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Sanjay Khundoo
- On célèbre aujourd?hui la Journée internationale de l?alphabétisation. En tant qu?enseignant, pensez-vous que l?usage du créole à l?école réduira l?échec ?
Que ce soit dans les five-star ou les low achieving schools, les enseignants ont déjà recours au créole pour expliquer certaines choses. D?ailleurs, les formateurs au MIE disent toujours qu?on doit ?teach from known to unknown? et utiliser le créole dans les situations difficiles. Pour certains enfants, le ?known? c?est seulement le créole et on doit bâtir sur cet acquis.
- Pourquoi ne pas officialiser le créole comme médium d?enseignement ?
Il ne faut pas oublier que l?examen final se fait en anglais ou en français. Pour certains enfants, la langue peut être un obstacle à l?apprentissage mais ce n?est pas le seul problème. Il y a plusieurs façons d?introduire quelque chose à un enfant. Outre la langue, on peut utiliser le visuel, le jeu ou même la mise en scène d?une situation pour expliquer un mot et faire participer les enfants. J?utilise le créole en dernier recours car il y a le risque de ne pas essayer de trouver d?autres moyens pour les initier.
- Pensez-vous, comme certains, que l?usage du créole serait un nivellement par le bas ?
Dans une classe, il y a des enfants de différents niveaux. Utiliser uniquement le créole pénalisera ceux qui assimilent le programme et freinera leur rythme de travail. Notre créole est imagé avec un assortiment de termes librement utilisés. Dans des régions rurales, le créole est mélangé au bhojpuri. Il faudra uniformiser le créole utilisé en classe. Qui le fera sans générer des conflits ? Il faut aussi penser à former les enseignants.
- Comment donc combattre l?illettrisme à l?école ?
Il faut reconnaître que certains enfants ne s?adaptent pas au système. Il leur faut une autre pédagogie et un autre programme. Souhaitons que le nouveau concept de literacy & numeracy réponde au problème. Ceux qui n?arrivent pas à écrire ne sont pas forcément des enfants bêtes. Ils comprennent certaines questions et y répondent oralement. C?est un élément à ne pas négliger. S?il y avait un examen oral ces enfants réussiraient. C?est l?écrit qui les bloque. L?enseignant n?est pas armé pour faire face au problème de dyslexie en classe.
- L?enseignant n?est donc pas à blâmer pour l?illettrisme ?
Je risque de me faire lyncher. Ce problème ne résulte pas d?un seul facteur. Parfois, le prof aurait pu limiter les dégâts. J?ai déjà entendu un enseignant avec une vingtaine d?années d?expérience dire : ?Ou capave casse rosse pour tire dilo ou ?? Cette réflexion m?a choqué et mis mal à l?aise.
- Les enseignants se sentent-ils concernés par la Journée de l?alphabétisation ?
L?idéal serait un taux zéro d?illettrisme. Chaque journée de travail devrait être pour tout enseignant une lutte contre ce fléau. Tous les enfants qui quittent l?école primaire après six ans d?études devraient savoir lire et écrire. Le combat est collectif. Cette journée pourrait être une nouvelle prise de conscience du rôle et des responsabilités de chacun.
Propos recueillis par Myette AHCHOON
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