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L?influence grandissante des grandes ONG anti-OMC

16 septembre 2003, 20:00

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Les pays riches et pauvres ne sont pas parvenus à un accord à Cancun. Les subventions agricoles et d?autres dossiers sensibles ont divisé les deux camps. Les Organisations non gouvernementales puissantes ont contribué à jeter l?huile sur le feu. Pascal Lamy et Jayen Cuttaree constatent les dégâts.

?Non, c?est non ! Rejetez le texte!? Dimanche, à quelques heures de la clôture officielle de la conférence, alors que les négociateurs étaient toujours enfermés dans des green rooms à la recherche d?un compromis, l?Américaine Lori Wallach, de Public Citizen, le Thaïlandais Walden Bello, de Focus on the Global South, et quelques autres activistes ont fait leur dernier baroud d?honneur en lançant cet appel dans l?enceinte du centre de convention.

?Le texte qui est sur la table ne reflète pas le point de vue de la majorité des membres mais seulement celui des pays riches. Il démontre encore une fois le manque de démocratie et de transparence de l?OMC?, ont-ils proclamé au nom des quelque 120 organisations non gouvernementales (ONG) présentes à Cancun. Cet appel, suivi de peu par l?annonce de l?échec des négociations, a vite été transformé en une ?victoire pour la société civile mondiale?, selon la rafale de communiqués de presse distribués dans la foulée.

L?appel avait circulé le matin dans l?hôtel Sierra, quartier général des ONG. C?est là que, en marge des colloques organisés pour dénoncer les dangers d?une libéralisation sans bornes, il était aussi question de stratégies et d?actions pour faire ?dérailler l?OMC?.

Dimanche matin, Martin Khor, responsable de l?important réseau Third World Network (TWN), laissait encore ouverts plusieurs scénarios en faisant le compte rendu des débats de la nuit devant une salle comble. Mais, commentait-il en forme de bilan, ?nous avons bien travaillé. Et je crois que nous avons eu un peu d?influence?.

Dans sa conférence de presse de clôture, le ministre des affaires étrangères brésilien, Celso Amorim, au nom du ?groupe des 21? (G21), a remercié la société civile pour son très grand soutien?. Le 11 septembre, le ministre du commerce du Cambodge, Cham Prasidh, avait publiquement rendu hommage à l?ONG Oxfam pour son étude dénonçant le coût payé par son pays pour rejoindre le club des 146.

Pendant cinq jours, les ONG réunies au sein du réseau mondial ?Notre monde n?est pas à vendre?, ont oeuvré sans relâche, faisant un véritable travail de lobbying auprès des délégations et de la presse.

Consensus explicite

Public Citizen est bien connue pour cela. ?Nous sommes cinq ici, explique Lori Wallach. Deux personnes s?occupent de la coordination avec les autres ONG. Une personne se trouve en ville pour informer ceux qui sont dehors du déroulement des négociations. Une autre reste dans la salle de presse. Quant à moi, je m?occupe des délégations. Je fais ce travail depuis plus de dix ans et j?ai de vrais liens de confiance avec beaucoup d?entre elles. Au fil du temps, les délégués ont vu que nos mises en garde étaient justifiées.?

Public Citizen concentre ses efforts sur le continent américain. Third World Network (TWN) a la haute main sur l?Asie. A Cancun, Martin Khor et son équipe ont été dans la roue des gouvernements malaisien et indien, épluchant avec leurs délégués les projets d?accords successifs. Walden Bello, de Focus on the Global South, a aussi dépêché ses meilleurs spécialistes auprès de la délégation indienne. Aileen Kwa qui, avant la conférence, avait publié à Genève un brûlot qui a déjà fait grand bruit, Pouvoir et pressions à l?OMC, a, de son côté, encouragé les délégués des petits pays à ne pas se laisser intimider. La bataille s?est aussi menée sur le front de la communication.

Chaque matin, face au bulletin quotidien de l?OMC, TWN et le Centre international pour le commerce et le développement durable ont publié leur décryptage des négociations. C?est aussi lors des réunions biquotidiennes de ?Notre monde n?est pas a vendre? qu?ont été décidées les actions qui ont ponctué ces cinq jours : perturbation du discours inaugural du directeur général de l?OMC en brandissant des affichettes Stop WTO, organisation d?une veillée dans le centre de convention après le suicide du paysan sud-coréen Lee Kyang-hae... Il avait été également prévu d?offrir aux délégués des porte-badges, vite confisqués par l?OMC. Dimanche, ils ont réapparu. On pouvait y lire ?Consensus explicite?. Dans le jargon OMC, cela veut dire : il faut l?accord de tous.

Laurence CARAMEL

© 2003 Le Monde News Service

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