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La folle journée de Bérenger
C?est une journée qui a écrit une page de l?histoire du pays. Pourtant, le principal concerné, Paul Bérenger a voulu la vivre comme toutes les journées ordinaires qu?il passe à son bureau du ministère des Finances. Sans aucune déclaration à la presse. Une routine que seul son fils Paul Emmanuel brisera vers midi.
5 h 30. Paul Bérenger se réveille comme à l?accoutumée à son domicile de River Walk. Deux policiers armés veillent en permanence sur la résidence. Il fait sa toilette en attendant d?examiner les journaux qui lui seront livrés vers 7 h30 par un policier. ?Il est abonné à tous les journaux du matin. Il les lit tous avant 8 heures?, nous explique un garde du corps affecté à la protection rapprochée de Paul Bérenger depuis une dizaine d?années.
Après les journaux, c?est un énorme bouquet de fleurs offert par la Compagnie mauricienne de textile que l?on réceptionnera à River Walk. La routine se poursuit avec l?arrivée du jardinier Mamood Kader Caudabaccus, du marchand de pain qui livre ?ces deux dipains-maison et deux baguettes habituels?, puis de la bonne Ringa.
Entre-temps, une petite foule de journalistes se masse à l?entrée. Nul ne veut bouger. Pourtant les gardes du corps leur ont affirmé que Paul Bérenger ne reçoit ni journaliste ni mandant chez lui.
Tous, journalistes de RFO, de la MBC, des radios privées et de la presse écrite n?en démordent pas. Ils sont persuadés, qu?en ce jour spécial, Bérenger se départira de ses habitudes et les recevra.
C?était mal connaître l?homme. Quand celui-ci sort, à 9 heures précises, il ne fera qu?une seule concession. A la demande de son garde du corps, Bérenger fera quelques pas dans sa cour avant de monter dans sa voiture. Juste le temps qu?il faut pour les cameramen et photographes présents de le fixer sur pellicule.
La presse découvre alors un Paul Bérenger un peu crispé, le visage rougi. Ce qui rend sa moustache et ses cheveux encore plus blancs. Il porte un nouveau costume, couleur bleu nuit, taillé sur mesure par Karl Kaiser, il y a de cela deux semaines. Vite, il s?engouffre dans sa BMW après avoir salué les journalistes des mains.
En moins de vingt minutes, il est à son bureau du ministère des Finances. Là aussi, il ne dérogera pas à sa routine de travail.
9 h 20. Il reçoit un premier groupe de conseillers pour évoquer avec eux les questions du jour. Parmi ces conseillers : Marie-Josée de Robillard, Ishack Hasgarally, Deotam Santokee, Ravin Lochun et Dharma Mootien.
C?est la passation des pouvoirs qui est au centre des discussions, notamment le serment et le protocole. La réunion est vite expédiée. Mais ceux qui y ont assisté ne s?y trompent pas : ce n?est pas le Paul Bérenger de tous les jours.
Deuxième réunion. Bérenger reçoit ses techniciens, des fonctionnaires et ses conseillers spéciaux, Jean Mée Desvaux et Ké Wé Cheung. Ces derniers sont rejoints par les économistes Radhakrishna Chellapermal et Vishnu Basant, le secrétaire financier Ayub Hussein Nakuda, le directeur des politiques fiscales Patrick Yip Wan Wing, le directeur du budget Krishnanand Guptar et le secrétaire permanent Prem Kumar Beeharry.
Aucune information ne transpirera de la réunion. Paul Bérenger quitte ensuite son bureau pour rejoindre le groupe parlementaire Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien au bâtiment du Trésor.
De retour, il se plongera dans ses dossiers en attendant l?arrivée de son épouse, Arline, et de son fils Emmanuel. C?est en leur compagnie qu?il se rend, vers 11 h 25, au Parlement où Sir Anerood Jugnauth va prononcer son discours de démission.
Les photographes découvrent un autre Paul Bérenger. Si l?homme se refuse à toute déclaration, il se prête volontiers aux caprices des cameramen et photographes.
C?est dans un silence religieux que Paul Bérenger suit le discours de Sir Anerood. Il regagne ensuite son bureau avec son épouse, qu?il tient la plupart du temps par la taille, et son fils.
Les gardes du corps et le personnel des Finances sont persuadés que Paul Bérenger déjeunera, comme d?habitude, à son bureau. ?En principe, il ne mange pas grand-chose. Souvent, tout est préparé par le planton : des fruits et du yaourt?, nous confie un de ses gardes du corps.
Tête-à-tête père-fils
Hier, cependant, à la demande de son fils Emmanuel, tous trois déjeuneront au Domaine Les Pailles.
A 12 h 20, ils arrivent au restaurant Indra. Père et fils regagneront le bureau du ministère des Finances vers 13 h 35.
Ils auront un long tête-à-tête jusqu?au retour d?Arline vers 15 h 30.
15 h 55. Paul Bérenger quitte son bureau des Finances en compagnie de sa femme. Leur voiture, une BMW, quitte l?enceinte de la Government House par la porte située en face de l?immeuble du groupe Swan. Le véhicule s?arrête une centaine de mètres plus loin, à la Place d?Armes où Paul Bérenger est accueilli par une garde d?honneur et une foule de militants qu?il salue des mains.
Malgré les pétarades, les cris, il ne prendra aucun bain de foule. Ni à son arrivée sur la place, ni lors de la revue de la garde d?honneur après sa prestation de serment comme Premier ministre, ni à son départ de la Government House après le cocktail. Il se contentera de saluer de la main. Il confiera cependant à l?express que ?c?est une foule formidable et qu?il est très ému.?
S?il n?a pris aucun bain de foule, il se fera toutefois un devoir de rencontrer pratiquement tous les 500 invités, une foule compacte répartie entre trois salles.
Au cocktail, il se contentera de deux verres de whisky. L?important, pour lui, c?était de rencontrer et de se faire photographier avec les membres de sa famille, les militants de la première heure, les fidèles, les techniciens du gouvernement, et les membres du secteur privé. Comme cela est de coutume chez les militants, il appellera à haute voix ceux qu?il reconnaît et qu?il n?a pas rencontré de longue date.
Aux hommes qui lui font la bise, il recommandera ?de bien se raser la prochaine fois qu?ils envisagent de recommencer.?
Parmi les nombreux diplomates qu?il saluera, David Snoxell. Le haut-commissaire britannique remet à Bérenger, juste après la photo traditionnelle avec les membres du gouvernement, une lettre de félicitations du Premier ministre britannique Tony Blair. Ce qui a énormément plu à Bérenger qui fera remarquer à un autre diplomate que c?est bien la première fois que Tony Blair félicite un Premier ministre le jour même de sa nomination.18 h 10. Après le cocktail, Paul Bérenger et sa femme rentrent sagement chez eux à River Walk.
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