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L?idéologie du sport
Pendant les prochains dix jours, l?île Maurice vivra au seul rythme des Jeux des îles de l?océan Indien. Personne n?osera jouer aux rabat-joie. Les partis d?opposition ainsi que les agitateurs habituels ont tous accepté de respecter la trêve. Le sport dominera souverainement l?actualité pendant la durée des jeux.
Ces dix prochains jours seront des jours de gloire pour nos héros sportifs mais ils constituent aussi une période utile pour la nation. D?une part, c?est l?occasion de forger une conscience nationale à travers l?identification à une équipe. De l?autre, ils permettront de faire l?apprentissage des valeurs morales et éthiques que le sport de compétition transmet. Lors de ces jeux, il y aura, bien entendu, la réalité des chiffres.
Le progrès sera mesuré à l?aune des médailles obtenues, des buts marqués et des limites reculées en termes de secondes, de centimètres et de kilos. Mais, au-delà des statistiques intéressantes qui sont attendues, des résultats qualitatifs autrement plus exaltants sont escomptés.
Avant même la cérémonie d?ouverture, la fierté nationale se trouve déjà exacerbée par la forte mobilisation autour de la flamme des Jeux et par l?organisation impeccable qui a précédé l?événement. De leur siège à Port-Louis, jusqu?au stade Anjalay, en passant par Ebène, cela aura été un parcours sans accroc pour les instances dirigeantes du sport mauricien. Toutes les échéances ont été respectées et les rouages de l?organisation semblent exceptionnellement bien huilés. Pourtant, ce n?était pas un résultat acquis d?avance pour un événement de cette envergure. Le tandem Ravi Yerrigadoo- Michael Glover peut légitimement avoir le sentiment d?un travail bien accompli.
Si l?enthousiasme avec lequel la nation s?apprête à soutenir les siens est un ciment qui rend les gens plus proches les uns des autres, les exploits à venir les rendront sans doute plus confiants en nos capacités. A chaque occasion où un Mauricien décrochera un titre de champion, toute la population y puisera l?énergie et l?agressivité qu?il faut pour affronter la compétition sur le plan économique.
Les exploits sportifs sont souvent considérés comme l?étalon de la grandeur d?un pays. Une prédominance sur le plan sportif dans la région renforcera notre conviction que nous avons les moyens de remporter d?autres batailles.
Vitesse, perfection, discipline, rigueur, volonté de réussir, dépassement de soi et esprit de compétition sont quelques-uns des piliers sur lesquels repose la culture industrielle d?une nation. Or, ce sont précisément ces valeurs que le sport de compétition met en avant. C?est pour cette raison que les grands événements sportifs marquent souvent un tournant dans la vie des nations.
Si les Jeux des îles de 1985 étaient annonciateurs des années ?décisives? qui ont permis l?envol du textile, ceux qui sont inaugurés ce soir pourraient servir de prélude au décollage de l?industrie informatique. La cybercité qui sort de terre à Ebène ne sera un succès qu?au prix de sacrifices et d?efforts aussi immenses que ceux réalisés par les sportifs qui gagnent.
La force productive d?un pays dépend, dans une grande mesure, des dispositions d?esprit de sa population. Des symboles forts de réussite, comme Stephan Buckland et Eric Milazar, donnent des espoirs de conquête. Ils inspirent un modèle de comportement qui sous-tend à la fois les capacités de performance et la productivité du travail.
Le sport et l?économie libérale sont après tout porteurs de la même idéologie. Le slogan mobilisateur, dans le monde du travail, pourrait bien être : Produire plus et plus vite.
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