Publicité

?Nous recherchons des promoteurs qui ont des projets sérieux?

30 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pourriez-vous nous expliquer l?idée derrière le NEF ?

Le gouvernement a, lors de la présentation du Budget 2002-2003, annoncé la mise en place d?un equity fund dont le but était de rehausser le niveau de l?investissement privé et les possibilités d?emploi dans l?économie. Le NEF, avec un capital de Rs 1 milliard, découle de cette initiative. La Banque de développement (BDM), avec une contribution de Rs 750 millions, et la State Investment Corporation (SIC), avec une contribution de Rs 205 millions sont les deux actionnaires de ce fonds.

Nous participons sous forme d?equity finance essentiellement au capital des entreprises. Quand nous investissons dans une société, nous restons un actionnaire minoritaire. Notre participation ne dépassera jamais 40 % du capital propre de la compagnie.

Comment expliquer le retard dans la mise en place du NEF ?

Il faut savoir que le concept de private equity fund est relativement nouveau à Maurice. C?est un travail très complexe qui prend du temps. La SIC et la BDM se sont penchées sur le projet pendant plus de huit mois. Il fallait aussi que la Financial Services Commission (FSC) donne son assentiment à la mise en opération du fonds. De notre point de vue, les choses se sont passées normalement. Nous ne pensons pas qu?il y a eu de retard.

Le ?private equity fund? n?est pas si nouveau que ça à Maurice?

Certes, il y a d?autres fonds de capital-risque, tel le Mauritius Venture Capital Fund. Dans le cas du National Equity Fund, nous avons aussi pour mission de stimuler le développement et la croissance au niveau national. Le fonds a été créé avec pour objectif d?encadrer et même de lancer de nouveaux moteurs de croissance telles les technologies de l?information et des communications, la biotechnologie et les filatures. Nous essayerons d?avoir un portefeuille aussi diversifié que possible.

Justement, quel est le profil type de votre client ?

Nous recherchons des promoteurs qui ont des projets sérieux et qui sont à la recherche de financements. Il est primordial que l?entrepreneur nous explique clairement comment il compte utiliser les capitaux que nous mettons à sa disposition. Nous devons être convaincus de la viabilité financière de son projet. Nous pouvons financer des entreprises naissantes de même que celles qui sont déjà en croissance à partir du moment où l?entrepreneur satisfait nos conditions.

Outre les considérations strictement financières et commerciales, nous accordons beaucoup d?attention à l?attitude du promoteur par rapport à son projet. Nous allons certainement faire une évaluation de son expérience, de sa crédibilité, nous allons vérifier son track record et ses références.

Notre financement peut se situer à tous les niveaux (injection initiale, second round finance?). Nous n?avons pas de préférence sur ce plan. Le business plan du promoteur doit justifier les risques que nous sommes disposés à prendre.

Le NEF a été présenté par le gouvernement comme une des mesures fortes pour sauver la zone franche. Souscrivez-vous à cette préoccupation ?

Nous ne sommes pas là simplement pour refinancer les dettes. Cela dit, le refinancement des dettes des entreprises de la zone franche peut nous intéresser si cela fait partie d?un plan de restructuration plus global. Nous ne disons pas que nous n?allons investir que dans les sociétés qui sont en bonne santé. Si nous constatons qu?en refinançant les dettes d?une entreprise, celle-ci a toutes les chances de retrouver une profitabilité, nous allons jouer le jeu.

Nous n?aidons pas les sociétés en difficulté en mettant à leur disposition des financements faciles. Cela pourrait même accentuer leurs problèmes. Nous sommes là pour les aider à grandir et à atteindre un seuil de croissance raisonnable.

Les fonds de capital-risque apportent généralement du ?hands-on management? en plus des financements aux entreprises dans lesquelles ils investissent. Disposez-vous des compétences nécessaires à cet effet ?

