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Vulgarisation du langage

7 septembre 2003, 20:00

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Ecrire sur la culture, c?est d?abord s?adresser à ceux qui s?y intéressent mais aussi y intéresser les autres. Notre seul outil : le langage. Et cela ne nous facilite pas toujours la tâche, parce qu?il y a un jargon culturel à respecter, comme il y a un jargon scientifique en Science. Reste que la culture n?est pas une utopie. Elle peut être accessible à tout le monde parce qu?elle peut être démocratisée. Mais elle n?est pas non plus une vulgaire chose destinée à être descendue dans la rue par n?importe quel moyen. Son partage nécessite quelques règles qui aient rapport avec son outil de propagande, qu?est le langage, qui la modèle avant de la véhiculer.

Ici, le langage ne nous intéresse que dans la mesure où il constitue notre moyen privilégié de diffuser les données culturelles. Reconnaissons d?emblée qu?en transmettant la culture aux autres, le langage assume parallèlement sa propre transmission : le contenu se délivre avec son contenant. Reconnaissons aussi que tout mode de diffusion s?accompagne inévitablement d?une part de pédagogie : en transmettant, on enseigne. Ce qui nous ramène à dire que diffuser la culture, c?est enseigner parallèlement la langue dans laquelle elle est véhiculée.

Si, pour être accessible à tout le monde, la culture doit être démocratisée, c?est-à-dire vulgarisée, le langage doit aussi subir le même sort. Par définition, vulgariser une langue c?est l?adapter de manière à la rendre accessible à un lecteur non spécialisé. Cependant, il ne faut pas que la vulgarisation d?une langue enferme celle-ci dans les limites du sens commun (c?est-à-dire, la manière habituelle de voir les choses). Ce serait négliger l?autre aspect dans l?exercice de la diffusion de la culture qu?est l?enseignement de la langue.

Par ailleurs, on n?est pas sans savoir qu?à force de trop vouloir vulgariser une langue, on finit par la déplumer de sa valeur initiale. Car, vulgariser une langue, c?est quelque part l?arrêter dans son élan, c?est la pétrifier. En d?autres termes, c?est la dépouiller de sa fonction pédagogique, de sa vie même. Comment alors transmettre la culture si l?on décapite son outil de sa fonction première ? Si diffuser la culture, c?est enseigner une langue, la vulgarisation exagérée de celle-ci signifierait, pour paraphraser Roland Barthes, amener la culture aux portes d?un monde sans culture. A quoi bon nourrir quelqu?un si c?est pour lui donner de la nourriture indigeste ?

N?oublions pas qu?en écrivant, on fait de l?écriture un art qu?on donne à la société. Mais, si cet art ne vient pas en retour nourrir le langage qui véhicule son contenu, le langage est lui-même destiné à être désintégré. Ce qui signifie le silence même de l?écriture. Autant le dire, on prêchera dans le désert. La démocratisation de la culture ouvre en elle-même le procès du langage. Comment assurer la diffusion de la culture sans enfermer le langage dans une impasse? A suivre.

par Vèle PUTCHAY

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