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Contradiction

29 septembre 2003, 20:00

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La décision de l?opposition de boycotter la séance parlementaire de ce matin entache la qualité de notre démocratie. Si notre nation avait réellement atteint cette maturité qu?on lui attribue parfois, il aurait été possible à nos hommes politiques de s?élever au-dessus des considérations politiciennes à certaines occasions. Or, alors que l?on franchit une nouvelle étape dans la marche de l?histoire et que le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, fera ses adieux au Parlement, les sièges de l?opposition y seront vides ce matin.

Cette ineptie des travaillistes pourrait bien porter à rire. On aurait pu passer dessus en se disant que le leader de l?opposition ne fait qu?une nouvelle démonstration de son impéritie. Mais on aura tort d?en rire, cette fois, car l?enjeu est important. La passation de pouvoirs est un moment important de la vie nationale.

Effectuer un ?walk-out? de l?hémicycle pour des raisons plus ou moins banales, c?est assurer le spectacle. Cela fait partie du jeu politique. En revanche, le boycott du Parlement, au moment où sera prononcée l?allocution testament d?un dirigeant qui a servi comme Premier ministre pendant 16 ans est une attaque contre le symbole même de notre démocratie.

L?antagonisme entre le Premier ministre sortant et son prédécesseur est sans doute profond. Cela relève de leur tempérament et de leurs convictions respectives. Pour autant, ces divergences ne peuvent justifier une action qui est de nature à provoquer le dérèglement de notre système démocratique. Quand des différends partisans sont susceptibles de conduire les uns et les autres à montrer si peu d?égards envers une instance nationale, on peut se demander si le principe des concertations inscrites dans la Constitution entre le Premier ministre et le leader de l?opposition sera respecté.

A l?origine de cette sombre affaire de boycott se trouve une déclaration de Sir Anerood Jugnauth selon laquelle Sir Seewoosagur Ramgoolam a accompli ?boukou bon kitsoz? mais qu?il a manqué de vision sur le plan économique. Les louanges se réfèrent aux effets positifs de l?Etat providence mis en place sous SSR. Les critiques se rapportent à l?état de ruine dans lequel se trouvait l?économie au moment où les travaillistes perdaient le pouvoir en 1982. Ces propos de Sir Anerood Jugnauth ne sont pas nouveaux. Ils traduisent une pensée qu?il a souvent exprimée en public et avec moins de ménagement.

La montée en épingle d?un commentaire connu, répété à plusieurs reprises, et inoffensif comparé aux outrances verbales habituelles de Sir Anerood Jugnauth, est suspecte. Peut-être faut-il en chercher l?explication dans le contexte politique actuel. Il y aura, dans moins de trois mois, une partielle décisive qui aura lieu à Rivière- du-Rempart, le bastion de Sir Anerood Jugnauth. L?issue de ce scrutin dépendra dans une large mesure de l?influence et du prestige que l?ex-leader du MSM conserve. Cela peut être une raison suffisante pour que l?artillerie de l?opposition soit braquée sur lui et pas sur Paul Bérenger. Du reste, ce dernier connaîtra pendant quelques mois une période de grâce et sera moins vulnérable.

Le PTr assistera en tout cas à la prestation de serment de Paul Bérenger. Ainsi, tout n?est pas perdu, l?opposition n?adopte pas une attitude totalement hostile. Elle fait les choses à demi, en assurant une présence à l?événement de l?après-midi mais pas à celui qui l?aura provoqué. Le PTr n?est pas à une contradiction près.

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