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La psychose de l?attentat gagne Bagdad
Ce n?est certes pas encore la débandade qu?a connue le pays à la veille de la guerre, au mois de mars. Pourtant les étrangers commencent à quitter l?Irak. L?attaque du 19 août contre le quartier général des Nations unies a, au-delà de la mort de Sergio Vieira De Mello et d?une vingtaine d?employés de l?Onu, atteint son autre objectif. La peur se répand sur la ville. La crainte de nouveaux attentats est alimentée chaque jour par de multiples rumeurs. Certaines organisations reçoivent des menaces directes. Et encore la force occupante américaine ne dit-elle pas tout.
Deux attentats à la bombe ont ainsi été secrètement déjoués la semaine dernière dans le centre-ville de Bagdad, à côté de l?Hôtel Palestine. La double découverte a eu lieu, selon des sources occidentales, le 21 août à des moments différents de la journée, juste à côté du Méridien-Palestine, dans des véhicules en stationnement. Il semble que l?une des opérations concernait une voiture piégée contenant une forte quantité d?explosif, et que l?autre concernait une bombe peut-être destinée à être transportée ailleurs. On ignore si l?armée ou les services de sécurité américains ont procédé à des arrestations.
messages de menace
L?Hôtel Palestine, et le Sheraton voisin, abritent des dizaines d?Occidentaux, diplomates, hommes d?affaires, journalistes, ainsi que des Irakiens venus de l?étranger et travaillant avec la coalition menée par les Etats-Unis. Au Sheraton, plusieurs clients occidentaux ont trouvé des messages, glissés sous la porte de leur chambre, leur intimant l?ordre de quitter le pays. Le procédé indiquerait une complicité au sein du personnel de l?établissement.
Ces derniers jours, la sécurité a encore été renforcée autour des deux principaux hôtels du centre de Bagdad. Les rues sont fermées à la circulation, les fouilles sont systématiques, les gardes américains et irakiens ont le doigt sur la gâchette.
D?autres endroits de Bagdad sont concernés par ce renforcement de la sécurité. Les bâtiments occupés par les Américains, qui ressemblaient déjà à des bunkers ou à des bases militaires, sont devenus quasiment inaccessibles. Les rues qui entourent le palais de la République, siège de l?administration de Paul Bremer, sont constellées de postes de garde, de blocs de béton et barbelés. L?Hôtel Bagdad, investi par des services de renseignement américains, est protégé par des dizaines de gardes armés côté rue, et par des tanks côté fleuve. L?ambassade britannique a été évacuée suite à une alerte à la bombe. Une rue du centre-ville où deux médias britanniques louent des maisons et où se trouve aussi l?ambassade de France a été fermée à la circulation.
Dans ce climat de peur croissante, certains paniquent. D?autres prennent des précautions élémentaires. Le personnel de l?ambassade britannique a été transféré soit vers le palais de la République, soit au Koweït. Des agences de l?Onu, des chancelleries et des ONG ordonnent à certains de leurs employés de prendre des vacances en Jordanie ou au Koweït, tandis que d?autres les renvoient dans leur pays d?origine, dont l?ambassade de France qui a réduit son personnel et fermé le centre culturel. La principale ONG britannique, Oxfam, a quitté l?Irak.
Le Comité international de la Croix-Rouge, qui a été l?unique organisation humanitaire à rester à Bagdad durant la guerre, a drastiquement réduit ses effectifs. Les diplomates, et certains journalistes anglo-saxons, ne se déplacent plus qu?accompagnés de gardes du corps exhibant ostensiblement leurs armes. Des chaînes de télévision et des agences de presse ont recruté d?ex-commandos des armées américaine et britannique qui indiquent dorénavant à leurs journalistes où ils doivent vivre, et où et quand ils peuvent se déplacer dans le pays !
GROUPES STRUCTURÉS
Personne n?envisage d?issue prochaine à la crise. Tant les Irakiens que les étrangers semblent déprimés par la tournure qu?a prise cet après-guerre. Il n?y a guère que le président américain George W. Bush pour trouver que la situation s?améliore, et ses discours télévisés déclenchent en Irak insultes, moqueries et rires amers. Tous à Bagdad ne voient plus que le harcèlement incessant contre les forces américaines et leurs alliées, la criminalité galopante et désormais le risque terroriste.
Pour les seules dernières 24 heures, on peine à dénombrer les attaques de natures diverses. Deux soldats américains ont été tués et au moins cinq autres blessés, mercredi 27 août, dans deux incidents, un attentat à la bombe et une attaque de convoi, à Bagdad et à Fallouja. Un soldat britannique a également été tué par des tirs d?armes légères et un autre blessé dans la nuit de mercredi à jeudi à Bassora, dans le sud de l?Irak.
Une famille bagdadie de six personnes a par ailleurs été exécutée, femmes et enfants compris, et un braquage ayant mal tourné à côté de l?Hôtel Palestine a fait quatre morts. D?autres convois américains avaient été attaqués la veille. Un homme avait été abattu à la tombée de la nuit devant l?Al-Hamra, un autre hôtel fréquenté par la presse internationale, et son corps promptement emmené, sans que l?on sache si l?affaire avait une connotation politique ou criminelle.
La question est de savoir qui mène ces attaques. S?il est évident que la population irakienne accepte très mal l?occupation étrangère, elle reconnaît aussi qu?un départ américain entraînerait sans doute encore davantage d?anarchie. Les attentats de la mi-août contre l?ambassade de Jordanie puis le quartier général des Nations unies renforcent désormais le sentiment que des groupes structurés et professionnels sont à l??uvre en Irak.
Les forces américaines détiennent des centaines de prisonniers au secret en Irak, contrairement aux conventions internationales, n?organisent aucun procès et ne communiquent aucune information sur les enquêtes en cours. Il est donc difficile de démêler le vrai du faux, et de cerner précisément les motivations des auteurs des attaques anti-occidentales. Mais la psychose gagne le pays, et surtout Bagdad.
© Le Monde News Service
par Rémy OURDAN
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