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Hoon joue sa survie politique face au juge Hutton

22 septembre 2003, 20:00

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Le très menacé ministre britannique de la Défense, Geoffrey Hoon, et l?ex-conseiller en communication de Downing Street, Alastair Campbell, seront entendus demain par la commission d?enquête chargée de faire la lumière sur la mort du scientifique David Kelly, en ouverture de la dernière semaine d?audiences. Le juge, lord Hutton, qui dirige cette commission d?enquête, les entendra à nouveau au sujet du dossier que le gouvernement britannique avait dévoilé en septembre 2002 pour justifier le recours à la force contre l?Irak, ainsi que sur leur responsabilité éventuelle dans la mort de Kelly, qui avait mis en cause le contenu de dossier.

L?affaire, qui a connu un énorme rententissement dans l?opinion, s?est d?ores et déjà révélée très coûteuse en terme de popularité, à la fois pour le Premier ministre, Tony Blair, et le Parti travailliste, qui a perdu la semaine dernière sa première législative partielle depuis 15 ans.

Le Dr Kelly, spécialiste en armement, s?est suicidé en juillet après avoir été présenté comme la source d?un reportage de la BBC suggérant que le gouvernement avait délibérément forcé le trait au sujet de l?arsenal irakien d?armes de destruction massive (ADM) pour convaincre une opinion majoritairement hostile au recours à la force.

Face au magistrat, les responsables des services de renseignement ont révélé que la mention centrale du dossier, selon laquelle Bagdad était en mesure de déployer des ADM en moins de 45 minutes, ne concernait en fait qu?un arsenal conventionnel à courte portée. Qui plus est, l?information émanait d?une source unique. Si Blair, entendu fin août par lord Hutton, a assuré que son gouvernement n?avait pas ?gonflé? les renseignements au sujet de l?arsenal irakien, une bonne part de l?opinion britannique reste convaincue que son équipe est bel et bien responsable de la mort de Kelly.

Fusible de l?affaire

D?après un sondage réalisé auprès de 2 000 adultes pour le Financial Times par l?institut de recherche Mori, un électeur britannique sur trois estime que le ministre de la Défense devrait présenter sa démission. Un électeur sur cinq juge que Blair devrait en faire de même. Hoon, que la presse britannique présente de plus en plus volontiers comme le ?fusible? de l?affaire, s?est efforcé de minimiser son rôle dans la décision de divulguer le nom de Kelly.

L?enquête a pourtant montré que le ministre de la Défense avait bel et bien assisté à la réunion au cours de laquelle cette décision a été prise. Hoon avait en outre ignoré l?avis de l?un de ses principaux collaborateurs qui lui avait conseillé d?épargner à Kelly un difficile interrogatoire devant une commission parlementaire. Kelly s?est suicidé deux jours après avoir été entendu par la commission des Affaires étrangères des Communes le 15 juillet.

Alastair Campbell, qui a renoncé le mois dernier à ses fonctions de conseiller en communication de Tony Blair après avoir été mis en cause dans l?affaire, a assuré le mois dernier au juge Hutton n?avoir exercé aucune influence quant à la fameuse mention des 45 minutes.

Hier, le magistrat est revenu sur le sujet, faisant valoir le témoignage de John Scarlett, haut responsable des services secrets britanniques, selon lequel Campbell aurait demandé à plusieurs reprises de durcir certaines assertions.

Scarlett lui-même sera à nouveau entendu demain, en compagnie du porte-parole de Tony Blair. Jeudi, ce sera le tour du président de la BBC, Gavyn Davis. Lors de sa première audience, ce dernier avait défendu farouchement le journaliste à l?origine de l?affaire, Andrew Gilligan, spécialiste des questions de défense, tout en promettant de réviser certaines pratiques, notamment en ce qui concerne l?utilisation des sources.

Dominic Evans

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