Publicité
Sucre : les propositions de la Commission européenne examinées
Par
Partager cet article
Sucre : les propositions de la Commission européenne examinées
La Commission européenne a fait connaître ses propositions concernant l?avenir du régime sucrier qui a un impact direct sur le Protocole sucre qui régit les exportations sucrières de Maurice et des pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP).
Les propositions publiées comprennent trois options : le statu quo, la réduction des prix internes et des quotas de production et la libéralisation complète. Dans les trois cas de figure, le prix offert à Maurice et aux ACP s?en retrouvera réduit et les revenus aussi.
La Commission européenne déclare que les propositions rendues publiques hier visent à ouvrir le débat avant de soumettre une proposition formelle aux diverses parties. Les autorités concernées par ce dossier étudient attentivement ces propositions. Une concertation entre le secteur privé et le gouvernement devrait se tenir prochainement.
A la Plantation House, on ne se déclare pas surpris par la teneur des propositions ?conformes à ce à quoi on devait s?attendre?, fait-on comprendre. ?Notre unique souci est de tenter de minimiser autant que possible la baisse du prix du sucre?, commente un responsable.
Selon le premier scénario, le régime sucrier sera prorogé au-delà de juin 2006. Mais ce statu quo implique néanmoins des changements substantiels sur le marché sucrier européen.
Le prix du sucre sera indirectement réduit en raison des engagements pris au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) et qui vise à réduire les tarifs douaniers. Néanmoins le prix du sucre continuera à être garanti à un niveau représentant le triple du cours mondial. Malgré tout, à l?horizon 2010-2015 les ACP perdraient environ Rs 4,5 milliards (150 millions d?euros) de revenus selon une étude publiée par la commission européenne. Maurice représente un tiers des exportations des ACP.
Les autorités mauriciennes préfèrent de loin ce scénario car c?est celui qui préserve le mieux nos intérêts. Certes avec la réduction des tarifs il y aura davantage de compétition de la part des pays les moins avancés (PMA) et ceux des Balkans.
Obtenir un prix plus rémunérateur
La difficulté sera de réguler les exportations de ces derniers pour qu?ils n?inondent pas le marché et fassent chuter le prix. Il faudra les convaincre de restreindre leur production afin de maintenir un prix élevé. Cet argument commence à être compris. Des pays comme le Mozambique et le Soudan ont fait comprendre qu?ils accepteraient de limiter leur production en échange d?un prix plus rémunérateur.
Les investissements dans l?industrie sucrière pour augmenter la capacité de production des PMA ne seront viables que si les prix demeurent intéressants. L?accès au marché européen ne signifie rien si les prix chutent au niveau du cours mondial.
Le deuxième scénario prévoit une réduction des prix qui induira une baisse de la production de sucre en Europe. La baisse des prix découragera les producteurs les moins efficients ainsi que les importations. Sous les régimes préférentiels, les importations seraient assujetties à des quotas tandis que sous l?initiative Everything But Arms (EBA) en faveur des PMA il n?y en a pas. Le prix du sucre sur le marché européen resterait élevé mais sera néanmoins réduit pour s?ajuster à celui des importations non préférentielles. Les ACP perdraient là aussi Rs 4,5 milliards de revenus vers 2010-2015.
Maurice appréhende un tel scénario : une baisse des prix serait malvenue au moment où l?industrie sucrière investit massivement pour se moderniser et améliorer sa compétitivité.
Le troisième scénario implique la libéralisation complète du marché sucrier européen. Il n?y aurait plus de prix de soutien domestique et plus de droits de douane.
Ce serait le pire des scénarii car cela impliquerait une ouverture complète du marché qui ne bénéficiera qu?à un seul pays, le Brésil. Ce scénario signifie la mort de l?industrie sucrière locale.
Les propositions soumises hier par la Commission seront débattues dans les semaines à venir au niveau du Conseil et du Parlement européen avant qu?une proposition formelle ne soit acceptée.
Selon les spécialistes, il est improbable qu?une proposition formelle soit adoptée avant 2005. Le Parlement européen sera renouvelé l?an prochain lors des élections prévues fin 2004. Une fois élu, ce Parlement nommera une nouvelle Commission et c?est elle qui examinera en définitive les propositions concernant le régime sucrier.
On devrait donc être tranquille au moins jusqu?à début 2005. Ce délai permettra également à la Commission européenne de considérer le résultat de la contestation du Brésil, de l?Australie et de la Thaïlande concernant le régime sucrier.
Publicité
Publicité
Les plus récents