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Ben Laden, le vindicatif, refait surface

11 septembre 2003, 20:00

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Paysages de caillasses, forêts de déodars et, sur le difficile sentier de chèvre qui serpente dans la rocaille, Oussama ben Laden et son bras droit, l?Egyptien Ayman el-Zawahri. On les reconnaît facilement, d?autant que la caméra cadre le visage du premier.

A la veille du second anniversaire du 11 septembre, les deux principaux dirigeants d?Al-Qaeda ont brutalement réinvesti les écrans de la chaîne de télévision qatarie Al-Jezira. Etonnante promenade que celle des deux hommes qui font l?objet de la plus grande traque jamais lancée dans l?histoire.

Tels que saisis par la caméra, ils sont visiblement sereins, pas même essoufflés, s?aidant simplement avec de longs bâtons quand ils traversent des passages plus difficiles. Des images tournées en avril ou en mai selon Al-Jezira.

?Frères d?Irak? </B>

Seules les kalachnikovs, bien en évidence, donnent une tonalité un peu guerrière à la séquence télévisée, étonnamment bien filmée, puisqu?elle enchaîne plans et contre-plans. Ben Laden et El-Zawahri sont habillés en parfaits moudjahidin.

Ils portent le pakoul, ce béret en forme de galette des montagnes du Nouristan devenu le symbole de la résistance afghane à l?occupation soviétique. L?un et l?autre sont vêtus du chalwar-kamiz, longue tunique et pantalon bouffant, que l?on porte aussi bien au Pakistan qu?en Afghanistan. Le modèle porté par les deux hommes est cependant plus pakistanais qu?afghan. La scène pourrait avoir été tournée dans les montagnes de l?un ou l?autre de ces deux pays.

Pendant que les deux hommes marchent, une voix monocorde, présentée par la chaîne arabophone qatarie comme celle de Ayman el-Zawahri, n?en finit pas de proférer des menaces de nouveaux attentats ?punitifs? contre les Etats-Unis.

<B> Barbe moins grise

?Avec l?aide de Dieu, nous arracherons les bras de quiconque nous touche; préparez-vous à être punis pour vos crimes ! Nous saluons nos frères moudjahidin d?Irak, leur serrons la main et demandons à Allah de bénir leurs sacrifices et leur courage dans leur combat contre les croisés?, a-t-il ajouté, ce qui indique que la bande a été enregistrée après l?attaque contre Saddam Hussein.

Et encore : ?Dévorez les Américains tout comme les lions dévorent leurs proies. Enterrez-les dans la tombe de l?Irak.?

Ce qui étonne, c?est l?apparente tranquillité des deux hommes, qui ont l?air en bonne santé. Par rapport à la dernière vidéo, Ben Laden semble avoir rajeuni. Sa barbe est moins grise, sa peau moins fripée que sur les cassettes précédentes.

Et, surtout, le bras qu?il portait raide ne l?est plus autant. A chaque gros plan, on s?attend à ce qu?il parle. Mais non ! Et c?est bien ce qui surprend le plus. Mégalomane et orateur charismatique, le Saoudien déchu de sa nationalité ne fait pas entendre sa voix. Dans la bande sonore, qui accompagne le film, une voix qui pourrait être la sienne, glorifie l?attaque du 11 septembre et mentionne cinq des pirates de l?air par leur nom.

Rien ne permet donc de certifier qu?il est toujours vivant, les images et le son pouvant avoir été enregistrés il y a bien longtemps. Dans sa cassette audio, diffusée le 11 février 2003, il appelait les musulmans à soutenir le régime de Saddam Hussein contre l?attaque des Etats-Unis. Les images d?Al-Jezira ne permettent donc pas de conclure qu?il est vivant.

Sans réagir directement, George W. Bush a accusé, lors d?un discours prononcé dans un centre du FBI à Quantico, Al-Qaeda d??ourdir de nouveaux complots? contre les Etats-Unis. ?Les forces du terrorisme à l?échelle mondiale ne peuvent pas être apaisées ou ignorées. On doit les traquer, les débusquer et elles seront vaincues?.

Jean-Pierre PERRIN

mesures antiterroristes

Les Etats-Unis dans l?ère de la paranoïa

Bravant parfois les huées des manifestants, le ministre de la Justice, John Ashcroft a sillonné les Etats-Unis depuis août, allant d?une ville à l?autre, avec pour ambition de calmer la grogne croissante contre sa politique en général et le Patriot Act, loi de renforcement des mesures de sécurité en particulier. Ce road show s?est achevé mardi à New York. Deux ans après le 11 sep. 2001, les Américains ont découvert que les outils antiterroristes dont ils se sont dotés ont sérieusemet érodé leurs libertés publiques.