Nous n?allons pas offrir du hands-on management. Nous ne pensons pas, d?ailleurs, que cela soit nécessaire. Si nous exigeons un siège au conseil d?administration d?une société, c?est pour participer aux décisions stratégiques et non pour nous engager dans les opérations journalières de l?entreprise. Ce n?est tout simplement pas notre métier.

Comment va s?effectuer votre désinvestissement dans les ?investee companies? ?

Nous allons rester dans les compagnies pour une période allant de cinq à sept ans. L?exit route est discutée au préalable avec le promoteur. Les principaux actionnaires existants ont certainement préséance pour acquérir nos actions quand nos investissements arrivent à échéance.

Cela rassure les promoteurs de la compagnie. Ils sont sûrs que nous n?allons pas vendre les actions à ceux qu?ils ne connaissent pas ou à ceux avec qui ils ne veulent pas travailler. Le NEF apporte un financement flexible qui tient compte des exigences de l?entrepreneur.

Nous quittons la compagnie quand nous estimons que celle-ci a réalisé son potentiel de croissance. Nous ne sortons pas uniquement parce qu?il faut sortir.

Le coût que les prestataires de capital-risque exigent pour leurs capitaux est généralement élevé?

Les retours que nous exigeons correspondent aux risques que nous encourons quand nous investissons notre argent dans un projet. La structure du financement fait l?objet de discussions entre le NEF et le promoteur. La formule de participation inclut, outre des capitaux propres, des dettes, du quasi equity, et des convertibles. La structure du financement est sujette à l?acceptation du client.

Notre but est de participer à la croissance de l?entreprise. En même temps, nous devons aussi faire de sorte que notre sortie de ces sociétés se fasse de manière suffisamment aisée.

Le NEF a une vie de dix ans. De manière générale, nous allons investir dans les entreprises pendant les cinq premières années. Durant la deuxième période, la priorité sera de réaliser les investissements.

Ce n?est qu?au moment de la vente des actions que nous allons vraiment pouvoir réaliser nos investissements. Entre-temps, nous allons pouvoir bénéficier d?un income stream constitué de dividendes et d?intérêts dépendant de la structure de financement.

Le gouvernement impute de grandes ambitions au NEF. Un fonds de Rs 1 milliard peut paraître insuffisant par rapport aux exigences?

Il faut d?abord bien comprendre les conditions d?accès à nos financements.

Nous évoluons à l?intérieur des paramètres d?investissement que sont les Investment Policy and Operating Guidelines et qui ont été approuvés par le conseil d?administration. On doit respecter les critères établis. Toutes les demandes sont sujettes à des exercices d?évaluation appropriés. Cela prend le temps qu?il faut. Il y a un due diligence des clients à entreprendre. Nous pouvons nous retirer d?un projet à tout moment. Il ne suffit pas de faire une demande et d?obtenir les fonds.

Nous exigeons, d?autre part, que les promoteurs apportent une contribution substantielle en termes de ressources financières. Sa part de contribution va démontrer son engagement vis-à-vis de son projet. Nous serons plus rassurés si la contribution du promoteur est conséquente. Nous sommes là pour partager les risques, mais aussi des rewards.

Ne subissez-vous pas de pressions politiques dans la mesure où le NEF est avant tout une initiative gouvernementale ?

Il serait naïf de penser que nous ne travaillons pas sous certaines contraintes. Mais notre principale préoccupation est de pouvoir opérer en conformité avec nos critères d?investissement.

N?y a-t-il pas le danger qu?un entrepreneur ne se serve du support du NEF que pour rehausser son standing vis-à-vis des autres bailleurs de fonds?

Nous n?allons pas investir dans un projet si nous estimons que l?entrepreneur n?a pas besoin de notre projet. Toutefois, si nous constatons que notre argent est en sécurité, nous pourrons tout de même envisager un investissement.

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

Si nous exigeons un siège au conseil d?administration d?une société, c?est pour participer aux décisions stratégiques et non pour nous engager dans les opérations journalières de l?entreprise. Ce n?est tout simplement pas notre métier.?

Publicité