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IAM la saison de la ténacité
La pensée dominante : «rare sont ceux qui luttent encore dans ce monde en décrépitude.» Caste de privilégiés ou apanage d?observateurs avisés ? IAM est de cette catégorie de citoyens. Plus averti que jamais, le groupe de rap français a sorti son quatrième album après plus de six ans d?absence. Formulé comme un souhait: Revoir un printemps cristallise pour le quotidien Libération, cette volonté de «redonner ses lettres de noblesse au rap, de faire sonner les mots. Si la syntaxe est à faire bondir n?importe quel prof de français, elle en rajoute dans les doubles sens des textes.»
Opinion confirmée par Akhénaton, figure emblématique d?IAM, dans une interview accordée au journal français L?Express. Interrogé sur le mot ?vietnam? qui ponctue l?album, il déclare : «le mental de Viêt-cong qui revient ici et là dans les textes symbolise la persévérance, la ténacité et la résistance culturelle.»
La musique des combattants de la vie
Tenir ferme. Ne pas faiblir même si le monde n?est plus pareil depuis le 11 septembre 2001, le 21 avril (ndlr : date de la réélection du président Chirac) et la guerre en Irak. Ce sont là les échos sombres qui ponctuent Revoir un printemps, sorti en France sous le label EMI, le 16 septembre dernier.
«Cent morceaux d?IAM peuvent être annihilés par un seul reportage alarmiste sur l?insécurité, avec du rap en fond sonore. La télé est plus puissante que la musique. C?est la bombe à neutrons contre la baïonnette.» Un tel rapport de force ne décourage pourtant pas IAM pour qui, il ne fait aucun doute que le rap, bien que vieux de vingt ans, reste la musique des combattants de la vie.
«A un moment, on a cru que le rap français s?en sortirait mieux que le rap américain. Mais non. Il alimente hélas les clichés dans lesquels on l?enferme. Chaque clip a ses filles en string. C?est devenu un médium de masse, avec ses gens cool ou cons, ses racistes, ses policiers, ses donneurs de leçons, ses soi-disant détenteurs de la vérité absolue. Par exemple, IAM a beau avoir vendu son dernier album à un million d?exemplaires, les radios spécialisées ne jouent plus la musique du groupe parce qu?il ne rentre pas dans les formats, paraît-il.»
Une position périlleuse qui n?a pas empêché IAM de faire appel aux talents oratoires de deux rappeurs made in USA : Red Man et Method Man. Leurs vocalises ajoutent à l?impact du premier extrait de Revoir un printemps : Noble Art. Une manière de solutionner le «décalage entre l?âge des membres du groupe (le plus jeune, Freeman, a 31 ans, le plus vieux Imhotep, 43) et celui du public du rap français, rajeuni après les succès de Fonky Family ou Diam?s.»
Composé d?Akhénaton, Shurik?N, Khéops, Imhotep, Freeman et Kephren, IAM a vu le jour en 1989. Il se démarque tout de suite des autres groupes grâce à sa fascination pour l?égyptologie, chaque membre s?étant choisi comme nom de scène une divinité égyptienne.
En 1991, sort leur premier album, De la planète Mars. En 1993, porté par le single Je danse le mia, tiré de leur deuxième album, Ombre et lumière, le groupe se signale à l?attention du grand public. Deux ans plus tard, c?est la consécration. IAM est sacré meilleur groupe de l?année aux Victoires de la Musique. Motivation supplémentaire pour peaufiner L?école du micro d?argent, véritable succès commercial qui se vendra à 1,2 million d?exemplaires.
Depuis, les différents membres ont monté des projets en solo, rencontrant tous, plus ou moins le succès. Selon Libération : «Pour gagner en musicalité, IAM a conservé les mêmes images fortes, des paraboles haut de gamme et des références aussi bien littéraires que populaires qui pourraient redonner espoir à ceux qui n?y croyaient plus.»
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