Voté dans l?urgence quarante-cinq jours après la tragédie du World Trade Center, le Patriot Act autorise par exemple les agents du FBI à opérer des recherches secrètes au domicile de personnes suspectées de terrorisme, à multiplier les écoutes téléphoniques sur la base d?un seul mandat judiciaire, ou encore à consulter les fichiers des bibliothèques, des banques, des universités et même des cabinets médicaux. ?Le gouvernement peut aujourd?hui entrer chez vous, télécharger le contenu de votre ordinateur, fouiller dans vos affaires personnelles, parfois emporter des choses, et ne pas vous dire qu?il vous a rendu visite?, résume-t-on à l?American Civil Liberties Union (Aclu).Face à cette situation, les résistances ont été faibles. Mais elles se renforcent peu à peu.

Plus de 150 communautés, y compris quelques grandes villes et trois Etats, ont voté des résolutions pour dénoncer le Patriot Act. Le Congrès exige un premier bilan concret de son application. Un représentant républicain de l?Idaho a introduit en juillet une proposition pour l?amender, qu?il a réussi à faire voter par la chambre de cet Etat du Nord-Ouest. Face à cette grogne croissante, qui touche tant les milieux progressistes que les conservateurs, John Ashcroft est contraint de défendre son bébé : ?Notre stratégie marche. Nos outils sont efficaces. Nous gagnons la guerre contre le terrorisme?, a-t-il répété pendant sa tournée. Selon un sondage Louis-Harris, l?attorney general chute dans le coeur des Américains : son taux d?opinions favorables est tombé de 65 % en décembre 2001 à 48 % en août 2003. Mais Ashcroft n?en rêve pas moins de muscler encore plus son Patriot Act, qu?il juge ?insuffisant?. Mercredi, Bush a annoncé pour un renforcement de cette loi.

La plupart des Américains ne sentent pas les conséquences de ces mesures. En revanche, les étrangers ou les Américains musulmans ont souvent l?impression qu?ils sont espionnés, voire harcelés. ?On a été cambriolés, entre guillemets, six mois après le 11 septembre, et on ne peut s?empêcher de penser que c?est un travail de professionnel», témoigne Isabelle Lajmi, une Française de la banlieue de Washington, mariée à un Tunisien et mère de trois fils âgés de 18 à 24 ans. Les cambrioleurs n?ont presque rien emporté (un appareil photo et un Discman), ?alors qu?ils ont pris le temps de crocheter soigneusement la porte, de fouiller soigneusement nos papiers et nos vêtements?. Rien ne permet à Isabelle d?être certaine qu?il s?agit d?une visite policière. Mais comme le Patriot Act autorise ce type de visite, rien ne permet non plus de l?exclure. D?où le sentiment désagréable du soupçon permanent.

L?autre grande préoccupation des défenseurs des libertés publiques concerne les fouilles de fichiers et d?ordinateurs dans les entreprises, universités ou centres culturels. L?Association des bibliothécaires américains est entrée en campagne contre le Patriot Act. Sur le terrain, les bibliothécaires résistent comme ils le peuvent. A Skokie, une ville multiethnique au nord de Chicago, la directrice de la bibliothèque publique, Carolyn Anthony, 53 ans, a fait modifier le système informatique pour limiter l?information archivée sur les usagers au strict minimum. Elle a multiplié les écriteaux pour prévenir ses clients que des agents fédéraux peuvent venir secrètement enquêter sur les emprunts de livres. Les excès de la lutte contre le terrorisme vont parfois très loin. Le mois dernier, le Californien Sherman Austin, 20 ans, a été condamné à un an de prison ferme pour ?distribution d?informations relatives à des explosifs, des engins destructeurs et des armes de destruction massive?. Il avait hébergé sur son site anarchiste (raisethefist.com) un tract donnant le mode de fabrication des cocktails Molotov. Il a été arrêté au début de l?année par 25 agents fédéraux équipés d?armes automatiques, qui ont fouillé la maison familiale. Sherman a plaidé coupable : s?il ne l?avait pas fait, il aurait pu être condamné à vingt ans de prison, au terme des nouvelles dispositions antiterroristes.

Pascal RICHE

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