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hier au stade anjalay à belle-vue

29 août 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le stade Anjalay entame sa joyeuse métamorphose. Il est 17 h 25. Les rangées arc-en-ciel de la cuvette de Belle-Vue s?assombrissent au fur et à mesure que la marée humaine envahit les lieux. Ce soir, ils seront une quinzaine de milliers à veiller sur la flamme des Jeux, qui gagnera bientôt la vasque.

Mais les plus belles couleurs sont ailleurs. Elles s?affichent sur notre drapeau national. Un drapeau fièrement agité aux quatre coins du stade nordiste par des mains étonnamment citoyennes.

L?orchestre de la police est déjà sur la piste. Les photographes s?affûtent. Les Jeux des îles se rapprochent du présent.

Le présentateur harangue la foule. Les ?Allez Maurice? s?élèvent des tribunes comme une ode à la victoire. Celle de l?unité enfin retrouvée.

?C?est Eric??

Eric Milazar est réclamé à la table des officiels. Dans les tribunes de presse, la rumeur enfle. ?C?est lui qui allumera la vasque.? On verra. De toute façon, on n?est plus très loin du verdict.

Le ciel épouse des contours noirs. Le crépuscule va bientôt céder la place à la nuit. Les quatre projecteurs géants d?Anjalay se mettent au travail.

Une clameur s?élève. Elle provient de l?aile gauche des premières. C?est Eric Milazar. Il est élégant dans son costume beige. Il ne porte pas la flamme mais entame un drôle de 400 mètres. Ce tour de piste-là est sobre. D?ailleurs, il le fait en marchant, en saluant la foule.

La nation est reconnaissante. Le stade lui réserve une belle ovation debout. A hauteur des troisièmes, c?est carrément l?hystérie. ?Eric, Eric, Eric.? L?histoire d?amour entamée à Edmonton se poursuit par-delà Paris.

La colère des Comores

17 h 50. Une autre rumeur s?empare des tribunes de presse. Apparemment, les Comoriens sont fâchés pour une histoire de drapeau. La rumeur est fondée cette fois. Et la colère des dignitaires de l?archipel justifiée. Comment, en effet, peut-on oublier un drapeau officiel, compter cinq quand il y en a six ?

On frôle bien entendu la crise politique. Mais la diplomatie est prompte à réagir. Les Comoriens accepteront plus tard les excuses publiques du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, et celles de Roger Henri, qui préside le Conseil des Jeux. Les Jeux sont sauvés. Retour au stade.

Le président de la République, Karl Offmann, prend place dans la loge officielle. L?orchestre de la police en profite pour entonner sa plus belle version de l?hymne national. Le silence est d?or. Puis à nouveau l?ovation. C?est un hymne au patriotisme

La fête peut commencer. Les musiciens de la police poursuit leur récital. Ils nous ramènent cette fois aux glorieuses années 80. YMCA, de Village People, fait un tabac.

Seychelles on t?aime

Les dernières lueurs du jour nous abandonnent pour de bon. La cuvette de Belle-Vue baigne sous les lumières scintillantes des quatre projecteurs géants du stade. Les vents du nord nous ramènent en hiver. Mais, qu?importe, il fait chaud dans nos coeurs.

Il est 18 h 12 quand la délégation France Océan Indien fait son entrée sur la piste couleur rouge sang de Belle-vue. Le drapeau français est fièrement porté par un illustre régional, le boxeur Willy Blain, fraîchement sacré champion du monde sur un ring d?Asie.

Les 430 athlètes qui composent la délégation France Océan Indien abusent généreusement de la largeur de la piste. Le défilé est long de cent mètres.

La tenue, comme toujours, est sobre. Chemises blanches, pantalons bleu foncé, chapeaux beiges.

?On a l?impression qu?il y a plusieurs Maurice Chevalier qui défilent devant nous?, plaisante le présentateur.

Après la fusion Réunion-Mayotte, place aux Comores. La colère de tout à l?heure est oubliée. Et pour cause, le nouveau drapeau de l?archipel islamique a désormais fière allure dans le ciel de Belle-Vue.

Les sportifs comoriens sont vêtus de leurs habits traditionnels. Les couleurs sont sombres mais élégantes : du gris pour les dames, du noir et blanc pour les hommes.

Madagascar ne laisse pas indifférente la foule. Ils sont là, nos amis de la Grande île. Moins nombreux que d?habitude certes, mais toujours joyeux. Question tenue vestimentaire, on reste dans le classique. Veste et pantalon. Kaki et vert foncé.

?Allez Maurice?

La petite délégation des Maldives, avec ses neuf athlètes et cinq officiels, offre une touche exotique à la soirée. Un point perdu dans l?immensité d?Anjalay.

A l?applaudimètre, ce sont pourtant les Seychelles qui se couvrent d?or. C?est qu?on les aime bien les Dallons. Il y a, chez eux, un petit quelque chose qui nous fait penser à l?île Maurice. Les visages peut-être. Le créole sans doute.

