Publicité
Geeta Mohit-Pusun, peintre des mouvements de la vie
Par
Partager cet article
Geeta Mohit-Pusun, peintre des mouvements de la vie
La Maison de l?Alliance française de Bell-Village accueille du 2 au 17 octo-bre 2003 une trentaine de toiles et de peintures de Geeta Mohit-Pusun. La première exposition en solo de cette fougueuse artiste constitue une date charnière entre une carrière pédagogique au service des Beaux-Arts et de la créativité artistique déjà impressionnante et une volonté plus grande de partager la vision artistique de la Vie environnante qui l?étreint et tressaille en elle.
La gageure apparaît insoutenable de prime abord tant notre artiste place haut la barre qu?elle veut franchir.
Il faut dire que Geeta Mohit Pusun n?entend pas nager dans les eaux paisibles et sans danger de la piscine de l?art figuratif, si riche en cartes postales bien léchées. C?est la Vie qui l?intéresse, pleinement, exclusivement. Ainsi, une expressive Cascade de Rochester restera sagement accrochée à ses cimaises personnelles par crainte de détourner le regard du public de sa volonté de peindre de façon abstraite la Vie en mouvement et en ébullition. Pas de place donc pour aucune déviation figurative, si belle puisse-t-elle être.
À admirer certaines de ses toiles, on pense, peut-être à tort, à Pierre Argo et à Jeanne Gerval-Arouff. Chez elle, comme chez ses deux illustres devanciers, tout part d?un mouvement trop longtemps retenu. Un mouvement qui prend naissance des semaines, des mois, des années, avant la décision d?accoucher sur toile un trop plein d?émotions artistiques, si longtemps contenu. Parfois la mémoire vive, sur laquelle se greffe d?une façon indélébile ses découvertes et autres inspirations, est seule mise à contribution. D?autres fois, l?artiste feuillette inlassablement ses différents carnets de croquis, dans lesquels elle couche sur le vif ses émotions artistiques même les plus passagères, jusqu?au moment des retrouvailles avec l?émotion originelle, l?inspiration initiale.
Tout part donc de ce trait rageur de délivrance. À partir de là, l?artiste greffe les autres formes, les autres couleurs, susceptibles, selon elle, de donner de la chair, de la force, du dynamisme, de l?énergie à l?acte de naissance sur la toile. D?où le caractère explosif des ?uvres de notre artiste que l?encadrement parvient difficilement à contenir. Bien malgré soi, on se surprend à poursuivre et à prolonger le mouvement commencé par elle, à partager sa vision dynamique d?un monde de plus en plus remuant et qui ne cesse de nous assaillir de son omniprésence et de sa force d?invasion. Ici, notre peintre veut traduire la vitesse, l?effervescence, la libéralisation des ondes de communication, l?ascension de toutes choses et leur élévation infinie, la fusion des mouvements aériens et maritimes. Ailleurs, elle se veut davantage observatrice de l?éventail des ramures du ravenale, d?un coucher de soleil, d?un lever de clair de lune, d?une fleur-soleil, d?une Fournaise volcanique en éruption, mais c?est pour mieux s?imprégner et s?approprier du mouvement interne, incessant, lent ou bouillonnant, des changements imperceptibles ou continuels que les choses portent en elles parce qu?elles sont participation à une Vie qui, à l?instar de la bicyclette, perd l?équilibre et chute dès que la vitesse initiale tombe à un stade dangereux de ralentissement. La peinture de Geeta Mohit-Pusun est essentiellement le coup de fouet ressuscitant les morts. D?où son intérêt pour l?Action Painting.
Ce dompteur de tous les fauves bondissants de nos vies quotidiennes compte à son actif quatre années (1995-98) d?études universitaires à la Sorbonne (Paris I).
