Publicité

?Il faut un marché secondaire pour les ?derivatives??

16 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

- Longtemps considérées comme des postes de dépense uniquement, les opérations de trésorerie sont de plus en plus axées vers la recherche de profits. Qu?est-ce que cela implique en termes d?encadrement ?

Les trésoreries jouent aujourd?hui un plus grand rôle au sein des entreprises. Auparavant, elles étaient étroitement associées à la gestion financière. Maintenant les choses sont beaucoup plus complexes. Il faut qu?il y ait la formation et l?expertise nécessaires en vue d?une gestion efficiente des trésoreries.

Cela ouvre la voie à des prestataires ? comme nous-mêmes ? qui ont cette expertise. Nous proposons des conseils, par exemple, sur l?élaboration de politiques, de procédures ainsi que sur la gestion de n?importe quel type de position.

Vous avez ici un marché forex qui est très développé. Il y a aussi un marché pour les instruments monétaires qui est relativement développé. Par contre, il n?y a pas de marché secondaire pour les obligations du gouvernement. Il n?existe pas de marché secondaire pour les derivatives. On prive ainsi les entreprises d?un important moyen de couverture de risques.

- Quelle est la solution ?

Il y a un gros potentiel de développement à Maurice. Cela implique la participation des banques, des entreprises et de la Banque centrale, qui, elle, sera plus à même de jouer le rôle de régulateur. Lors d?un séminaire que j?ai récemment animé à Maurice dans le domaine de la trésorerie, j?ai constaté qu?il existe ici beaucoup de compétences.

Il est cependant difficile de se protéger des risques liés aux mouvements des taux d?intérêts ou des taux de change si vous n?avez pas un marché de derivatives. Nous opérons dans un environnement international très volatile, d?où l?importance d?une bonne gestion des risques.

J?ai aussi remarqué durant le séminaire qu?il y a un grand intérêt pour le développement de ce marché. Les participants s?étaient montrés très intéressés par les besoins des compagnies, par ceux des banques commerciales et par le cadre de supervision qui devra normalement être assuré par la Banque centrale.

- Mais les ?derivatives? ne sont pas nouveaux à Maurice?

Il y a des derivatives qui sont disponibles hors cote. Ce sont des produits taillés sur mesure et qui ne sont pas vraiment liquides. Cela veut dire qu?on ne pourra pas revenir sur des positions déjà prises, ou encore qu?on ne pourra pas vendre le produit à une autre personne.

Les derivatives hors cote sont difficiles à évaluer et à rapporter dans les bilans financiers conformément aux normes comptables internationales. L?International Accounting Standard (IAS) 39 exige que les instruments financiers soient affichés à leurs valeurs de marchés sur les comptes des compagnies.

- Il y a aussi le danger que les ?derivatives? soient utilisés à des fins spéculatives?

Ces produits ont été décrits comme des armes de destruction massive dans les marchés financiers. Il y a, par exemple, des positions importantes qui sont prises sur le marché, mais qui ne sont pas rapportées dans les balance sheets. Les derivatives doivent être utilisés avec beaucoup de prudence. Cela ne veut pas dire que les spéculateurs n?ont pas de rôle à jouer dans le marché de derivatives.

Tout comme c?est le cas pour les autres produits financiers, les spéculateurs peuvent agir de sorte à rendre le marché plus efficient. Mais cela requiert un marché se-condaire bien réglementé. En Afrique du Sud, par exemple, nous avons le South Africa Futures Exchange. Il vous faudra une infrastructure similaire pour échanger ces instruments financiers. Vous ne pourrez pas compter que sur des marchés OTC.

- Quelles sont les principales conditions qui doivent être réunies pour mettre en place un marché secondaire des ?derivatives? ?

Vous devez d?abord commencer par développer les produits. Il faudra peut-être démarrer avec des instruments basiques tels les options et les futures basiques, et qui sont susceptibles de générer un marché liquide. Il faut aussi diversifier l?offre graduellement pour répondre à la demande des institutions qui utilisent ces produits. Il n?y a pas de séquence donnée. Il est toutefois nécessaire d?avoir une infrastructure d?échanges bien structurée pour les différents produits.

La mise en place de cette infrastructure impliquera la participation de tous les acteurs (institutions bancaires, Banque centrale, utilisateurs?). Je ne crois pas qu?un seul participant serait capable de soutenir tous les coûts en question.

Il est très important de bien réglementer l?utilisation des derivatives afin d?éviter que les compagnies ne se retrouvent face à des difficultés. Je pense qu?il appartient à la Banque centrale de jouer ce rôle de régulateur.

- Quelles sont les perspectives d??outsourcing? qui existent dans le domaine des opérations de trésorerie ?

Si les entreprises estiment qu?elles n?ont pas les compétences voulues pour gérer leurs trésoreries, elles peuvent avoir recours à la sous-traitance. Tout va dépendre de ce que les compa-gnies voudront sous-traiter. Certaines vont vouloir sous-traiter toute la fonction trésorerie, tandis que d?autres souhaiteront conserver une partie des opérations.

Il y a une utilisation grandissante des technologies de l?information au sein des trésoreries en raison de la complexité des instruments financiers. Les systèmes informatiques aident à estimer et à rapporter les instruments à leurs valeurs de marché. Dans la mesure où ces systèmes sont coûteux et peu conviviaux, il y a des opportunités de sous-traitance pour des prestataires spécialisés.

- Quelle est la place des instruments ?derivatives? dans un programme de gestion de risques ?

Les entreprises doivent d?abord identifier les risques spécifiques auxquels elles sont les plus exposées. Leur degré d?exposition aux différents types de risques (risques opérationnels, risques de liquidité, risques de crédit, trading risks, risques liés au mouvement des taux d?intérêt ou risques liés au taux de change?).

Les derivatives sont étroitement associés aux trading risks. Cependant, ils ne sont pas les seuls outils de couverture. Il faut pour cela des procédures et des systèmes de contrôle appropriés. Les risques opérationnels, par exemple, ne peuvent être couverts à l?aide des derivatives.

- Les autorités de régulation disposent-elles, selon vous, de l?expertise nécessaire pour superviser des transactions des produits aussi sophistiqués et complexes que sont les ?derivatives? ?

De ce que j?ai pu voir lors du séminaire que j?ai animé récemment, il y a des compétences à Maurice pour ce genre d?activités. De toute façon si elles n?existent pas ici, il faudra faire appel à des compétences de l?étranger. Je note aussi qu?il y a une volonté de développer un marché de derivatives. C?est déjà un très bon signe. Tous les acteurs doivent y participer.

Cela va prendre du temps. Je pense qu?un marché secondaire de titres gouvernementaux verra le jour avant celui des derivatives.

Il est toujours souhaitable de voir quelles sont les meilleures pratiques qui sont en cours dans d?autres pays. J?estime que le modèle sud-africain devrait pouvoir intéresser Maurice.

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

Il est très important de bien réglementer l?utilisation des derivatives afin d?éviter que les compagnies ne se retrouvent face à des difficultés. Je pense qu?il appartient à la Banque centrale de jouer ce rôle de régulateur.

Publicité