la place dans le groupe intermédiaire. «Ces cours m?ont permis de vaincre ma retenue car nous avons été placés dans des situations du quotidien. Et puis, avec mon caractère, je n?ai pas peur de faire des fautes, ni des critiques, du moment qu?elles me permettent de m?améliorer et d?être sur la bonne voie.»
A la fin du cours, la jeune femme suggère à la ENG Society d?organiser une soirée de levée de fonds pour s?autofinancer. L?idée est retenue et exploitée en novembre dernier pour Halloween. Mahen Soopaul propose alors à Banesha d?en devenir membre. Elle accepte cette responsabilité, et alors que Mahen Soopaul part faire des études supérieures voilà quelques mois, Bhanesha intègre l?exécutif.
Actuellement les cours sont animés par Iqbal Jamiath, Language Engineer. Les réunions de la ENG Society ont lieu deux fois par mois au moins chez Halo Info à Les Salines, mais la direction est en quête d?un local. A ce jour, plus de 2 000 personnes ont suivi ces cours destinés à monsieur Tout-le-monde.
Bhanesha n?a pas encore enseigné mais elle s?est documentée sur le profil des participants dont une bonne partie n?a été scolarisée que jusqu?en standard VI. «C?est extraordinaire de voir l?intérêt que ces cours suscitent. Nos participants sont de tous âges. Je pense à un monsieur de Rose-Hill âgé de 77 ans et qui, pendant trois mois, s?est déplacé jusqu?à Roche-Bois pour suivre les cours. Une bonne partie des élèves n?a étudié que jusqu?au CPE alors que d?autres sont analphabètes. Mais au bout de trois mois, les premiers arrivent à parler l?anglais à 80 % et les autres finissent par assimiler des mots. On est encore loin de l?aisance avec la langue mais ils se débrouillent. Beaucoup de professionnels ont également suivi notre cours.»
A ses yeux, c?est la peur qui paralyse les gens et les empêche de s?exprimer en anglais. «Je trouve qu?on s?est trop cantonné dans l?anglais des affaires, bref, à l?élite. Si quelqu?un ose parler anglais dans la vie courante, on dira de lui que «li pé déclaré.» Une dame qui a suivi nos cours a raconté que pendant des semaines, elle a tenté de joindre un directeur de compagnie par téléphone mais qu?à tous les coups, la secrétaire faisait obstruction. Quand elle a demandé après ce Monsieur en anglais, la secrétaire le lui a immédiatement passé. Il faut cesser de penser que parler créole ou français est normal mais pas l?anglais.»
Bhanesha considère que n?importe qui peut apprendre l?anglais. «Sans faire du marketing pour l?ENG Society, je peux affirmer que ces cours permettent aussi d?affermir sa personnalité.»
La jeune femme s?intéresse aussi à la politique. «Il y a quelques années, une femme, Vidula Nababsing, avait aussi l?étoffe d?un Premier ministre. La société ne l?a pas acceptée, à tort. Je crois que les femmes sont très capables et qu?elles peuvent faire mieux que les hommes. Il faut des visages neufs et du sang neuf en politique.» A bon entendeur?
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