Leurs tenues s?inspirent des tropiques. Elles sont colorées : du orange, du vert et du bleu. Elles se situent à mi-chemin entre le séga et la samba. Viva les Seychelles.

18 h 25 : une colombe survole Anjalay. L?île Maurice est en paix. Elle va maintenant faire la fête. C?est que ses champions sont là, aux portes du stade.

L?ovation recommence. Eric Milazar porte le drapeau. Martine Hennequin et Colin Mayer, les capitaines, saluent la foule. Le stade, chauvin, se laisse gagner par le plus beau des refrains : ?Allez Maurice??

Le défilé des athlètes mauriciens est ininterrompu. La queue est longue. Pour une fois que notre sport mise autant sur la qualité que sur la quantité, on ne va pas se plaindre.

Le drapeau des Jeux fait son entrée au stade. Il sera bientôt monté au mât.

Mais, avant, place aux discours. Ravi Yerrigadoo, le ministre des Sports, parle des Jeux des îles comme d?un tremplin. ?Depuis les premiers Jeux en 1979, le niveau des athlètes n?a eu de cesse de progresser. C?est ce parcours vers l?excellence que nous nous devons de promouvoir?, dit-il.

18 h 53, les Jeux commencent

Le président du Conseil international des Jeux, Roger Henri, fait les éloges de Maurice avant de jouer les pédagogues. ?Jeunes de l?océan Indien, dans ce monde où règnent le terrorisme et la violence, servons-nous de notre sourire, de notre joie de vivre, de notre chaleur pour faire de la région un havre de beauté. Le monde entier verra?, demande-t-il dans son allocution.

Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, s?inspire pour sa part de l?enthousiasme sans précédent de la population mauricienne sur le parcours de la flamme : ?Ces Jeux ont cimenté davantage notre unité nationale. Le sport permet de faire tomber les clivages?? Bien dit.

Il est 18 h 53 quand Karl Offman, d?une voix grave et solennelle, déclare les Jeux ouverts. Ce n?est plus seulement le Jour-J, mais le Moment-M.

Le présentateur fait un clin d?oeil à l?astrologie. Mars est la seule étoile qui scintille. Elle nous regarde. Ces Jeux lui appartiennent.

La flamme arrive

Nouvelle clameur de la foule. La flamme est arrivée. Elle a visité les quatre coins de l?île. Elle va maintenant illuminer pour dix jours le ciel de Belle-Vue.

Le voile se lève sur l?identité des derniers porteurs. Priscilla Cherry, Judex Lefou, Rajessen Descann, Jean-François Favory, Kemraj Naiko.

Présent dans la loge VIP, Jean-Claude Sauzier est ému. C?est lui qui avait allumé la vasque en 1985. Que de souvenirs.

?La flamme, c?est la lumière et la lumière c?est la vie, c?est la passion et tout cet aspect viril de l?existence. C?est l?énergie du sport dans toute sa puissance.? Dieu qu?il a raison Nano Sauzier. Tout le stade l?a entendu. Des milliers de bougies scintillent autour du terrain.

Qui lui succédera ? Qui allumera la vasque ? Qui aura droit aux clameurs de la foule ? Le masque tombe, le secret, longtemps gardé, est dévoilé.

Il s?agit de Richard Sunee et Josiane Nairac-Boullé. Le premier est entré dans l?histoire en 1998 en devenant le premier Mauricien à remporter une médaille d?or aux Jeux du Commonwealth. C?était à Kuala Lumpur. La seconde symbolise la longévité par excellence. Elle était déjà présente aux Jeux de 79.

L?émotion est palpable. Quelque chose de grand se prépare. La musique de la flamme, signée Kabir Gobin, rend l?instant encore plus intense.

La vasque s?embrase

Richard Sunee et Josiane Nairac-Boullé sont dans leur coquille. Elle avance vers le haut. Ça nous rappelle un peu Sydney 2000. Remember Cathy Freeman. Et soudain la vasque s?embrase. Feux d?artifices. Vive les Jeux des îles.

Martine Hennequin et Colin Mayer, heureux capitaines du Club Maurice, s?engagent, au nom de toute la communauté sportive, à véhiculer les valeurs premières du sport. Le fair-play, la fraternité. Rohit Callychurn, au nom des officiels, promet l?équité.

L?hymne national est entamé une seconde fois. Cette fois par Véronique Zuel-Bungaroo. On espérait plus sobre que l?a cappella.

Des ballons blancs s?envolent vers les étoiles. Momo fait son entrée une deuxième fois sur la piste, accompagné des bruyants motards de la Fédération mauricienne de motocyclisme. Quelques minutes plus tôt, il avait été refoulé. ?Ce n?est pas encore l?heure?, lui avait-on dit.

La chanson des Jeux est brillamment interprétée. Les voix sont de Carole Lamport, Françoise Bancilhon, Roger Cerveaux et Thierry Béchard.

Fin de la première mi-temps. Place maintenant au spectacle. Les artistes peuvent maintenant entrer en scène. Les sportifs, eux, attendant demain.

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