Elle en sort avec une licence en arts plastiques. L?Institut de pédagogie lui avait précédemment accordé son Teacher?s Diploma en arts visuels. Au MIE, elle fut entre autres l?élève de Mmes Appa, Catherine et de Robin Lord. Son Teacher?s Diploma lui permet de passer du cycle primaire au secondaire au bout de cinq ans d?enseignement. Après plusieurs années au Queen Elizabeth College, elle enseigne l?art aux élèves du Collège d?État de Form VI Gaëtan-Raynal. Elle a suivi respectivement ses études primaires et secondaires à l?école Saint-François-Xavier, rue Périmbé, à Port-Louis, et au Collège Bhujoharry.
Geeta Mohit-Pusun peint indifféremment sur la toile ou sur le papier, dont elle apprécie la souplesse et la douceur. Elle utilise l?acrylique avec ce qu?elle veut d?épaisseur pour que ce matériau réponde adéquatement à son attente. Elle sait lui adjoindre les matériaux complémentaires pour lui imposer la malléabilité voulue.
En ce qui concerne l?utilisation des matériaux disponibles, elle peut en remontrer même à des connaisseurs étrangers. Elle aime aussi se battre avec les formes sculptées, auxquelles elle impose des pensées tourmentantes, obsédantes. Le contraste entre l?aspect plus figuratif de la sculpture et la transfiguration, dont elle la traverse, est alors saisissant. On finit par vouloir savoir ce que pensent ses ?uvres, ce qu?elles ont à nous raconter et à nous apprendre.
Elle aime aussi se battre avec les formes sculptées auxquelles elle impose des pensées tourmentantes, obsédantes
L?exposition de Geeta Mohit-Pusun pose, enfin, et de façon incontournable, la question de la nécessité d?une galerie d?art nationale. Nous connaissons par avance la fausse réponse que ne manquera pas de nous donner le ministère des Arts : « Nous n?avons pas actuellement les centaines de millions de roupies nécessaires pour la construire, dans la région la plus humide et la plus pluvieuse de l?île, afin de devoir dépenser les sommes les plus élevées pour payer l?électricité devant alimenter un éclairage et une climatisation plus conséquents qu?ailleurs. » Triste gouvernement, toujours prompt à dépenser des centaines de millions de roupies en béton et en bitume, mais n?ayant jamais le moindre sou pour acquérir une ?uvre artistique et rémunérer les ressources humaines les plus performantes. Dis-moi où vont tes millions et je te dirai qui tu es !
Nous savons que l?État possède déjà, dans ses innombrables bâtiments, des kilomètres et des kilomètres de panneaux muraux entourant des bureaux, des salles, des couloirs, accessibles ou non au public. Ces murs peuvent recevoir par milliers les ?uvres de nos artistes qu?il pourrait acquérir, à raison d?au moins une par artiste exposant.
Il suffirait que le ministère des Arts tienne un registre complet, informatisé et illustré, pour savoir à tout moment combien d??uvres de tel ou tel artiste possède l?État et où elles se trouvent à tout moment. Ce ministère pourrait mettre en place un système itinérant qui permettrait à un plus grand nombre de fonctionnaires et de particuliers de se familiariser davantage avec les ?uvres qui font partie de la collection nationale. Il peut mettre à la disposition de ceux qui le demandent, gratuitement ou contre paiement, de façon ponctuelle où à plus long terme, certains éléments de sa collection mais en s?entourant des garanties nécessaires.
En supposant que nous ayons actuellement une dizaine de salles d?exposition, organisant une ou deux expositions par mois, qu?une toile est offerte en moyenne à Rs 10 000, cela fait un total d?environ 120 à 240 ?uvres artistiques que l?État pourrait s?offrir chaque année pour environ Rs 2,4 millions. Doublons ce chiffre pour inclure les expositions collectives. Triplons le chiffre pour permettre à l?État d?acquérir des ?uvres plus chères ou plus recherchées. Et posons la question autrement : l?État peut-il allouer quelques millions chaque année à la constitution d?une collection publique d??uvres de nos meilleurs artistes ? A-t-il la volonté politique de le faire ? Il suffirait pourtant de retrancher, chaque année, une limousine de la liste des achats automobiles du gouvernement, pour faire face à une dépense de si grande utilité publique.
Publicité
Publicité
Les plus récents