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Anarchie à la prison centrale : Brojmohun forcé de partir

29 septembre 2003, 20:00

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Les récentes tensions dans le milieu carcéral ont eu raison du commissaire des prisons, Ramakrishna Brojmohun qui part en congé pré-retraite. Un comité d?urgence réuni hier pour faire le point sur la situation en a ainsi décidé. Cette mesure a immédiatement pris effet alors que dans la matinée d?hier, des prisonniers ont une fois de plus exprimé leur colère en résistant aux gardes-chiourmes. La situation est retournée à la normale dès le soir.

Jensing Shibdoyal succède à Ramakrishna Brojmohun. Il sera épaulé par l?assistant commissaire des prisons, Jacques Henri. Le comité qui a réuni, le Security Advisor au bureau du Premier ministre, le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, et l?assistant commissaire de police, Dass Joganah, projette de restructurer totalement le milieu carcéral.

Il s?agit de ?procéder à un changement dans l?affectation de certains hauts gradés du département des prisons?, explique-t-on du côté du bureau du Premier ministre. Les autorités soulignent aussi que l?ACP Dass Joganah continuera à apporter son soutien pour améliorer la situation dans les prisons.

Prisonniers sidéens

Il semble que les divergences de points de vue entre Dass Joganah et Ramakrishna Brojmohun aient retardé les réformes à la prison. Dass Joganah avait soumis un rapport sur la situation dans les prisons mais sa mise en application butait sur les différends entre les deux hommes. ?Ils avaient une approche diamétralement opposée sur la gestion des prisons. Brojmohun prônait des actions ponctuelles alors que Dass Joganah cherchait des solutions sur le moyen et long termes?, indique une source proche du bureau du Premier ministre.

La mutinerie qui a fait plusieurs blessés à la prison centrale de Beau-Bassin, vendredi dernier, a été la goutte d?eau qui a fait déborder le vase. D?autant que la tension était assez fréquente depuis plusieurs semaines à Beau-Bassin avec les prisonniers sidéens qui devenaient de plus en plus exigeants. D?où les mesures ?drastiques? d?hier après-midi pour assainir rapidement la situation.

Hier matin, plus 7 00 prisonniers ont refusé d?accomplir leurs tâches quotidiennes. Se sentant dans l?insécurité, ils ont commencé à proférer des menaces envers les gardes-chiourmes. La Special Supporting Unit était sur place et des dispositions fermes ont été prises dans l?après-midi pour que le retour des prisonniers dans leurs cellules se fasse sans anicroche.

Les parents des prisonniers n?ont pas non plus manqué de protester hier. Ils allèguent que leurs enfants ont été malmenés, vendredi dernier. Eden François, le père de Wendy Lafleur, celui qui a été blessé à la tête lors des incidents à la prison, a consigné une déposition au Central Criminal Investigation Department (CCID), hier. Il était accompagné de ses hommes de loi, Mes Satish Faugoo et Siv Pottaya.

?Il a demandé qu?une enquête soit ouverte pour connaître les vrais circonstances de cette mutinerie qui a mis son fils dans état très critique?, soutient Satish Faugoo. Eden François compte également alerter la commission des droits de l?homme.

Admis aux soins intensifs de l?hôpital Nehru, samedi, Wendy Lafleur est toujours inconscient. Son état ne s?est guère amélioré et est jugé très grave. ? Nous allons aussi entamer des démarches pour que Wendy Lafleur soit examiné par un médecin du privé ?, soutient Me Pottaya.

Les deux hommes de loi ont aussi rendu visite à deux autres prisonniers. Ces derniers soutiennent avoir été brutalisés lors des incidents de vendredi. L?administration du pénitencier de Beau- Bassin a de son côté ouvert une enquête.

Au total, quatre détenus de la prison centrale ont été admis d?urgence à l?hôpital de Rose-belle après les incidents à la prison. Deux d?entre eux ont regagné leur cellule alors qu?un autre, Steeve Foo Souye Chan, est toujours dans le ?detainees ward? pour le traitement d?une fracture à l?avant-bras. Son homme de loi, Me Jean Claude Bibi et ses proches, consignent une déposition à la police et à la commission des droits de l?homme aujourd?hui.

L?hôpital Nehru était sous forte présence policière pendant toute la journée hier. Surtout à l?heure des visites dans l?après-midi. L?extérieur comme l?intérieur de l?hôpital regorgeait de policiers. Ce qui n?a pas manqué de mettre le personnel médical et para-médical mal à l?aise. Des infirmiers et des médecins témoignent que la tension était palpable.

Après l?heure des visites, dimanche dernier, une trentaine de personnes, ont fait irruption dans les soins intensifs. Présente, la SSU était prête à intervenir. Mais les autorités médicales ont préféré ne pas réagir brutalement pour ne pas envenimer la situation. D?autant plus que depuis samedi, les proches de Wendy Lafleur expriment avec véhémence leur mécontentement, l?accès à l?hôpital leur ayant été interdit.

Plusieurs parents souhaitent protester contre le mauvais traitement de l?administration pénitentiaire. Certains ont même demandé à la Me Jean-Claude Bibi d?effectuer une visite à la prison hier.

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